Pourrait-on travailler, dans le futur, uniquement en immersif ?

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Laurent Simon : On fantasme encore beaucoup aujourd’hui sur ce que l’immersion peut apporter au monde du travail. On a déjà des expériences intéressantes en architecture, en design, dans l’industrie automobile, en aéronautique, en particulier. 

Moi je rebouclerais quand-même sur ce que vous avez mentionné tout à l’heure. Pour l’anecdote, j’ai recommencé à enseigner lundi matin à des étudiants que je n’avais pas vus en vrai depuis un an et demi, avec 22 étudiants dans une salle de classe et qui étaient extrêmement heureux d’être là.

Donc, je me permettrais de reboucler aussi, bien sûr, sur l’immense potentiel de l’immersion pour le marché du travail, mais aussi sur l’intérêt de mixer l’immersion. 

Alors on parle de réalité augmentée, mais de se rappeler aussi que le monde existe. 

Et puis je retournerais à votre expérience au coin du feu, peut-être avec un verre à la main, avec un coucher de soleil, à se plonger en même temps dans un western… 

Je pense qu’il y a des choses qu’il faut aussi garder en tête, et en particulier qu’on a un corps et qu’on est des êtres de relations. L’immersion, elle peut nous accompagner à augmenter tout ça. On doit aussi se rappeler de temps en temps que c’est ce qui fait de nous des êtres humains à peu près propres, à peu près décents.

Présentateur : David Abiker (Journaliste pour le KIF)

Intervenant : Laurent Simon (Professeur HEC Montréal)

 Présentation de Ircam et Ircam Amplify

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Franck Madlener : L’Ircam est un lieu rare parce qu’il réunit science, ingénierie et artistes. Et très souvent on s’entreglose entre gens qui se connaissent, tandis que là, en effet, c’est plutôt des publics hétérogènes, des acteurs qui travaillent ensemble à croire à tout ce que peut un son. On n’a pas idée de ce que peut le son et la musique. 

Et puis nous avons créé récemment une société, Ircam Amplify qui prend ces briques logicielles – il y en a à peu près 120 depuis la naissance de l’Ircam Centre Pompidou – et qui pousse ces briques logicielles, certaines d’entre-elles, dans l’usage, dans le quotidien, vers le jeu vidéo, vers la réalité virtuelle. 

Alexandre Michelin : Déjà dire le son et briques logicielles, on voit bien qu’on est au cœur du sujet, parce que vous les considérez aussi comme des objets informatiques ?

Franck Madlener : Disons qu’il y a eu une révolution après la Seconde Guerre mondiale qui s’appelle l’électronique et l’informatique musicale, qui est née ensuite. C’est un matériau immatériel, si je peux dire, le son. Et pourtant son effet est très physique et physiologique. Et c’est cet aspect là qu’on travaille, tant à l’Ircam que dans Ircam Amplify.

Alors très concrètement pour vous donner des exemples, que fait-on à l’Ircam ? Eh bien on va de l’installation sonore jusqu’à l’opéra. On a lancé tout récemment une collection qu’on appelle les Musique-Fictions, c’est-à-dire que vous êtes… il n’y a pas d’images, il y a un peu de lumière, et vous êtes plongé dans un récit, dans l’oralité. 

Mais vous êtes surtout sous un dôme ambisonique, qui est une sorte de dôme d’immersion qui vous permet de littéralement vivre une fiction, un récit, un dialogue, une sorte de cinéma pour l’oreille, pour aller vite. 

Et notamment, sous ce dôme, on a présenté la captation d’une scène sonore faite dans des lieux qui disparaissent – par exemple la canopée, la forêt amazonienne – et vous voyez que le vivant, dont on a parlé, mais que ce vivant, s’organise aussi au niveau du son. Il y a des territoires sonores qui s’entrecoupent et qui se correspondent.

Dans la recherche, pour venir vers l’immersion qui est le grand sujet du KIF, on parle beaucoup de l’écriture de l’espace… comment vous pouvez… peut-être qu’un architecte écrit l’espace, mais aussi un musicien, un metteur en scène également. On parle de la simulation de l’acoustique.

Par exemple, pour un temple dans la Haute-Égypte, vous savez qu’on peut reconstituer des lieux. On peut aussi reconstituer une acoustique à partir du maillage, à partir d’une maquette, il est tout à fait possible, et de dire que, finalement, l’acoustique fait partie du patrimoine au même titre que l’espace et la structure. 

Et on peut aussi penser que pour des architectes qui construisent demain un nouveau bâtiment, peut être un nouveau musée – à Metz c’est bien, il y a tout ce qu’il faut -, eh bien la question de l’acoustique va se poser, et on pourrait la modéliser avant l’heure, avant que le bâtiment ne soit construit. 

Et puis on travaille énormément sur les systèmes distribués. Grosso modo c’est : vous n’avez plus une seule source, mais vous avez une multitude de sources, et vous voyez comment vous-même vous pouvez interagir. J’ai le souvenir notamment d’un jardin furtif, où vous entrez dans ce jardin, vous êtes très bruyant, vous n’entendez rien. Votre activité se réduit à ce moment-là, des sons apparaissent. 

J’avance un peu, voilà là vous avez une œuvre spatialisée. 

Alexandre Michelin : Alors maintenant, Ircam Amplify. Parce que l’Ircam, on le voit bien, c’est la recherche.  

Franck Madlener : C’est la recherche appliquée et c’est la création. 

Alexandre Michelin : Et Amplify donc c’est la recherche amplifiée et la création amplifiée, ou c’est une autre logique ? 

Franck Madlener : C’est vraiment… ça part de l’autre côté, c’est moins la conception que la perception. Comment je vais pouvoir percevoir, jouer et surtout comment le marché va rencontrer l’innovation ?

Toutes les industries ne sont pas très innovantes, mais une innovation n’existe que parce qu’il y a une recherche. Donc on fait une sorte de continuum entre recherche, innovation et la société Ircam Amplify. 

Donc concrètement, c’est par exemple créer une identité sonore, une signature sonore, en faisant du co-design. Un exemple très simple. 

Un autre exemple, c’est la spatialisation. Pouvoir offrir un outil simplifié pour que, dans un équipement, dans un système, même dans un système de studio, vous puissiez avoir les derniers cris, les derniers outils de la spatialisation. 

Un autre exemple très fort aujourd’hui, c’est tout ce qu’on peut faire avec l’IA, tout ce qu’on peut faire autour de la voix. Et là, évidemment, on connaît les mésaventures, notamment de la Deflect Voice…

Mais en tout cas, on a la capacité, aujourd’hui, de travailler la voix de synthèse, de travailler l’expression, la conviction, l’expressivité d’une voix de synthèse, ce qu’on ne pouvait pas faire auparavant, ou on pouvait le faire en prenant beaucoup plus de temps.

Le deuxième sujet, donc, “le son comme data”. Vous savez que les industries culturelles ont des bases de données de sons gigantesques, comme il existe des bases de données, d’images, et bien comment on navigue intelligemment, comment on peut vous recommander ceci en fonction d’une structure par rapport à cela, et pas simplement vous aligner tous les titres d’un même artiste.

Et puis le troisième, le son comme interface, on va sans doute avoir de moins en moins de claviers, il y aura des interfaces vocales. L’interface, c’est aussi ce qu’on peut offrir à un artiste, à un chorégraphe, à un musicien ou à un acteur.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Franck Madlener (Directeur de l’Ircam et Président de Ircam Amplify)

Sommes-nous déjà dans le métaverse, mixant réalité et virtuel ?

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Alexandre Michelin : Don’t you think we are already in the metaverse ? We are already mixing reality plus data and adding reality to it ? 

Thomas Riedel : Well, we do. Absolutely, we do. And I think this all happens step by step. And that’s why I’m saying we shouldn’t be scared of it. We should just go step by step and start using it and doing it. And it will get us to the next.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Thomas Riedel (CEO de Riedel Communication)

Exposition Arcimboldo : utiliser Tik Tok pour s’adapter au public actuel

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Pierre Wilk : Une des premières choses qu’on s’est dit dans l’équipe quand on a abordé cette exposition, on s’est dit : “c’est vraiment une exposition qui est ultra rock’n’roll, en fait.” 

Alexandre Michelin : Oui, c’est vrai, on vous encourage à venir la voir d’ailleurs. Elle est là jusqu’au 22 novembre. 

Pierre Wilk : C’est une exposition qui est rock’n’roll parce qu’elle fait un peu éclater tous les codes, elle fait éclater les périodes, elle fait éclater les esthétiques, donc il y a cette espèce de grand brassage. 

Et pour nous, c’était à la fois intéressant de trouver le meilleur média pour en rendre compte, et puis en plus parce TikTok a un public plutôt jeune, les codes de ce public là répondaient aussi en partie à ceux de l’exposition.

Donc on s’est lancé effectivement, un peu en test & learn, et le learn est plutôt très positif.

Clara-Doïna Schmelck : Donc là il y a bien un cas d’adaptation d’une exposition à un public avec des médiums qui sont différents, puisque TikTok est convoqué justement comme médiation entre l’exposition elle-même et les publics potentiels. 

Pierre Wilk : Oui, et puis pour nous c’était aussi l’outil idéal, parce qu’encore une fois c’était – les codes de cet outil là répondaient à ça – c’était de montrer aussi… En fait le live TikTok s’est fait à un moment où l’expo n’était pas encore ouverte…

Alexandre Michelin : Ah oui, donc c’était carrément avant. 

Pierre Wilk : C’était une pré-visite en fait, une preview, dans laquelle on a vraiment axé sur le côté “coulisses”, donc il y avait encore des personnes qui travaillaient, des régisseurs, il y avait encore des caisses avec des œuvres…

Il y avait encore toute cette espèce de cuisine maison que généralement personne ne voit, qui est en plus des savoir-faire et des métiers qui sont complètement fascinants : des scénographes, des régisseurs, des personnes qui accrochent, des personnes qui sont là pour vérifier l’intégrité des œuvres quand elles arrivent. 

Alexandre Michelin : Les conservateurs étaient là ? 

Pierre Wilk : On n’a pas de conservateurs au centre, mais la commissaire était là, et c’est effectivement la commissaire qui a fait la visite.

Ça aussi, ça a été une très grande surprise, puisqu’on s’est dit : “voilà on part du principe qu’on livre un contenu qui est très riche et très précieux” mais voilà, livré par un commissaire…

Alors heureusement la commissaire est quelqu’un qui, en plus, a déjà travaillé dans la médiation, donc elle a cette facilité à adapter son discours. 

Et on a été vraiment étonnés du fait que les gens non seulement avaient parfaitement intégré, sans absolument aucune réserve le contenu, et en plus rebondissaient et reposaient des questions. Il y a eu beaucoup d’engagement pendant ce live, des questions qui étaient extrêmement pertinentes.

Donc oui, ça a été une manière nouvelle qui nous a fait reconsidérer et qui fait qu’aujourd’hui, par exemple, le TikTok qu’on avait un peu ouvert comme un réseau social supplémentaire, est en train de réintégrer doucement les vrais outils de médiation à part entière.

On fait intervenir maintenant sur ce support là nos médiateurs, qui font des interventions vraiment cadrées…

Alexandre Michelin : Ils font des posts TikTok ? Ils dansent ?

Pierre Wilk : Ils font des posts Tik Tok…

Clara-Doïna Schmelck : Avec de la musique ? 

Pierre Wilk : Je ne sais plus si on a… On commence à réfléchir à vraiment des modèles vraiment adaptés, mais oui c’est en passe de se développer et on a très envie d’investir ça.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Pierre Wilk (Centre Pompidou-Metz)

Présentation de l’exposition « Sites Éternels » au Grand Palais

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Roei Amit : Dès que la technologie l’a permis – donc fin 2016 -, on a eu un premier élan d’expérimentations, et on a fait une exposition immersive au Grand Palais au sujet des sites détruits par Daesh à l’époque, Sites Éternels. 

C’était même avant le “proof of concept” qu’est Pompéi, mais c’était vraiment une démarche à la fois d’urgence, pour en parler, à partir de nos missions… 

Alexandre Michelin : Éditoriales ?

Roei Amit : Éditoriales, exactement, mais aussi une vraie expérimentation sur la technologie. C’était la première fois, c’était avant l’Atelier des Lumières, avant Team Lab… 

C’était vraiment une des premières occasions de “video mapper”, sur des grandes échelles, des contenus patrimoniaux. On a fait ça  en collaboration avec le musée du Louvre et Iconem, qui est une autre super boîte de la tech française, dont on parlera tout à l’heure.

Alexandre Michelin : Photogrammétrie…

Roei Amit : Photogrammétrie des sites archéologiques et patrimoniaux. 

Et cette expérimentation, qui a duré très peu de temps – trois semaines, entre fin 2016 début 2017 -, a réuni plus de 60 000 personnes. Ça nous a permis, donc, d’expérimenter beaucoup de choses concernant la production et la technique. 

Et ça nous donnait, en fait, l’envie d’aller plus loin, parce qu’on se disait : “il y a un vrai potentiel, il y a une maturité technologique qui fait qu’aujourd’hui on peut imaginer ce genre de choses avec des qualités qui nous satisfont”. 

Et on a pris le temps, début 2017, de structurer la démarche. Aujourd’hui, c’est l’aventure Grand-Palais immersif, donc une filiale créée à la fin de l’année dernière, pour faire vivre ce nouveau type d’expérience.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Roei Amit (Directeur général du Grand Palais Immersif)

Musée national du Qatar : comment travailler l’image pour un musée immersif gigantesque ?

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Alexandre Michelin : Je trouve que cette histoire est intéressante, parce qu’elle montre que, contrairement à ce qu’on dit, il y a une continuité, il y a des talents, il y a des savoir-faire. 

Toi, tu es un producteur de cinéma, j’allais dire classique. Toi, tu es un réalisateur avec tout ce que ça comporte, notamment en France, l’écriture, le pouvoir créatif. 

Et puis vous vous retrouvez autour de ce projet incroyable qui est le projet, finalement, de Jean Nouvel qui crée un musée pour le Qatar.

Et finalement, dans ce musée qui est extraordinaire, je ne sais pas si vous voyez à quoi ressemble ce musée, c’est le musée avec… qui est dans le désert…

Naoufel Ben Youssef : Une rose des sables. 

Alexandre Michelin : Tu peux peut-être nous dire un peu. Comment ça se passe ? C’est le Qatar Institute qui vous appelle ?

Naoufel Ben Youssef : Tout à fait, et qui cherche à travers le monde des réalisateurs pour réaliser des films comme contenu de ce musée et à partir de cette architecture vraiment monumentale.

Alexandre Michelin : Les murs font quelle hauteur ?

Naoufel Ben Youssef : Alors, il n’y a aucun mur qui soit égal à l’autre, puisque c’est une rose des sables et on est à l’intérieur de cette rose des sables. 

On a des murs concaves, convexes, arrondis, complètement à l’oblique… chaque galerie est unique, et donc il faut penser le format qui sera distribué totalement différemment. 

Alexandre Michelin : Christophe, toi, tu es réalisateur, tu tombes de ta chaise ? Tu dis : “qu’est-ce que c’est que cette histoire ?”

Christophe Cheysson : Alors c’était doublement intéressant, parce que le Qatar est un pays émergent qui, il y a encore 30 ans, était une série de tas de sable, et c’est un peuple qui cherche sa destination, qui cherche son histoire, qui cherche à poser les jalons de sa future civilisation. 

Et quand le musée a été mis en chantier, je pense que la question de ce qui allait y avoir à l’intérieur n’avait pas été clairement posée.

Le bâtiment, par exemple, remplaçait un petit palais dans lequel il y avait l’ancien musée national, et ce musée national faisait peut-être trois étages de 50 mètres carrés chacun. 

Alexandre Michelin : Et là, on change de dimension, Jean Nouvel fait une œuvre avec cette fameuse rose des sables ?

Christophe Cheysson : Et là, tout d’un coup, on a un bâtiment qui fait presque un kilomètre et demi de galeries, considérablement grand.

Et donc s’est posée la question du contenu. Et, à un moment, c’est une des réponses qui a été apportée, c’était : “puisqu’aujourd’hui, on ne sait pas exactement ce qu’on va mettre dans le musée, la solution, ça va être de faire des films, on va mettre des films sur tous les murs qui parleront de la culture du Qatar. “

Très vite, une espèce de scénario et de narration ont été posés, et donc on est allés chercher des cinéastes un peu partout sur la planète pour réaliser ces films.

Alexandre Michelin : Donc Jacques Perrin, notamment ?

Christophe Cheysson : Jacques Perrin, entre autres réalisateurs, Abderrahmane Sissako, Mira Nair… 

Alexandre Michelin : Donc des grands noms, dont le tien. 

Christophe Cheysson : On verra.

Alexandre Michelin : Et toi, en tant que producteur, tu te retrouves dans cette situation incroyable, où il y a des murs pas possible. Ce ne sont plus des écrans. 

Et comment vous réagissez collectivement, face à ce défi ? 

Naoufel Ben Youssef : C’est une page blanche, on avance jour après jour et c’est effectivement une grosse partie de recherche et développement. On fait des essais, on avance des hypothèses, des intuitions…

Et puis c’est vrai qu’on a eu la chance de travailler sur un temps long. 

Alexandre Michelin : Ça a duré combien de temps ce projet ? 

Christophe Cheysson : C’est pas très symptomatique, malheureusement. 

Moi j’ai commencé à travailler sur le projet en 2011, mais sur des ébauches de films qui se sont avérés complètement impossibles à mettre en œuvre, et à une époque aussi où le Qatar cherchait son identité, et il a fallu un peu de temps pour que cette digestion et cet accouchement se passent.

On a réellement commencé à travailler en 2016-2017.

Alexandre Michelin : Donc cinq ans ?

Christophe Cheysson : Oui, oui.

Naoufel Ben Youssef : Et puis chaque projet est distinct, puisque là, en l’occurrence, une des galeries que Christophe a réalisée, c’était un film naturaliste et donc, effectivement, on est sur plusieurs saisons, plusieurs espèces, on recense l’ensemble de la faune et de la flore du Qatar, donc chaque espèce est distincte et a un protocole de tournage distinct. 

Donc effectivement, on a tourné plus d’un an, en termes de tournage. 

Christophe Cheysson : On a apporté un petit teaser, qui donne une idée de ce à quoi ressemble le musée.

Le mieux, c’est peut être d’y jeter un œil. 

Alexandre Michelin : Si vous avez des commentaires à faire… 

Donc c’est un musée ultramoderne, on reconnaît la patte de Jean Nouvel.

Voilà le gigantisme du musée.

Christophe Cheysson : 11 galeries. La galerie où nous avons tourné a un écran principal qui fait presque 50 mètres, sur des hauteurs qui vont de 11 à 17 mètres de haut, donc on est devant des écrans où la notion de cinéma devenait complètement caduque, parce que :

1) le spectateur était souvent trop près de l’écran pour être capable d’absorber du mouvement et appréhender une image dans son entièreté.

2) contrairement à une salle de cinéma où le spectateur est assis, on ne sait pas ce que le spectateur regarde, et comme il y a des écrans partout, la question de la narration se pose vraiment, comment est-ce qu’on donne une histoire en étant certain que le spectateur va avoir les éléments qui lui permettent de la comprendre.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenants :

– Naoufel Ben Youssef (CEO Les Films en Tête)

– Christophe Cheysson (Réalisateur)

Grand E-Nov+ : la région Grand Est accompagne les entreprises dans leurs projets d’innovation

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Marc Bourhis : On voit des acteurs du territoire qui se confrontent aussi à d’autres acteurs nationaux, voire internationaux. On a vu des exemples vraiment de très haut niveau pendant ces deux jours – et je pense qu’on va en voir encore cette journée et demain – qui permet de confronter des points de vue et puis des expériences.

Et c’était vraiment ça, l’idée qu’on avait avec Alexandre, quand on en a parlé la première fois et qu’on est allés voir les élus qui ont soutenu le projet et les services de la région. C’était vraiment de se dire on va accompagner, acculturer – j’aime bien la suite de termes que tu as employée, Roger – c’est vraiment acculturer, enrichir et accompagner. 

Et pour ça, l’acculturation ça passe aussi par ce genre d’événements, puisque on était partis de l’idée qu’il y a des acteurs, dont justement Roger fait partie, qui sont venus de l’industrie à travers SBS Interactive, qui était la précédente société dans laquelle tu travaillais. Il y a aussi des acteurs, comme Silvère, qui viennent du monde scientifique, de la recherche et puis, comme Seppia, qui vient de la production traditionnelle, mais avec un regard, comme vous l’avez vu, vraiment toujours tourné vers l’innovation.

Mais tous ces acteurs, ils ont un dénominateur commun, c’est qu’ils souhaitent aller vers des nouvelles technologies numériques comme l’immersion. Mais, par contre, on ne va pas les accompagner de la même manière, puisqu’ils sont à des degrés de maturité différents.

Donc c’est là où, justement, je pense que Grand E-Nov peut avoir une action. Ça va être d’identifier justement ces acteurs, comment on peut structurer leur démarche, comment on peut les accompagner. 

Et ce n’est pas simplement une question financière, c’est aussi un travail au quotidien pour mieux cerner leurs besoins et les mieux structurer leur projet.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)

Intervenant : Marc Bourhis (Directeur des projets Filière Images Grand E-Nov)

Quel est l’impact des technologies immersives sur la production cinématographique ?

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Jean-François Tefnin : Pour nous, Wallons, les studios virtuels c’est encore quelque chose de très neuf.

C’est peut-être le cas pour tout le monde, mais sans doute encore bien plus pour nous puisqu’en Belgique, aujourd’hui, il n’y a pas encore véritablement de studios de production virtuelle, en tout cas opérationnels pour le cinéma. Ça existe un petit peu pour la pub, mais il n’y a rien d’opérationnel pour le cinéma.

Et donc, pour une petite région d’Europe comme la Wallonie, c’est un vrai défi de se dire, à un moment donné, “on va créer, on va financer un tel outil”, qui est quand même très onéreux, sur lequel on a encore un business model qui est quand même très incertain.

Est-ce que, par exemple, on peut amortir cet outil suffisamment vite ? Comment forme-t-on les gens qui vont utiliser cet outil ?

Toutes ces questions-là, aussi, de progressivité, je dirais, dans l’investissement. Est-ce qu’on doit tout de suite mettre beaucoup d’argent ou bien ce qu’on doit y aller pas à pas ? Tout ça, c’est des questions importantes. Et il se fait que Wallimage, aujourd’hui, est sollicité par un porteur de projet pour la création d’une nouvelle société, d’un nouvel outil de ce type-là.

On est vraiment en plein dans le processus de réflexion : est-ce qu’on y va, est-ce qu’on n’y va pas, et avec quelle force de frappe, pour aider ce partenaire privé à mettre sur pied son projet qui, par ailleurs, combine les forces de plein de partenaires différents. On est un des maillons de la chaîne.

Donc, je ne sais pas si c’était vraiment l’objet de votre question, en termes de production, je dirais, de création, on en est vraiment là, aujourd’hui, à mettre le pied dans quelque chose qu’on connaît encore peut-être mal, quelque chose qui évolue très vite, et pour lequel on a encore des difficultés à se représenter, je dirais, la manière dont ça va être utilisé.

Par qui ? Est-ce que seulement la pub d’abord ? Et puis les cinéastes vont y venir, les producteurs belges. Est-ce que les coproductions internationales vont pouvoir se faire avec ce type d’outil ? Est-ce qu’on va, je dirais, générer de l’activité pour nos techniciens, pour nos prestataires ? Comment va-t-on les former ? Qui va y travailler ?

Tout ça, c’est des questions qui sont importantes, me semble-t-il, et on en est vraiment encore aux prémices.

Pour reprendre un exemple que je connais bien, puisque j’ai travaillé avec les frères Dardenne, comme je vous l’avais dit. J’imagine mal les frères Dardenne un jour utiliser cet outil, par exemple.

Frédéric Josué : Oui c’est ça, c’est-à-dire que la technologie, ça ne concerne pas tous les films.

Jean-François Tefnin : Ça ne concerne pas tous les films. Bien sûr qu’ici on parle, me semble-t-il, plutôt de films avec des budgets relativement importants, sur des films d’action, des films à grand spectacle.

Peut-être que c’est des questions un peu naïves que je me pose, mais quand je vois travailler des cinéastes comme les frères Dardenne qui répètent beaucoup avec leurs comédiens, qui répètent beaucoup dans les décors, pour lesquels l’ambiance du décor est très importante – ils accordent, par exemple, beaucoup d’importance aux repérages de ces décors-là.

Donc voilà, ça c’est un type de cinéma, me semble-t-il, qui n’est pas le premier client d’un studio de production virtuelle. Mais ça, c’est peut-être dire des banalités que de dire ça.

Ce n’est pas ce nouvel outil qui, brusquement, comme Gaston l’a très bien dit, va révolutionner le cinéma. Ça s’adresse sans doute à certains types de films, certains types de production.

Peut-être que ça va démarrer et que ça va ralentir après, comme la 3D, par exemple. On a bien vu, on parle de 3D quasiment depuis que le cinéma existe, mais en même temps, la 3D, elle a eu de beaux jours, et aujourd’hui on voit bien que dans les cinémas, je ne sais pas quel film est encore fait en 3D. À part dans les parcs d’attractions, je pense qu’il y en a plus beaucoup.

Donc voilà, c’est vraiment toutes ces questions qui sont liées, je dirais, d’une manière plus générale, à l’évolution de la technologie, qui sont encore très incertaines, et peut-être encore plus pour une région d’Europe comme la nôtre, qui a des moyens limités, et qui se pose la question de savoir si nous, Wallimage, participons aujourd’hui à la création d’un tel outil.

Est-ce qu’on ne va pas être en concurrence directe avec la France, l’Allemagne, le Luxembourg, la Hollande ? Et comment va-t-on être compétitifs sur ce plan-là ?

Donc ce n’est pas seulement avoir un outil performant, c’est aussi pouvoir le rendre rentable, attractif, avec des techniciens performants, qui ont été bien formés.

Frédéric Josué : Alors en matière de rentabilité, justement, comment on gère l’investissement, ou les stratégies d’investissement, dans des technologies qui peuvent être rapidement caduques, justement.

Jean-François Tefnin : Et bien c’est une excellente question. Alors on a des spécialistes, au sein de Wallimage, qui travaillent donc dans le département entreprise, et qui ont fait un dossier assez béton – que j’ai lu -, pour vraiment essayer de déterminer, je dirais, pas seulement un montant d’investissement, mais aussi un phasage de l’investissement.

C’est-à-dire par quoi commence-t-on, est-ce qu’on va faire tout de suite quelque chose qui est full opérationnel, au risque de se casser la gueule parce que, simplement, il n’y a pas de clients suffisamment vite, ou bien est-ce qu’on commence par une phase de tests qui va servir aussi à former des gens, et peut-être d’abord à former des gens performants sur l’outil.

Donc, c’est plutôt cette progressivité-là qui sera, je dirais, le choix de Wallimage et du porteur de projet.

C’est-à-dire avancer pas à pas et voir comment, véritablement, on avance.

C’est clair qu’à la création de ce projet, on ne va pas être directement capables de faire un projet comme Mandalorian, ça c’est clair.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)
Intervenant : Jean-François Tefnin (Directeur de Wallimage Tournages)

Présentation de Grand E Nov+

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Marc Bourhis : Alors +, c’est tout simplement parce que Grand E-Nov donc, à l’époque, s’appelait Grand E-Nov, effectivement, est né au moment de la fusion des anciennes régions au moment de la création du Grand Est. Et, à ce titre-là, donc, agrège un certain nombre d’entités au fur et à mesure du temps.

Et notamment sur la prospection internationale, où on a intégré une agence qui s’appelait Triple-A (AAA), et donc ça, ça s’est fait il y a un an, et donc on s’est dit : “on intègre un certain nombre de marques désormais aussi” – j’en parlerai tout à l’heure – comme Grand Testeur, comme Scal’E-Nov, qui est de l’accélération de start-ups, et donc on s’est dit : “il faut qu’on rajoute un +, parce qu’on en fait vraiment beaucoup plus, au fur et à mesure”, donc voilà.

Il fallait montrer un peu l’évolution. C’est une structure qui est toute récente, mais qui grandit très rapidement, en tout cas à un rythme soutenu. Et surtout, on se donne des défis régulièrement nouveaux, et on essaye de relever, aussi, les défis de différentes typologies d’acteurs, et sur des domaines très différents, ce qui fait qu’il y a deux pieds, en quelque sorte, au sein de Grand E-Nov.

Il y a des experts, on va dire généralistes, qui accompagnent la structuration des projets, la recherche de financement à l’innovation… 

Ça c’est la partie émergée de l’iceberg, d’une certaine manière, de l’action de Grand E-Nov qui, au quotidien, accompagne des entreprises sur des durées plus ou moins longues sur leur structuration de projet, sur la transformation numérique. 

On n’est pas simplement sur le spectre des start-up, on essaye aussi d’accompagner des entreprises traditionnelles. 

Et puis il y a une action, aussi, au niveau des filières d’activité, – et ça, c’est dans cette partie où s’inscrit mon action -, où on a donc recruté un certain nombre d’experts métiers, dont je fais partie, sur différentes filières. 

Donc il y a le numérique, l’intelligence artificielle, l’industrie. Et puis, il y a des filières, aussi, où on commence à agir, d’autres où on ralenti un peu la voilure.

Mais sur l’image et les industries culturelles et créatives, ça fait deux ans et demi où il y a un effort qui a été fait de la région pour soutenir l’action de Grand E-Nov, et qu’on arrive petit à petit à instaurer un certain nombre de missions.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)

Intervenant : Marc Bourhis (Directeur des projets Filière Images Grand E-Nov)

Roger RX : faire revivre le patrimoine disparu grâce à la réalité augmentée

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Guillaume Roger : Là on arrive sur une petite vidéo et une application qui fait revivre un patrimoine disparu sur la thématique que j’appelle, moi, de la fenêtre temporelle où, en fait, on va utiliser son smartphone pour faire revivre un patrimoine qui a disparu. C’est-à-dire que sur la réalité, on va superposer les hauts fourneaux. 

Donc là, en l’occurrence les hauts fourneaux de Pompey, dans la banlieue de Nancy, qui ont servi à fabriquer le fer puddlé de la tour Eiffel.

Donc, dans les années 80, les fourneaux ont fermé. Il y a eu beaucoup de chômage et autre, donc la municipalité a fait table rase du passé pour construire un nouveau parc industriel dessus, avec des entreprises de nouvelles technologies.

Donc ça fonctionne bien, mais aujourd’hui, on se rend compte que c’est un patrimoine qui a disparu, et on aimerait bien le faire revivre. 

Et là, on voit que la technologie enrichit le lieu, puisqu’avec une petite application qui est accessible sur mobile ou tablette, on peut faire revivre, à l’aide de photos, de documents qu’on avait à l’époque, les hauts fourneaux qui ont aujourd’hui disparu. 

Donc là, on dégaine son smartphone, c’est comme si on voulait prendre une photo du lieu, mais au lieu de prendre, là, la communauté de communes de Pompey, et bien on voit le haut fourneau tel qu’il était positionné à l’époque.

Donc, c’est quelque chose qui est enrichissant. Mais pour aller plus loin on a rajouté du texte, on a rajouté des vidéos, des témoignages d’époque, des sons aussi, pour qu’on se rende compte de ce qu’était le haut fourneau à l’époque.

Et c’est une application qu’on peut rendre aussi accessible à toutes les personnes empêchées ou en situation de handicap. Et ça, c’est important aussi, parce que c’est ce qu’un lutrin ne peut pas forcément faire, parce que le lutrin c’est du texte, c’est dur d’y intégrer de l’audio ou des images visibles aujourd’hui. 

Donc c’est important de pouvoir utiliser cette technologie-là, pour pouvoir vraiment aller plus loin. Et pour faire ça, il faut poser des choses à plat et évoluer.

Donc là, c’est la première version qui a été faite il y a deux ans maintenant – ça a été un peu mis en stand-by à cause du covid -, la prochaine version est en cours de réalisation, pour toujours agrémenter, rajouter des choses, rajouter du dynamisme, rajouter de l’interactivité, et puis, pouvoir aller plus loin. 

Pourquoi pas, à terme, débouler sur une visite virtuelle qu’on pourrait faire en casque, directement à l’Office du tourisme ou, pourquoi pas, à divers endroits de la planète pour ceux qui voudraient se rendre compte de ce qu’étaient les aciéries à l’époque.

Donc, c’est vraiment ça, le cheminement de Rodger.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)

Intervenant : Guillaume Roger (CEO Filthy Patches)

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