Présentation du Grand Palais Immersif

[kif_post_tags]

Roei Amit : Le Grand Palais immersif, c’est une filiale de la Réunion des musées nationaux au Grand Palais dédiée à la production, l’exploitation et la distribution des expositions à fort contenant numérique. 

Je vais revenir à la fin sur la structuration juridique en SAS, mais comme tu le disais, c’est vraiment l’association capitalistique pour créer une société dédiée à cette mission faite par la RMN Grand Palais, la Caisse des Dépôts/Banque des Territoires et Vinci Immobilier. 

Et on va revenir sur les raisons, peut-être, de cette association. La mission, vraiment, elle a des coûts. On vient à cette aventure par notre ADN qui est l’exposition d’art et de patrimoine. 

Alexandre Michelin : C’est la mission de la RMN ? Ça veut dire Réunion des musées nationaux – Grand Palais, RMN-GP ?

Roei Amit : Tout à fait. Et on arrive à cette aventure pour mener cette mission, donc on n’invite pas une nouvelle mission dans ce sens-là, mais comment continuer à servir les mêmes missions dans un monde qui évolue et qui change ?

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Roei Amit (Directeur général du Grand Palais Immersif)

 Présentation de MyMettā.io

[kif_post_tags]

Naoufel Ben Youssef : On réunit un collectif de passionnés autour de l’immersif. 

Évidemment on phosphore, on a une partie de recherche et développement où on partage toutes nos envies, on essaye de voir ou on peut aller. 

Et puis, par ailleurs, essayer de répondre à institutions, des commandites, pour leur faire bénéficier de cette expérience, de ce savoir-faire.

Christophe Cheysson : Et c’est un collectif, où on essaye de reprendre ce qu’on a vécu, c’est-à-dire vraiment une relation transverse entre l’ensemble des participants.

On est dans un protocole où, contrairement à un film où tout est très pyramidal, là tout le monde apporte sa contribution au projet. 

Et avec cette idée, comme on vient à peu près tous du monde de la prise de vue, cette idée de de garder une place importante à l’image réelle.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenants : 

– Naoufel Ben Youssef (CEO Les Films en Tête)

– Christophe Cheysson (Réalisateur)

Musée national du Qatar : comment tourner des images gigantesques en 31K ?

[kif_post_tags]

Christophe Cheysson : Quelques images du tournage, avec ce système de caméras qu’il a fallu mettre au point pour s’approcher de la résolution nécessaire au final.

D’ailleurs, petite anecdote, on a tourné avec trois caméras 8K côte à côte.

Alexandre Michelin : Trois caméras 8K côte à côte ? Pour pouvoir avoir les valeurs de l’écran..?

Christophe Cheysson :  Pour s’approcher. Donc on a livré une image de 24K qui, elle, a légèrement été gonflée en 31K après.

Alexandre Michelin : Parce qu’en fait les écrans demandent du 31K, c’est ça ? C’est délirant.

Christophe Cheysson : Et en fait, après nos premiers essais avec ces trois caméras, on s’est aperçus que le point de focalisation, le point d’intérêt présupposait une convergence des caméras qui devait être très précise, et que dès qu’on changeait de point de vue, cette convergence ne convenait plus. 

Et donc il a fallu créer un petit système qui permettait de manier la convergence des caméras en live. Exactement comme sur un plan de caméra, on a quelqu’un qui manie le point, on avait quelqu’un qui maniait la convergence pour permettre une image qui se retrouve, qui soit compréhensible.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Comment étalonner et monter un film projeté sur les murs immenses d’un musée ?

[kif_post_tags]

Naoufel Ben Youssef : Pendant la post-production, on a construit une maquette – à une échelle réduite, bien entendu -, pour pouvoir le vivre vraiment.

Donc on était allongés au sol pour essayer de se mettre en situation.

Christophe Cheysson :  Oui, parce que… alors, on rentre dans des choses un peu techniques, mais quand arrive la phase d’étalonnage d’un film comme ça, quand on étalonne pour le cinéma, on va dans un labo, où on a un écran test qui est censé représenter les caractéristiques d’à peu près tous les écrans en France. 

Et évidemment, là, on fait un film pour un endroit qui est unique, qui est singulier, le film ne va passer que là, et on a un protocole de vision qui fait qu’on a des écrans qui sont à angle droit les uns par rapport aux autres, et qui donc s’éclairent les uns les autres, avec des conflits d’intérêt.

Et on s’est aperçus que la seule façon de préparer cet étalonnage… parce que le musée était encore en construction, on n’y avait pas d’accès, puis ça aurait été un coût – ceci dit, on a fait presque deux semaines d’étalonnage sur place -, ça a été de construire sur une maquette sur 1/30ᵉ, qui était suffisamment grande pour qu’on puisse s’asseoir au milieu, et avec des mini projecteurs on a fait nos essais, on a travaillé en étage, et on a refait des éléments de montage, parce qu’il y avait des moments où le grand écran tuait le kaléidoscope qui était en face et vice versa.

Et voilà, on a inventé en cheminant.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Musée national du Qatar : s’immerger au cœur de paysages géants

[kif_post_tags]

Christophe Cheysson : Donc là, on utilise ce logiciel de prévisualisation pour regarder le film, et on voit bien là que ce que je choisis de regarder à ce moment-là m’interdit de voir autre chose.

Et donc le spectateur qui, lui, regarde l’autre partie voit un film qui est différent.

Naoufel Ben Youssef : Et le spectateur qui se rapproche de l’écran, se retrouve littéralement dans une tempête de sable.

Alexandre Michelin : Ah oui, d’accord. Et là, il voit un insecte, quoi, c’est quoi, un petit animal ? Un lapin ?

Naoufel Ben Youssef : Une petite gerbille. 

Alexandre Michelin : Donc, en fait, c’est un documentaire en trois dimensions ?

Christophe Cheysson : On peut dire ça, parce que les écrans se répondent, il y a une narration cohérente d’un moment à un autre.

Et l’idée, c’est de… on s’est un petit peu inspirés du récit de Gulliver, pour aussi apporter sur ces écrans gigantesques des changements d’échelle importants. Le spectateur est tour à tour un géant ou un lilliputien.

Et c’était un des paris compliqués du film, c’est que le film s’adressait avant tout au public qatari, le Qatar n’est pas un pays très grand et les Qataris connaissent très bien leurs terres. 

Et le pari, c’était aussi de leur proposer une vision de leur pays qui les décoiffe, à laquelle ils ne soient pas habitués.

Alexandre Michelin : Oui, parce qu’on ne pense pas qu’il y a la mer autour du Qatar, on pense au sable.

Naoufel Ben Youssef : Toutes les images sont tournées, aucune image d’archives. On a absolument tout tourné. 

Christophe Cheysson : Et c’est une des raisons pour lesquelles le projet est si pharaonique, c’est que le tournage naturaliste impose des rythme et des délais de tournage qui sont…

Alexandre Michelin : Oui, ceux de la nature. Là il y a de la musique, son spatialisé ?

Christophe Cheysson : Son spatialisé. Le musée utilise le protocole Atmos. 

On a, je crois, 45 haut parleurs disséminés un peu partout dans la galerie, et qui permettent d’être très pointus, c’est-à-dire que vous vous regardez un écran derrière vous, une mouche décolle, vous vous tournez pour regarder la mouche et tout l’univers sonore est là pour essayer de guider, d’amener le spectateur à se déplacer dans la galerie.

Sachant qu’évidemment chaque spectateur fait l’expérience qu’il souhaite, celle qu’il ressent. 

Alexandre Michelin : On n’a pas de casque, mais en fait on est déjà en train de se balader, de manière individualisée, puisque l’expérience est, finalement, liée à l’endroit où l’on est.

Christophe Cheysson : Exactement.

Alexandre Michelin : Et le bruit qu’on entend, là, c’est l’eau ? 

Christophe Cheysson : Alors on a fait un très gros travail de sound design pour essayer de donner à vivre cette richesse sonore. 

Les pays désertiques ont toujours l’air vides, et en réalité ils sont bourrés de vie, bourrés de bruit, bourrés d’ambiances…

Alexandre Michelin : Toute la biodiversité du désert, ou des pays désertiques.

Christophe Cheysson : Absolument. Et puis l’idée, aussi, était que… la mission était de montrer les paysages du Qatar avant l’arrivée des hommes. 

C’était aussi de construire une bande sonore musicale, mais uniquement à partir d’éléments naturels. 

Et on a travaillé avec un compositeur français qui s’appelle Jean Poinsignon, qui a fait un travail très remarquable, où il n’a utilisé que des bruits de la nature ou des bruits animaux.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenants : 

– Naoufel Ben Youssef (CEO Les Films en Tête)

– Christophe Cheysson (Réalisateur)

Comment projeter des images gigantesques sur les murs du Musée national du Qatar ?

[kif_post_tags]

Christophe Cheysson : Le cahier des charges technique, pour des raisons de durée, de s’inscrire dans une durée, était qu’il fallait que le pixel ne dépasse pas 2mm, sur des écrans de 50m de long et 11m de large.

Alexandre Michelin : Donc ce qu’on voit là, c’est une galerie qui fait 50m de long ? 

Donc il y a 50m d’images numériques, avec une définition extraordinaire, mais il n’y a pas d’écran qui existe, il n’y a pas de projecteur qui existe pour ça.

Christophe Cheysson : Il n’y a pas de projecteur qui existe pour ça.

A l’époque où on a commencé à travailler, il n’y avait pas de logiciel capable de gérer des flux vidéo de cette taille, il a fallu inventer des outils, faire des allers-retours. 

On a travaillé sur Adobe Premiere pour le montage, et on a travaillé avec les gens d’Adobe pour qu’il y ait des modifications du logiciel lui-même.

On parlait de ces allers-retours entre la créativité et la technique.

Cette définition imposée, et incroyable, fait qu’on a des détails gigantesques sur l’écran. Ça nous a amenés à cette idée qu’on pouvait avoir – il faut trouver une image qui le présuppose -, sur un écran comme celui-ci, l’image du haut, vous avez un paysage relativement large, mais vous avez un élément qui est plus ou moins en avant plan. 

Avec une définition pareille, quand le spectateur est loin de l’écran, il a une perception qui est celle qu’on a devant cette image, mais quand il se rapproche, il va commencer à voir les insectes qui sont sur… et on peut mettre en scène de façon complètement différente, ou on peut intégrer le plan serré dans le plan large. 

Et c’est en jouant sur la trajectoire du spectateur – et on le fait essentiellement d’un point de vue sonore -, qu’on peut l’amener à changer de point de vue, et à venir du plan large au plan serré. 

Et ça oblige à réinventer un langage, à réinventer une narration. Et ça, c’est la dimension vraiment, absolument, passionnante d’une aventure comme celle-là.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Comment les visiteurs ont-ils réagi aux œuvres grandeur nature du Musée national du Qatar ?

[kif_post_tags]

Christophe Cheysson : La force émotionnelle du protocole fait que les gens sont avalés tout de suite.

Clara-Doïna Schmelck : Est-ce que vous savez combien de temps reste un visiteur, en moyenne, dans le musée, dans l’immense rose des sables ?

Christophe Cheysson : Alors là, pour le coup, c’était une expérience assez intéressante, parce qu’il y a des gens qui n’accrochent pas, ou qui sont mal à l’aise et qui traversent la galerie et ne restent pas, mais ceux qui restent voient le film deux ou trois fois.

Parce qu’en fait on constate que, devant des protocoles comme ceux-là, personne ne voit le même film. 

Alexandre Michelin : Ah oui. Chacun a une perception et se réapproprie ? C’est quoi, c’est la dimension qui fait ça ?

Christophe Cheysson : C’est la dimension, le fait que chaque fois qu’on regarde quelque chose on rate quelque chose, et la mise en scène, aussi bien d’un point de vue visuel que du point de vue sonore essaye d’attirer…

Alexandre Michelin : Ah, sonore. Le son est spatialisé aussi ?

Christophe Cheysson : Le son est spatialisé, oui.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Comment aider les financiers à imaginer ce qu’un projet de films immersifs va donner ?

[kif_post_tags]

Christophe Cheysson : La question de l’immersion, elle pose dès le départ le problème de la représentation, c’est-à-dire comment est-ce qu’on donne à visualiser aux financiers, aux partenaires techniques, ce qu’on a en tête, et en fait c’est très difficile de donner à imaginer ce qu’on va faire, ce qu’on va avoir en tête. 

Alexandre Michelin : Donc ça, c’était juste… tu es passé très vite. Le musée, c’est une rose des sables ?

Christophe Cheysson : Voilà. On a un écran principal qui est presque en fer à cheval, qui fait une cinquantaine de mètres de longueur sur, au point le plus haut, presque treize ou quatorze mètres. 

Et face à cet écran il y a cette chose qu’on appelle le kaléidoscope.

On a mis un petit personnage là pour donner l’échelle, ça fait à peu près 25 mètres d’arc sur…

Alexandre Michelin : Donc on est à l’intérieur de la rose des sables ?

Naoufel Ben Youssef : On ne parle que d’une seule galerie. Il y en a onze, donc la problématique se…

Alexandre Michelin : C’est pharaonique, quoi.

Christophe Cheysson : Et donc… Le cinéma nous a habitués à lire des scénarios, à en écrire, à en faire lire. Dans un cas comme ça, ça ne pouvait pas fonctionner. Les mots étaient tout à fait incapables de restituer ce qu’on cherchait à faire. 

Et donc, on a décidé d’utiliser une solution beaucoup plus graphique, absolument sans texte, un peu comme on voulait s’adresser au public.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenants : 

– Naoufel Ben Youssef (CEO Les Films en Tête)

– Christophe Cheysson (Réalisateur)

 Comment la création d’images immersives entraîne-t-elle une nouvelle façon de tourner ?

[kif_post_tags]

Christophe Cheysson : La constatation que le lien live entre le montage et l’outil lui-même fonctionne bien, et comme on était sur un tournage naturaliste où ce sont des tournages qui s’étalent sur des mois et des mois… 

Alexandre Michelin : Parce qu’en fait c’est comme si vous faisiez un documentaire ?

Christophe Cheysson : Exactement. 

Alexandre Michelin : Donc là on repart dans la logique du documentaire et vous êtes obligés d’attendre pour voir ce que ça va faire ?

Christophe Cheysson : Voilà. Et comme cette constatation faite au montage est très encourageante, on décide d’exporter cet outil de prévisualisation sur le tournage.

Et donc sur le tournage, les opérateurs – et compte-tenu de la résolution qui nous était imposée par le cahier technique, on était obligé de tourner avec des assemblages de caméras -, on arrivait sur le plateau à voir, pendant les répétitions, c’est-à-dire avant même qu’on tourne, le résultat du plan dans le volume du musée.

Alexandre Michelin : Ah oui, il fallait en plus le penser pour le musée.

Christophe Cheysson : Et en fait c’est ce constant aller-retour entre la créativité, le cahier des charges et l’outil technique qui nous permet de progresser, parce que le fait d’avoir l’outil sur le plateau a permis de résoudre quantité de problèmes.

Alexandre Michelin : Et ça change la façon de tourner ?

Christophe Cheysson : Ça change la façon de tourner, oui.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Musée national du Qatar : comment l’industrie et le jeu vidéo servent-ils la culture et l’art ?

[kif_post_tags]

Christophe Cheysson : Au quotidien, on a découvert des problèmes et il a fallu petit à petit apporter des solutions à ces problèmes. 

Le problème numéro 1 étant, au départ, celui de la prévisualisation, c’est-à-dire comment on tourne des images que la caméra montre à plat, que le montage montre à plat, et comment essayer de les imaginer dans un volume qui, lui, n’est pas plat et qui est incroyablement immersif ?

Et donc, le premier outil qu’on a construit c’était un outil de prévisualisation. On s’est appuyés sur un moteur de jeu, on y a rentré les caractéristiques architecturales de la galerie et on a fait travailler des programmeurs pour qu’ils soient capables de mapper des projections en live dans l’outil lui-même.

Et c’est intéressant, parce que vous évoquiez dans la première partie de la journée ce rapport entre l’industrie et l’immersion elle-même, et c’est vrai que c’est un jeu perpétuel d’allers-retours. 

Nous développons cet outil de prévision, de prévisualisation. 

Le pari technique, c’est qu’il puisse être alimenté en direct par le montage, et donc quand on se retrouve au montage de cette aventure, on a des images à plat qui sont mappées en direct dans le logiciel de prévisualisation.

Alexandre Michelin : C’est Unity que vous utilisez ?

Christophe Cheysson : C’est Unity qu’on a utilisé.

Alexandre Michelin : Donc un moteur de jeu vidéo.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)
Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Langues »