Bernard Dubois : Je suis dans le réel, comment je fais pour former un premier arrivant ? Je suis sur un bateau, comment je fais pour former des marins ? Etc.
Et donc là on va pouvoir visiter cet environnement réel.
Donc la formation, je dirais la visite virtuelle, va servir de support. Alors, visite virtuelle enrichie, tout ce que l’on veut, interactive, documentée.
Ça va servir également à l’exploitation, donc en particulier à la phase de maintenance, parce qu’en maintenance j’ai besoin de… effectivement, si l’objet sur lequel je dois intervenir est à cinq mètres de moi, j’ai aucun problème, je n’ai pas besoin de le visualiser à distance, et je n’ai pas besoin de m’immerger dans l’environnement, puisque cet environnement, j’y ai accès.
Mais si je dois maintenir un bateau qui est à 3000 kilomètres de là, si je dois maintenir un sous-marin qui est à 3000 kilomètres de là ou une usine telle que l’usine de La Hague ou une centrale nucléaire, où ce sont des environnements à la fois confinés et dangereux en tant que tels, ou susceptibles de l’être, et bien il est important de préparer l’intervention, et donc je dois m’immerger dans le monde réel, mais à distance. Et le partager.
Et puis, bien évidemment, il y a tous les aspects sécurité sur lequel… l’aspect sécurité est important. On travaille actuellement sur comment reproduire les informations, je dirais liées…
Alexandre Michelin : Donc là, c’est un porte-avion ?
Bernard Dubois : Alors là ce n’est pas un porte-avion, c’est un sous-marin.
Alexandre Michelin : Donc là on est dans un sous-marin de la marine française ?
Bernard Dubois : Alors là je suis dans le sous-marin historique, qui est en fait le Redoutable, au musée de la mer à Cherbourg. Et là, je vais pouvoir le visiter.
Je vais pouvoir interagir également, je suis dans le monde virtuel.
Alors, typiquement, ça, ça se fait sur écran. Je ne suis pas sur un casque de VR, parce que, en fait, on est dans le monde réel, quelque part, j’allais dire, et les intervenants, ceux qui font de la maintenance, ceux qui se forment, etc, ont besoin de partager, de voir sur écran.
Alexandre Michelin : Donc ça c’est toutes les pièces, en fait, à l’intérieur ?
Bernard Dubois : Là, j’ai documenté, l’outil est documenté avec l’ensemble des informations qui sont propres aux équipements, propres au local également.
Alexandre Michelin : Mais on pourrait imaginer que ça se passe dans un casque ?
Bernard Dubois : Ça pourrait bien sûr être dans un casque. L’intérêt de l’écran et de la tablette, ou du portable maintenant, c’est que l’information est directement accessible.
Ça, c’est un des défis, effectivement, de l’industrie, par rapport à cette immersion, c’est qu’il est difficile de couper l’opérateur du réel.
Et donc l’opérateur supporte très mal – on le voit bien pour la réalité augmentée également -, l’opérateur accepte difficilement d’avoir quelque chose dans les mains.
Donc une tablette, ça va encore, mais son attention doit se concentrer sur les objets réels.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)
Bernard Dubois : SBS, création en 2008. L’idée est née en 2007.
Alors, j’ai co-créé SBS avec mon fils Simon. Pourquoi ? Parce que lui, il était à fond dans la réalité virtuelle, il était en formation à Paris, dans une école de Paris, pour faire de la réalité virtuelle, et c’est là où il s’est passionné pour la visite.
Et à un moment donné, on s’est dit :”Ok, on va créer une société, SBS Interactive, et qui… l’objectif de travailler non pas dans la réalité virtuelle, mais de créer, en fait, un moteur de navigation, non pas dans le monde virtuel, mais dans le monde réel.
Et pour répondre à une problématique simple : “comment rendre immersif un environnement réel ?”
Là on a beaucoup parlé de gérer des environnements virtuels à partir de produits, dans l’industriel, de produits de la conception avant qu’ils ne soient fabriqués, avant qu’ils soient vendus, avant qu’ils ne soient exploités.
Donc on s’est dit : “à partir du moment où le produit existe, comment fait-on pour s’immerger dans ce produit ?”
Alors voilà, c’est comme ça que l’idée est née, et l’idée a donné un outil qui s’appelle VIS-On, VIS-On comme “Visual Information, System”, qui permet, en fait, de s’immerger dans un environnement réel.
Alors là, on n’a pas réinventé le fil à couper le beurre, puisqu’en fait, la technologie de base, c’est la visite virtuelle. Donc ça, ça existait, etc.
Par contre, appliquée à des industriels, c’est quand même beaucoup plus complexe parce que ça nécessite, effectivement, des environnements et des technicités qui sont beaucoup plus précises et surtout une confidentialité.
Alexandre Michelin : Donc en fait tous ces outils dont on a parlé, finalement, sont aussi utilisés dans l’industrie pour… c’est pas de la maintenance là, c’est…
Bernard Dubois : On va prendre quelques cas d’usage.
Mais là je l’ai appelé “jumeau numérique 360” parce qu’aujourd’hui, je dirais, le pendant dans le monde virtuel d’un objet, quel qu’il soit, d’un bâtiment, d’un sous-marin, d’un bateau, d’un avion… c’est ce qu’on appelle maintenant le jumeau numérique, qui comporte, bien évidemment, les éléments : maquette numérique, etc etc, toute la documentation etc.
Et nous on s’est simplement mis sur la partie “jumeau numérique” du réel, dans lequel on va pouvoir naviguer également et qui, on va le voir tout à l’heure, également doit interagir – et ça, c’est un des défis aujourd’hui entre le monde virtuel et le monde réel, on le voit au travers de la réalité augmentée -, c’est de pouvoir interagir entre le monde virtuel tel que je l’ai conçu avec le monde réel tel que je l’ai fabriqué et tel que je l’exploite.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)
David Arnaud : Nous ce qui nous intéressait vraiment, par rapport à ce qui se développe aujourd’hui sur la question de la technologie, c’est la question de la captation des gestes, qui est quand même une thématique, à mon avis – alors j’ai hâte de discuter de tout ça avec les gens qui sont ici, au KIF -, mais qui est quand même une thématique qui, technologiquement, est extrêmement intéressante et importante aujourd’hui.
Et surtout pour nous, et pour quelqu’un comme moi qui a, dans la réalité… alors j’oppose pas vraiment les 2, réalité virtuelle et réalité…
Alexandre Michelin : Donc toi tu es déjà dans le métaverse, en fait ?
David Arnaud : Oui, on va dire ça, peut-être.
Alexandre Michelin : Non mais c’est une vraie question, pourquoi tu n’opposes pas la réalité virtuelle et la réalité…
David Arnaud : Et nos étudiants non plus.
Alexandre Michelin : C’est une nouvelle génération qui est finalement née avec tous ces outils ?
David Arnaud : Oui, et puis qui découvrent ça. Cette année, on a réalisé des formations… alors on n’est pas sur le système de Dassault, mais on a travaillé avec Medium pour de la sculpture virtuelle, pour produire des objets 3D qui vont être ensuite produits en réalité, en verre.
Et, en fait, les étudiants avec qui j’ai travaillé, pour eux, à aucun moment ils se posent la question, c’est un nouveau média. C’est un peu… nous, on a de la cire, on a de l’argile, de la pâte à modeler… Et bien eux, en fait, ils voient ça comme un outil en plus, ils voient ça en plus.
Donc ils font les deux. Ce n’est pas parce qu’on va aller vers une technologie XR ou un outil comme ça qu’on va abandonner le passé, ce qu’il y avait avant. Non, en fait ils vont se servir des deux.
Et donc pour revenir au projet “Ghost”, moi ce qui m’intéressait aujourd’hui, c’est de pouvoir utiliser ces technologies-là pour sauvegarder le patrimoine. Ça, c’était la première idée. En tout cas pour pouvoir capter les gestes.
Alexandre Michelin : Donc là on est bien dans ce dont parlait tout à l’heure David, c’est la mémorisation, l’enregistrement de ces gestes, et la transmission.
David Arnaud : Voilà, alors la première étape, c’est déjà de le documenter, c’est de pouvoir les capter, ce qui est déjà quelque chose d’énorme, parce qu’en fait, peut-être…
Alexandre Michelin : On peut voir un petit film.
David Arnaud : Voilà, on a un petit film, où on peut commenter.
Donc on a fait plusieurs tests depuis 2019 sur la question de la captation des gestes avec différentes technologies. Donc voilà, ça c’est ça, c’est la société Vicon, qui a très gentiment passé trois jours avec nous, dans nos ateliers.
Donc on a installé ça pendant trois jours, donc tout un tas d’équipements, avec des marqueurs, pour pouvoir capter, voir ce que ça donnait.
Donc nous, ce n’est pas du tout notre métier.
Là, c’est Jean-Pierre, notre formateur au Cerfav, donc en soufflage de verre, avec des assistants.
Alexandre Michelin : Ils ont des outils de motion capture, comme dans les films ?
David Arnaud : Voilà, c’est ça. Donc on a fait une séance de motion capture assez complexe, en fait, sur plein de points techniques, mais vous allez voir après, tout à l’heure, on a pu obtenir des données qui étaient quand même assez précises.
Alexandre Michelin : Donc là aussi on est dans la data, on est vraiment dans cette histoire dont on parle depuis le début, la donnée. Vous avez filmé, en fait, enregistré les gestes ?
David Arnaud : Voilà. Donc ce qu’on voit sur les plateaux hollywoodiens, de cinéma, et on a capté de la donnée. Donc là, c’est juste sur un prototype, c’est pas super joli, mais c’est une représentation.
On a eu un autre projet avec la Drac Lorraine aussi, sur la captation des gestes et du patrimoine.
Donc là, c’est un projet financé où on a capté des gestes de vitrailliste. Donc ça, c’est notre formatrice en vitrail qui qui a été captée pour de la vidéo volumétrique.
Donc la vidéo volumétrique, en fait, c’est un fond vert – ça aussi, c’est assez commun dans le cinéma -, et on va reconstruire, en fait, avec une algorithmique un peu spécifique chaque image qui est prise du mouvement et du geste, et on va reconstruire un modèle 3D qui peut être exploité ensuite dans des applications de formation en VR.
Et là, dernièrement, on a travaillé avec… donc là c’est aussi notre formateur au Cerfav – tout ça se passe dans les ateliers du Cerfav -, Frédéric Demoisson, qui est souffleur de verre au chalumeau. Donc lui, c’est un des meilleurs ouvriers de France…
Alexandre Michelin : Alors là je t’interromps, parce que ce qu’on voit là, c’est l’enregistrement des…
David Arnaud : Des mains. Si vous regardez, il a des gants un peu spéciaux, avec des capteurs.
Donc c’est une société qui s’appelle StretchSense qui nous a prêté une paire de gants pour pour un peu mettre ça dans le contexte de nos ateliers, parce qu’il y a des choses qui sont… nos ateliers regroupent toutes les contraintes un peu particulières de chaleur, de température, d’optique, qui sont vraiment intéressantes.
Alexandre Michelin : En fait, on est dans un mélange de science fiction et de métiers de tradition. Parce qu’en fait tu enregistres la tradition, et en même temps, ce que disait tout à l’heure Denis, c’est qu’il faut aussi apprendre les gestes, mais ensuite, il faut pouvoir s’en libérer.
Donc on fait d’abord l’enregistrement des gestes et c’est avec ça qu’on apprend ?
David Arnaud : Alors pour l’instant, actuellement, en l’état, on est sur de l’enregistrement des gestes et on n’a pas encore construit quelque chose d’extrêmement formaté.
On a une application, on a un proto – d’ailleurs on a travaillé avec Gilles Noeppel, qu’on verra dans la matinée, et je le remercie pour le travail qu’il a réalisé aussi avec nous sur un serious game.
Donc après nous, l’application, c’est plutôt… on préfère parler de “didactic games”, “serious games” c’est un peu problématique.
Mais voilà, on a réalisé un serious game dans lequel on va pouvoir voir les séquences de vidéo volumétriques que vous avez vu sur le vitrail.
Donc c’est un outil qui va être utilisé dans notre centre de formation directement. On a fait des premiers playtests avec nos apprentis, qu’ils utilisent avec des casques de réalité virtuelle, et ça permet de transmettre un savoir, ça permet aussi, dans des séances d’ateliers qui parfois peuvent être compliquées à mettre en place, où on n’a pas forcément beaucoup de place, où on n’a pas forcément tous les outils disponibles, de pouvoir avoir des séances à côté, sur des temps un peu pédagogiques, avec avec les étudiants.
Donc ça, c’est vraiment une notion extrêmement importante.
Denis Garcia : Un des points pour nous qui est important dans notre approche, à chaque fois, et c’est vraiment cette spécificité qu’on retrouve dans les métiers d’art, c’est d’arriver à capter le geste extrêmement précis, extrêmement fin.
Et aujourd’hui, les technologies ne restituent pas encore exactement les données telles qu’on les souhaiterait, et il y a vraiment des verrous pour nous encore à lever, du point de vue des technologies, pour arriver à faire ça.
Ça, c’est un premier élément. Donc le travail sur la précision des gestes, la rotation, les pressions, la répétitivité des gestes, elle est extrêmement importante.
Et puis, les autres éléments sur lesquels nous ont a à se préoccuper, puisque nos fondamentaux c’est bien la formation, c’est d’apprendre avec ces technologies-là, apprendre à nos formateurs à apprendre avec ces outils-là, et de faire en sorte qu’il y ait une attention eux-mêmes à l’exploitation de données numériques, de technologie XR, d’éléments de la réalité augmentée, etc.
On pense, par exemple, au tailleur sur cristal qui pourrait avoir des lunettes sur lesquelles est projeté le quadrillage sur lequel il va venir faire ses biseaux, et que ça suive la pièce dans tous ses contours.
Aujourd’hui, il est obligé de tracer ça au feutre. Il a des éclaboussures d’eau sur les lunettes en même temps qu’il le fait, etc. Et tout ça, c’est des éléments qui vont nous permettre d’aller progressivement vers le secteur de l’industrie, qui se dit aujourd’hui : “mais les gestes sur lesquels vous travaillez nous préoccupent”.
C’est pas exactement les mêmes, mais on a les mêmes problématiques chez nous pour qu’un opérateur change un moule sur une production qui est en cours.
Donc tous ces éléments-là sont vraiment des enjeux fondamentaux.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Denis Garcia : C’est vrai que passer de Dassault Systèmes à une association 1901, basée dans un petit village de 550 habitants, avec une forte tradition verrière, un centre de formation à peu près unique et qui se préoccupe de la sauvegarde des savoir-faire, de la transmission des savoir-faire et de tous les processus de formation qui sont nécessaires dans ce domaine là, c’est vrai que pour nous, c’est vraiment de nouvelles possibilités pour pouvoir enseigner, pour transmettre les gestes et pour travailler.
Donc, du coup, effectivement, on peut revenir à des éléments extrêmement concrets de la nécessité qu’on a eue de se préoccuper de ces technologies-là, quelques années antérieures, sur les outils numériques plus classiques aujourd’hui, qui sont les imprimantes 3D, etc, qui ont déjà révolutionné énormément nos approches pédagogiques et le contenu de nos formations, voire même l’esthétique de ce que produisent nos élèves.
Et aujourd’hui, avec ces technologies-là, on a véritablement un champ nouveau pour arriver à créer, pour arriver à sauvegarder les gestes, pour arriver à les enseigner.
Et donc, par nécessité j’allais dire, on s’est vraiment préoccupés de tout ce que ça pouvait générer. Donc on a commencé à travailler autour de tous ces outils-là. Alors, pas uniquement le soufflage de verre, même s’il est extrêmement emblématique, avec des fours qui fonctionnent 24/24h et 365 jours sur 365, dans des manufactures très…
Alexandre Michelin : Donc là, on parle de savoir-faire qui sont séculaires, ancestraux ?
Denis Garcia : Ancestraux, oui, c’est un des plus vieux matériaux de synthèse travaillé par l’homme, le verre, le soufflage de verre, le vitrail, la pâte de verre, etc, et on a toutes ces techniques qui sont présentes sur notre centre.
Donc comment les enseigner ?
Alexandre Michelin : Évidemment il y a une histoire régionale ou locale. Il y avait des souffleurs de verre chez vous, comme il y en avait à Venise. Et puis ils ont transmis les traditions, jusqu’au moment où l’industrie arrive, et cette tradition, elle est en danger ou elle est…?
Denis Garcia : Oui, elle est en danger. Il faut identifier les savoir-faire, les modulariser, pour pouvoir les enseigner, avoir des ressources humaines qui permettent d’enseigner, avoir du temps pour pouvoir enseigner, capter des jeunes qui vont se servir de ces techniques-là pour créer…
Parce qu’il ne faut pas dissocier la partie “savoir-faire ancestral, menacé”, de la création. S’il n’y a pas de création, s’il n’y a pas d’exploitation nouvelle du matériau, à la limite, à quoi bon le maintenir, en fait ?
Dans toute cette chaîne-là est effectivement présente.
Et je regardais tout à l’heure, dans les solides qui étaient présentées, combien à chaque fois il y a la notion de création qui intervient, et pas uniquement la technologie ou les conditions, il y a la formation qui intervient et nous, on est dans un cadre où, finalement, à une échelle artisanale, on convoque tous ces moyens-là et on les met en œuvre pour pouvoir performer notre système.
Pour nous par exemple, à terme, un jeune qui apprend le soufflage de verre, plutôt que de passer son temps devant un four à longueur de journée et apprendre un geste et sa précision, lui enseigner avec ces outils-là, avec des outils de réalité virtuelle augmentée ou peu importe, ça va être un gain de temps et une optimisation du savoir-faire.
Quand, en plus, le formateur va pouvoir interagir avec lui, développer des systèmes de création associés, c’est là aussi…
Alexandre Michelin : Donc la boucle sera bouclée, quoi ?
Denis Garcia : Évidemment.
Donc moi, là où je veux insister, c’est qu’à chaque fois… le Cerfav est un centre de ressources technologiques également, donc on se préoccupe du matériau et de tous les procédés, il y a des des chimistes, etc, qui sont présents, mais on veut pouvoir avoir une entrée sur toute la chaîne, à la fois du matériau, des procédés, de la création, de la formation, etc.
Mais à chaque fois, on agit par nécessité. C’est-à-dire que notre préoccupation, c’est de se dire : “comment l’utilisateur va se servir de ces outils-là ? Comment le formateur lui-même va intégrer ça dans ses propres modules pédagogiques, et de quoi a-t-il besoin ? Quel retour il va faire avec ses propres élèves ?”
Et à chaque fois, on a cette préoccupation-là. Mais ce n’est pas par hasard si c’est David Arnaud, qui est aujourd’hui le chef de projet au Cerfav, qui est porteur de cela, par passion personnelle, mais aussi parce que, en premier et d’abord, il a été formé comme souffleur de verre dans notre établissement.
Alexandre Michelin : Vous, vous avez été formé comme souffleur ?
Denis Garcia : Non, pas du tout. Moi, j’ai une formation de psychologue qui n’a strictement rien à voir avec ça.
Donc quand on voit des images sur le cerveau, etc, et effectivement l’interaction humaine qui se joue à travers cette réalité virtuelle, c’est des choses qui sont parlantes.
Vous voyez que là, il y a un processus de médiation qui se met en place et qui nous, nous préoccupe.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Denis Garcia (Directeur Général de Cerfav)
David Nahon : Ce qu’on voit là, c’est comment la marque DS a déployé… alors je crois qu’on a atteint le millier de concessions en mettant, dans leurs lieux de vente, donc, un siège vide avec juste un casque.
Et donc là on est sur un fond vert, parce que ça va permettre de faire la vidéo et de montrer ce qui se passe.
Alexandre Michelin : C’est l’expérience à l’intérieur de la voiture ?
David Nahon : Voilà. Donc on est dedans.
Alexandre Michelin : Donc ça, ça veut dire que quand on sera sortis des dispositifs aussi volumineux et lourds, j’irais chez un concessionnaire, ou même je resterai chez moi, et je mettrai la paire de lunettes Apple ou Facebook ou Oculus, ou je sais pas laquelle, et puis je pourrai voir, comprendre, et physiquement j’aurai l’impression, comme celui qui apprend, d’être dans cet espace, dans cet habitacle.
David Nahon : Exactement. Mais ça, ce n’est pas de la pas de la fiction, ça. Ça, c’est plus de 1000 concessions.
Alexandre Michelin : Et on sait combien de personnes l’ont utilisé ?
Il y a 1000 concessions de Citroën en fait, c’est ça ?
David Nahon : Oui, c’est DS, une marque du groupe PSA.
Alexandre Michelin : Donc là, ça veut dire qu’on a déjà basculé ?
David Nahon : C’est déjà une réalité. Parce que le retour sur investissement, il est évident.
Et ça crée des mutations dans la société, parce qu’en gros on a besoin de quatre mètres par quatre mètres et d’un casque.
Donc quelques mètres carrés, donc ça veut dire qu’on va pouvoir acheter des voitures dans un centre commercial.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)
David Nahon : Une fois que le produit commence à exister, le produit ou la chaîne de travail ou n’importe quoi qui est en train d’être conçu, il est très naturel de donner à apprendre à bien utiliser ce qu’on a conçu. Et donc pour ça, il faut former.
Alors on forme grosso modo à deux choses, soit des gestes techniques.
Alexandre Michelin : Donc ça c’est bien le fameux cheval ?
David Nahon : Ah oui mais dans tous les cas ça va être le cheval là.
Un simulateur de conduite, un simulateur de vol, c’est une machine compliquée à conduire, donc on fait des simulateurs pour appliquer des joints d’étanchéité à la bonne vitesse, de la bonne manière…
Alexandre Michelin : La plupart des pilotes aujourd’hui apprennent tous à voler sur des simulateurs. Et ils volent très très bien ?
David Nahon : C’est pareil pour, par exemple, des ouvriers, des compagnons qui sont sur une chaîne de travail. On va leur donner à faire sur des simulateurs, soit pour le geste comme je le disais, mais surtout et beaucoup pour des séquences, des procédures.
Parce que quand on assemble une voiture, encore une fois, il faut pas commencer par le boulon machin ni le boulon bidule, et dans un avion, c’est encore pire parce que c’est extrêmement régulé, c’est-à-dire que la qualité et la conformité entre le plan qui a été certifié et ce qui est fabriqué doit être absolue, donc il y a une chaîne de contrôle qui est extrêmement forte.
Et donc être accompagné dans une séquence à faire permet donc de la retenir, et ce qu’on fait, grâce à la VR, c’est qu’on fait rentrer cette connaissance dans le cerveau. Et elle va durer beaucoup plus longtemps, pour les mêmes raisons qu’un TP – quand on est à l’école et qu’on dissèque une grenouille ou n’importe quoi -, faire un TP, engager le corps dans le processus, donc solliciter ses parties profondes du cerveau ou marcher quand on est en train d’apprendre…
Alexandre Michelin : C’est ce qu’on voit là, la personne là est en train de vivre, donc là, le cerveau enregistre mieux. Et il y a aussi une meilleure compréhension de l’ensemble du process et une meilleure mémorisation.
David Nahon : Exactement. Un meilleur transfert entre le virtuel et le réel, donc des gains de productivité, aussi, au niveau…
Et la contrepartie de ça, qui est plutôt de la réalité augmentée…
Alexandre Michelin : La réalité augmentée c’est : j’ai un outil, un téléphone ou un écran ?
David Nahon : Pas forcément. J’ai un monde réel dans lequel je vais rajouter de l’information qui est digitale.
Donc dans cet exemple-là, on vient projeter sur une carcasse d’avion les instructions pour dire : “voilà la rangée que tu dois remplir, voilà telles vis que tu dois visser, voilà quel couple tu dois mettre sur ta clé de serrage…”
Et, du coup, on a une qualité de montage et une efficacité de montage qui est bien plus grande, et pour l’utilisateur une baisse de sa charge cognitive.
Parce que ça, c’est très important. Parce que si on est tout le temps en train de regarder les instructions, puis monter, puis regarder les instructions, puis monter.
Alexandre Michelin : Ça c’est quand on fait un meuble Ikéa.
David Nahon : Eh bien c’est ça. Ça, c’est le meuble Ikea. Et le meuble Ikea, ce que nous promet la réalité augmentée, soit projeté, soit le jour où on saura le faire à grande échelle avec des lunettes, c’est d’avoir les instructions sur le meuble direct, et que le trou dans lequel il faut mettre la vis, il clignote, et on fait ça et on sait que c’est là, et nous dit : “c’est bon, et tu fais ça maintenant.”
Alexandre Michelin : Donc on a des chances de mieux…
David Nahon : On se prend moins la tête pour moi. Donc on réduit la charge cognitive. Pourquoi ? Parce qu’on est dans un seul contexte unifié de réalité et d’information.
Donc ça c’est un des très très grands domaines de déploiement.
Alexandre Michelin : Là aussi, en pure économie, c’est des gains de productivité, de la pénibilité au travail.
David Nahon : Exactement. Moins de risques de troubles musculo squelettiques, oui.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)
David Nahon : Après, il y a un des grands usages qui est vraiment plus dans l’ingénierie, c’est ce qu’on appelle la “Anderson Complexity”.
Alexandre Michelin : Alors là qu’est-ce que c’est ? C’est un jouet ? C’est une voiture en 3D ?
David Nahon : Alors, ce n’est pas une voiture jouet. C’est une vraie voiture qui a été simulée dans les outils de simulation, simulée en l’occurrence, et c’est le résultat d’un crash, un crash test virtuel.
Donc ça, c’est typiquement le genre de choses que Dassault Systèmes commercialise. C’est des outils pour simuler, par exemple, un crash, ou par exemple des écoulements fluides d’aérodynamisme sur une voiture, ou simuler n’importe quoi.
Et donc, ce qui est possible grâce à ces technos immersives, à la VR, à la XR, c’est d’aller manipuler cet ensemble de données…
Alexandre Michelin : Ce qu’on voit là, c’est l’impact d’un choc sur une voiture, et toutes les données, les datas ont été rentrées ? Le calcul a été fait. Si la voiture roule à 200 km/h et qu’elle rencontre un objet, on va pouvoir simuler ?
David Nahon : Et là, ce qui est intéressant, c’est que la personne qui est en train de manipuler ce système-là peut le regarder sous toutes les coutures, dans tous les sens, parce qu’il a beaucoup de degrés de liberté.
Donc c’est un peu comme dans la vraie vie, on est dans une pièce, on rentre, et puis “tiens, mais attends, c’est quoi ce truc ?”, et on s’avance, et on soulève un truc, etc.
Alexandre Michelin : Et ça, c’est parce que précisément le cerveau, finalement, joue le jeu, c’est ce que tu disais au début, il a l’impression… en fait il joue le jeu, il est à fond dans l’immersion ?
David Nahon : C’est ça, t’es dans le flow… et ce n’est pas ta réflexion qui dit : “alors attends, je cherche un machin… souvent, c’est sous les fils que se trouve le problème, donc alors je vais aller regarder sous les fils.”
Voilà, ça c’est une approche, on va dire, cognitive, d’ingénierie.
Nous, ce qu’on cherche, c’est vraiment le truc instinctif qui fait qu’on fait ci et ça par sérendipité, de façon très très spontanée.
Alexandre Michelin : Et ça s’est révélé là aussi extrêmement productif, puisque j’imagine que tous ceux qui ont travaillé avec ces outils ont pu comprendre beaucoup de choses en faisant l’expérience ?
David Nahon : Voilà, et donc dans des CAVE, ça fait quinze ans que les gens observent des maquettes très très compliquées, par exemple de voiture, où il y a à la fois les câbles électriques, la soufflerie, la tôle, la garniture… et comme ils travaillent tous en parallèle…
Alexandre Michelin : Donc là on comprend comment Dassault Systèmes gagne sa vie, finalement.
Vous vendez ces logiciels, ce système CATIA, et en fait les industries gagnent énormément de temps, d’argent aussi, et développent beaucoup plus vite, ou beaucoup plus fort, des produits font des expériences qui auraient été soit impossibles, soit très très coûteuses.
Je répète ça, parce que je pense que c’est fondamental pour que tout le monde comprenne ce que cette révolution-là veut dire.
Très concrètement, c’est des gains de productivité, une puissance de développement de produits qu’on n’imagine même pas aujourd’hui.
C’est vraiment extrêmement… parce que si tous ces systèmes sont répandus dans l’ensemble de l’industrie, c’est l’industrie qui produit mieux.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)
David Nahon : Je vais utiliser ce modèle pour expliquer un peu pourquoi et comment on déploie ces expériences. Et en gros, si on prend l’humain comme un système, il y a des entrées et des sorties, au niveau plutôt de son cerveau et de son corps, et donc, en fait, on fait rentrer des choses dans le cerveau (des concepts), on fait sortir des insights, des idées, des inspirations, et tout ça à travers une boucle, une expérience qui est aussi simple et naturelle que la réalité.
Voilà, s’il fallait définir ce qu’on fait, c’est ça. Et on va voir dans les différents usages, le long du cycle de vie du produit, comment tout ça, ça se décline.
Donc ça, c’est quelque chose de très générique. N’importe qui, dans une industrie, commence à réfléchir à qu’est ce qu’on va faire comme produit, à quoi ça va commencer à ressembler, première phase.
Après on passe à des modes de développement et de simulation du produit. Puis on fait du manufacturing, c’est-à-dire qu’on développe les outils de fabrication. Ce n’est pas après, en fait, c’est en parallèle, bien sûr.
Alexandre Michelin : Donc ça, c’est un des éléments-clés de l’immersion pour l’industrie. C’est qu’on sait aujourd’hui mesurer ce qu’elle fait gagner en temps de développement, en temps de fabrication des produits.
Ce que Sébastien Massart m’a raconté quand on préparait, c’est qu’effectivement dans Dassault Systèmes, c’était des ingénieurs qui ont commencé à se poser la question de la fabrication d’un avion, et dans les années 70, 80, ont décidé qu’on pouvait faire de la simulation plutôt que de faire de la soufflerie, ou en tout cas, ils ont virtualisé les essais.
C’est de là d’ou Dassault Systèmes a commencé à devenir une activité indépendante de l’industrie d’aviation traditionnelle.
David Nahon : Exactement. Et adresser bien d’autres industries.
Alexandre Michelin : Donc c’est la simulation dans plusieurs étapes de la fabrication d’un produit.
David Nahon : Exactement. Donc oui, on fabrique, et puis il faut promouvoir, vendre, et après il y a toute la partie maintenance, “after sales” et compagnie.
Donc ça, c’est très générique. Et ce que nous, on a commencé à essayer de théoriser et d’expliciter – c’est un peu ce que je vais vous montrer – c’est que, finalement, il n’y a pas 10 000 cas d’usage.
C’est des cas d’usage qu’on va retrouver à différents moments du cycle de vie, mais qui, en fait, sont basés sur la même proposition de valeur.
Alexandre Michelin : Tu vas nous dire les six essentielles, et puis on va rentrer dedans, parce que là c’est typiquement le genre de slides…
David Nahon : Donc le premier c’est la conception, en gros le prototypage virtuel. Donc “upthinking and design”, ça c’est la conception amont.
Après, dans la partie “engineering et simulation”, donc on commence à sortir des outils vraiment de CAO, qui permettent de concevoir et puis après de fabriquer.
Alexandre Michelin : Les pilotes, les prototypes ?
David Nahon : Les prototypes sont plutôt dans le “upthinking and design”, et là on commence à rentrer dans le dur, c’est-à-dire qu’on va remplacer, au début par exemple, une animation qui dit “voilà la portière elle s’ouvre comme ça” par un rail sur lequel il y a un truc qui va dedans, un moteur, etc.
Alexandre Michelin : Et ensuite la fabrication ? Je te pousse, hein, pour que tout le monde voit le cycle.
“Manufacturing”, c’est la fabrication ?
David Nahon : Voilà, donc c’est les outils de fabrication, comment on designe et conçoit le poste de travail de la personne qui va être en train d’assembler, ou de monter, etc.
Alexandre Michelin : Et “marketing and sales”, c’est les ventes ?
David Nahon : Ouais, mais je vais y revenir.
Alexandre Michelin : Et ownership, qu’est ce que ça veut dire ?
David Nahon : C’est la maintenance, c’est le support. C’est, en fait, la fin de vie, c’est la phase où effectivement…
Alexandre Michelin : Et donc l’expérience de Dassault Systèmes, c’est que toutes ces phases sont des phases où il y a maintenant de l’immersion ?
David Nahon : Exactement. Dans chacune de ces phases, on a des solutions qui viennent se plugger sur celles qui ne sont pas immersives, qui travaillent… voilà, typiquement ce qu’on voit là à l’écran.
On était sur un outil de design très classique, avec une tablette Wacom Cintiq, et là, la designeuse elle commence à mettre son casque, à rentrer à l’intérieur de son design et à le modifier, à l’ajouter et à l’éditer en VR.
Alexandre Michelin : Concrètement, qu’est-ce que c’est comme produit, là ?
David Nahon : Ça c’est “CATIA Natural Sketch”
Alexandre Michelin : C’est le fameux système de Dassault Systèmes qui permet de faire de la modélisation ?
David Nahon : CATIA, c’est le fameux système qui permet de faire de la modélisation. Et là, on est plutôt dans une solution dédiée aux creative designers.
Alexandre Michelin : D’accord, c’est-à-dire qu’ils peuvent imaginer un produit, le modéliser, et puis jouer avec ?
David Nahon : Et après, on va continuer. Ce produit va être présenté en tant que concept, on va prendre des décisions dessus, puis si on va dire “go, c’est un produit qui sert à quelque chose”, dont l’expérience est intéressante, on va le designer.
C’est un outil de vente interne, en fait.
Alexandre Michelin : Oui, c’est ça. C’est qu’on développe, on imagine, on fabrique. C’est bien de l’imaginaire que vient l’industrie. On fabrique. Et puis on teste ensuite ?
David Nahon : Voilà. Mais là, il y a une révolution qui est en train d’arriver et qui est très intéressante.
Alexandre Michelin : Alors là, qu’est ce que c’est?
David Nahon : Donc ce qu’on voit en haut, c’est une séance de créativité, de co-création chez Codesign-it, qui est un de mes partenaires, où des groupes de travail ont comme job d’imaginer un nouveau produit ou un nouveau système, peu importe lequel c’est.
Mais en fait ils sont en train de travailler avec la personne qui a le casque – c’est un autre groupe qui travaille sur la prochaine session.
Et là où ça devient extrêmement intéressant, c’est que dans les phases de conception de produit, grâce aux technos immersives, la VR en particulier, on va pouvoir inclure des populations qui jusque-là étaient exclues de la 3D.
Et on en parlait un peu hier. Le gap qu’il peut y avoir entre le monde des créatifs et le monde des ingénieurs, justement dans cette phase où le créatif va passer son concept au développeur du contenu ou de la “bagnole”, il est critique.
Alexandre Michelin : Donc là, c’est la co-création, vraiment ?
David Nahon : Voilà. Donc là on va pouvoir associer non seulement, donc, des professionnels du design, mais aussi le public à qui c’est destiné, mais aussi les revendeurs du produit en question, mais aussi les employés de la banque…
Alexandre Michelin : Donc là, c’est bien la fameuse UX, “User Experience” ?
David Nahon : Voilà, c’est concevoir l’expérience finale de l’utilisateur.
Alexandre Michelin : Avant même que le produit ait été même fabriqué ?
David Nahon : Mais avant même qu’il soit modélisé par des designers industriels, où là ça commence à coûter cher à faire.
Alexandre Michelin : Donc on est bien au cœur du gain de productivité et du gain tout court quand on développe de nouveaux produits grâce à l’immersif.
On ne fait pas le produit, on l’imagine, on se projette dedans, on l’utilise sans l’avoir physiquement, on en fait l’expérience, alors qu’elle n’existe pas, mais pour le cerveau, elle existe – c’est ce que tu disais tout à l’heure.
Et à partir de là on peut tirer des conclusions pour éviter de faire un certain nombre d’erreurs ou trouver des solutions.
David Nahon : Très précisément.
Présentateur: Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)
David Nahon : On parlait tout à l’heure d’un peu d’histoire, parce que tu disais : “ça fait dix, quinze ans que les gens s’intéressent à la VR dans le monde scientifique.”
En fait, c’est beaucoup plus ancien que ça.
Dans les années 90, on avait vraiment déjà des pionniers, donc plutôt dans les centres de recherche académiques ou régionaux, qui avaient investi des très grands systèmes, des CAVE très chers, qui coûtaient des millions d’euros, parce qu’ils voulaient étudier en quoi ces technos immersives pouvaient apporter quelque chose dans le monde de l’industrie.
Alexandre Michelin : Donc les années 90, continuons.
David Nahon : Dans les années 2000 et quelques, les industriels comme PSA, par exemple en France, ont commencé à s’équiper eux-mêmes de grands systèmes très chers qui avaient réduit leurs coûts, d’ailleurs, parce que les PC sont arrivés, etc, et il y avait des business units dédiées pour traiter, en fait, des problématiques… enfin, il y avait un centre d’innovation immersif pour traiter les problématiques des business units qui venaient avec leurs données, et on verra pour quels genres d’usages.
Et puis sont arrivés les casques, portés par le marché grand public, Oculus, Vive… Vive surtout, parce que vraiment pensé B2B, corporate etc, et qui ont commencé à permettre des déploiements à des coûts réduits par 100.
En gros, un CAVE, l’unité c’était le million. Là, on s’équipe avec des systèmes où l’unité, c’est 1/10ème de milliers, en prenant une très grosse machine.
Alexandre Michelin : Donc c’est là ou on sort du laboratoire et on va dans l’industrie, où en fait on commence à pouvoir…
David Nahon : Labo, industries très spécialisées, industries beaucoup plus démocratisées où c’est directement les business units qui viennent s’équiper sans passer par l’IT.
Alexandre Michelin : Le sous titre de cette discussion, c’est “les défis industriels de l’immersion”, dans les deux sens, c’est-à-dire à quel moment l’immersion devient un outil industriel, et aussi le défi qu’elle va poser… on en parlera tout à l’heure.
David Nahon : Donc là effectivement, ça devient un outil industriel au milieu des années 2010…
Alexandre Michelin : Pour faire de la formation, pour faire..?
David Nahon : On y vient. Et je vais zapper la prospective, mais en gros, demain, on va voir le cloud, les marketplaces, et en fait des déploiements qui vont être vraiment pour tout le monde, quoi.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)
David Nahon : Nous, depuis longtemps, on a une définition assez précise, à la fois dans le monde académique et puis chez les professionnels qui pratiquent ces technos depuis de nombreuses années.
Et en gros, s’il fallait définir ce qu’est l’immersion… alors nous, on l’appelle “l’immersive virtuality”, IV, mais peu importe comment on l’appelle, ça serait…
Alexandre Michelin : L’immersion virtuelle, en français.
David Nahon : Voilà. Et, si possible, on reste “IV”.
Cette boucle action-perception, cette boucle sensori-motrice, c’est quelque chose de clé.
C’est-à-dire que quand je suis, par exemple, avec un casque, ou dans un CAVE ou dans n’importe quel système, quand je bouge la tête, je fais une action, l’expérience comprend, et sait que j’ai bougé la tête. L’expérience réagit, et je vais percevoir, en fait, une nouvelle image qui est décalée, qui est le résultat de mon action.
Et donc ça, c’est une boucle fermée.
Et c’est quand même très particulier. C’est une boucle fermée. Si elle est très rapide, quelques dizaines de millisecondes, 20… il va se passer un truc très particulier dans le cerveau.
Et ce qui se passe de particulier dans le cerveau, c’est que la partie profonde, le cerveau limbique, le cerveau reptilien, toutes les zones dans notre cerveau qui sont en charge de la partie sensori-motrice, justement, sont activées.
Mais ce n’est pas uniquement la partie sensori-motrice. C’est aussi toute la partie émotionnelle, toute la partie limbique, donc le siège des émotions, et aussi le siège de la mémorisation, par exemple. Ou le siège de décisions qui sont extrêmement rapides.
Roland Jouvent, que je cite souvent ici parce que dans son bouquin “Le cerveau magicien”, que je vous recommande vraiment, lui il prend cette métaphore du cheval et du cavalier qui me paraît très appropriée, pour dire qu’en fait notre cerveau profond c’est un cheval, qui réagit, qui agit sans se poser trop de questions, qui est très animal, justement.
Et le cavalier, c’est notre néocortex, c’est notre capacité à réfléchir, à raisonner, à structurer, à rationaliser, etc., vient donner des instructions, mais il ne contrôle pas complètement le cheval.
Alexandre Michelin : Donc ce que tu dis, c’est que la force de la réalité virtuelle et de beaucoup de dispositifs immersifs, c’est donc de parler au cerveau profond, au cerveau qui réagit, avant celui qui est… et donc ça donne aussi une idée de la puissance de ces outils, puisque finalement on s’adresse à nos tripes, un peu, à nos réactions instinctives autant qu’à notre perception rationnelle.
David Nahon : En tout cas, avant notre rationnel. Il y a des choses qu’on sait faire faire au cheval qui échappent au cavalier.
Alexandre Michelin : Par exemple hier on a entendu HypnoVR, qui utilise la technologie de la VR pour faire de l’hypnose. C’est parce que la perception venue du casque, en l’occurrence, va directement endormir celui qui écoute.
David Nahon : Alors, c’est pas vraiment endormir, je pense. C’est plutôt un état de conscience modifié. Mais cet état de conscience modifié, d’une certaine manière il éteint le néocortex, la raison qui va dire : “oui, je suis en train d’être opéré, donc on est en train de me charcuter donc ça va me faire mal…”
En fait, il se laisse embarquer, et le cheval vole.
Alexandre Michelin : Donc cette vérité-là, qui est importante pour toi, elle est clé dans ce qui se passe dans l’industrie ?
Parce que c’est une des raisons pour lesquelles c’est un formidable outil de formation.
David Nahon : Exactement. Et de marketing, je vais y revenir.
Mais donc en gros, grâce à cette boucle fermée et le fait qu’on est en mesure de stimuler la partie profonde du cerveau, on crée une surface de contact entre l’utilisateur et le virtuel qui est bien plus grande que ce qu’on aurait avec un, on va dire, un dispositif non-immersif.
Et en fait, pourquoi on fait tout ça ? Un petit peu de contribution théorique, mais je vous laisse regarder, pas trop… c’est qu’on crée de la présence, en fait.
Ce qui est très important quand on fait la VR, en particulier, ou de l’AR avec ce qu’il faut…
Alexandre Michelin : La réalité virtuelle donc, avec les casques, ou de la réalité augmentée.
David Nahon : C’est qu’on crée de la présence, et la présence c’est quelque chose, justement, qui est étudié par les scientifiques depuis des années, et ce n’est pas anodin. Il se passe vraiment des choses.
Mel Slater, googlelisez-le, c’est le grand fan de ce sujet-là.
Alexandre Michelin : Ce que j’ai trouvé, de toute façon dans toutes nos discussions non seulement préparatrices, mais aussi avec l’AFXR, c’est qu’on comprend, à t’écouter, qu’il y a eu des dizaines d’années de recherche, qu’il y a des laboratoires, qu’il y a des scientifiques, qu’il y a beaucoup de gens qui sont en train de chercher et de réaliser tout ce qui se passe, et c’est ce qu’on partage aujourd’hui pour donner le décor et le cadre.
Alors justement, là on voit…
David Nahon : Il y a un petit peu de wording, mais en fait la réalité mixte, ce n’est pas un truc que Microsoft a inventé il y a quelques années en sortant l’HoloLens, en revanche, ils surfent sur la confusion de façon très habile.
Mais en gros, c’est tout un continuum qui a été théorisé en 94. Et donc aujourd’hui on parle beaucoup de XR pour “whatever R”, que ce soit AR, VR, NR.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)
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