Comment la technologie bouleverse t elle le processus de création au cinéma ?

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Gaston Marcotti : Les contraintes, en fait – là je pense que sur le plateau beaucoup de gens vont vous le dire -, des contraintes naît l’oeuvre.

Et, de toute façon, à chaque innovation, à chaque technologie on a une contrainte. Donc, forcément, ça va poser des barrières, et en même temps ça va nous pousser à aller au-delà.

Et c’est exactement ce qui s’est passé. Regardez, ces dernières années. C’est comme ça, même, je vous dirais, la naissance de BigSun, vous le souligniez tout à l’heure – c’est le logiciel qu’on a fait il y a trois ans -, il est né de ce manque là.

C’est-à-dire, il est né de notre vision, aller beaucoup plus loin que ce qu’on pouvait faire.

Passer par du fond vert n’était pas possible, n’était pas souhaitable. Donc on a développé ça. À ce moment-là, il n’y avait pas la technologie qu’il y a aujourd’hui. C’est-à-dire que Unreal n’avait pas développé et mis des millions… des milliards, pardon, sur la table.

Et c’est formidable qu’il y ait eu ça. Il y a eu un effet, en plus, “covid”, qui a accéléré, on va dire toutes ces… c’est un accélérateur technologique, artistique, une prise de conscience, aussi, de tout ce qu’il faut faire.

Mais c’est vrai que c’est ces contraintes-là qui nous font aller de l’avant quoi qu’il arrive. La contrainte c’est… encore une fois, l’histoire du cinéma EST contrainte.

Si vous regardez la pellicule, c’est une contrainte. Les artefacts de la pellicule, le grain, les rayures, la fragilité, la projection, et ainsi de suite, ça Gilbert pourrait vous le raconter, avoir une bobine rayée sur 200 mètres, c’est une catastrophe industrielle.

Tout ça c’est des contraintes… l’éclairage, tout ce qu’il faut.

Et on a avancé. On a quand même avancé. Est-ce qu’on peut dire que les œuvres étaient moins bien ? Là sûrement pas, au contraire !

Donc, plus il y aura d’intelligence, plus il y aura de créativité et, je dis, d’intelligence collective.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)
Intervenant : Gaston Marcotti (Fondateur de Bizaroïd)

Comment garder l’émotion intacte au cinéma en tournant avec des fonds virtuels et immersifs ?

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Gaston Marcotti : C’est beaucoup d’ingénierie et de créativité, mais c’est surtout un travail de réalisation.

C’est-à-dire que, là ce qui se passe aujourd’hui, et ce qu’il faut comprendre aussi de l’histoire, justement, c’est pour ça que je me rapporte beaucoup à ce qu’on a vécu en termes de VFX, parce que c’est un terreau d’innovation incroyable.

Et c’est surtout un terrain où tous les corps de métier réfléchissent ensemble, sont obligés de réfléchir ensemble.

Donc, cette intelligence collective, elle nous sert justement à garder cette émotion intacte, alors que c’est très compliqué : il y a des millions sur la table, il y a que des problèmes techniques, de narration, artistiques et tout ça.

L’équipe, l’équipe de cinéma au grand complet, de la production à l’écriture, aux effets spéciaux, aux acteurs, réalisation, évidemment la lumière, et compagnie, va être confrontée à ça.

La chose la plus importante, à mon avis, c’est que là, on voit ce qui se passe, c’est-à-dire que cette technologie-là, elle est à mettre en parallèle avec le fond vert, ce qui nous permettait d’incruster le fond qu’on voulait.

Ce qui se passe sur le fond vert, on peut faire le test maintenant, on mettrait du vert sur le plateau, et je vous dirais : “regardez dans la direction du château hanté là-bas, au fond à droite”, bon ben personne ne le voit, le château hanté, tout est vert.

Là, ici, si vous vous retournez et vous pointez un des éléments de l’architecture qu’il y a dans l’image, tout le monde le voit. Donc la réaction est instantanée. Donc, l’action, le jeu est instantané, le cadrage est libéré, puisque la caméra est traquée.

Donc le chef opérateur, l’opérateur, le réalisateur va pouvoir cadrer en voyant exactement ce qu’il voit, et c’est le produit final qu’il est en train de cadrer. Personne n’est en train d’imaginer ce qu’il va y avoir derrière. Voilà.

Donc ça c’est très important. Garder l’émotion intacte, c’est ça. C’est d’avoir le maximum de vision et d’interactivité avec l’image en temps réel.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)
Intervenant : Gaston Marcotti (Fondateur de Bizaroïd)

Les technologies immersives au cinéma : révolution récente ou évolution progressive ?

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Gaston Marcotti : Ce qui s’est passé, c’est que dans la restauration numérique on est confrontés directement à la matière film, à l’archive. Et là, on voit aussi toutes les étapes des effets spéciaux.

Les restaurer, ça veut dire redonner une visibilité à un film – il y a quelque chose de très très noble, à mon avis, dans cette partie-là -, mais surtout, on voit aussi l’histoire des VFX.

Et dans cette histoire-là, vous commencez à juste titre par Méliès, qu’est ce qui se passait ?

Ben lui, il prenait tout son savoir d’homme de théâtre, de music hall et de magicien, avec tous ses trucs et astuces, et en plus de ça il a amené le film, la caméra, ce qui lui a donné en plus la possibilité d’arrêter le temps, de reprendre des prises.

Je ne peux pas vous citer tout Méliès, mais “l’homme orchestre”, “l’homme à la tête de chou” et compagnie, c’est des merveilles. Et tout ça, c’est énormément d’ingéniosité.

Qu’est-ce qui se passait ? Il faisait un décor en arrière-plan. Il faisait un décor en dur. Mais il a commencé aussi à peindre directement.

Et puis d’autres ont amélioré cette technique qui s’appelle le matte painting.

Le matte painting, c’est justement cette partie où on vient peindre sur une plaque de verre, devant la caméra. Et ça, ça devient notre décor. On peut le voir dans Ben-Hur, et énormément de films.

Donc là, on commence déjà avec l’idée de “dans l’arrière, on doit construire un décor qu’on ne peut pas construire dans la réalité”, faute de moyens et ainsi de suite, donc on vient le peindre. Et, en partie, on viendra construire une partie de décors en réel.

Puis arrivent aussi d’autres techniques. C’est-à-dire, on va re-projeter le décor. On se rappelle, par exemple, de “La mort aux trousses”.

Cette scène où Cary Grant saute, devant lui l’avion le poursuit. Évidemment, cette scène n’a pas été tournée en direct, elle a été post-produite, mais en temps réel !

C’est-à-dire qu’il y a une première prise de l’avion, dans le bon angle, qui passe. Et tout ça est remis dans un studio avec une projection. Et là, l’avion passe, Cary Grant réagit en temps réel. C’est ça qui est très important.

Donc toutes ces réactions donnent une émotion à ce film, voilà, c’est Hitchcock, le suspense, le roi du suspense. Et on continue et on continue.

Donc ça, c’est, on va dire, dans l’histoire du cinéma, il y a déjà ça qui est inscrit.

Aujourd’hui, pour aller vite – parce que l’idée, ce n’est pas de faire un cours sur ce qu’est la projection arrière -, vous êtes sur un plateau, en ce moment-même, avec un écran LED qui doit faire dans les 10m de large, 5m de haut, quelque chose comme ça et, derrière, on pourrait très bien mettre un décor – là, en ce moment, il y a un décor un peu futuriste -, et ça pourrait très bien être une extension de notre décor.

C’est le même principe, exactement le même principe. Sauf qu’aujourd’hui, on est arrivé à une maturité technologique à tous les niveaux.

C’est-à-dire qu’on a de l’écran LED là où, avant, on avait de la projection, de la projection avec beaucoup de problèmes : la pollution lumineuse, ainsi de suite. Par contre, en termes de définition, on est capable de faire des grandes choses. C’est moins coûteux qu’un écran LED, donc la projection n’est pas finie, à mon avis.

Mais on a aussi les caméras numériques aujourd’hui, qui sont x fois supérieures à l’argentique de l’époque et, surtout, on a le temps réel.

Ces logiciels temps réel… alors tout à l’heure j’écoutais un peu Marc Petit avec son logiciel Unreal, et il y en a d’autres : Unity, Notch, CryEngine… beaucoup de logiciels sont là et sont à venir.

Mais ça, c’est ce qui nous apporte, aujourd’hui, le temps réel en fait, la connexion avec tout ce qui va se passer, donc la 3D temps réel.

Et j’oublie un élément, c’est le tracking. Le tracking c’est repositionner la caméra en temps réel, dans la bonne perspective, pour que tout ce qui se passe se passe dans la perspective continue de la caméra.

Donc, à ce moment-là, l’exemple le plus connu à ce jour, c’est Mandalorian. Si on regarde, elle est extraordinaire, formidable, extrêmement grande, et compagnie – je ne sais pas si on arrivera à faire ça en France dans les six mois, mais il y a eu de belles tentatives en tout cas -, il y a beaucoup d’argent, c’est sûr.

Tout ça, ça participe de l’histoire du cinéma vieille de 100 ans. On s’inscrit dans cette histoire.

A mon sens, ce n’est pas une révolution, c’est une évolution. On est en permanence en train de recycler des idées qu’on avait abandonnées pour raisons techniques, économiques, qui aujourd’hui reviennent très fortes, comme cette idée d’écrans LED immersifs, parce que la technologie aujourd’hui est mûre.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)
Intervenant : Gaston Marcotti (Fondateur de Bizaroïd)

Festival Constellations : les visiteurs pourront-ils un jour interagir avec les œuvres ?

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Jérémie Bellot : On a des contraintes qui sont liées au flux, on a énormément de public. 

Sur les interactivité directes…

Alexandre Michelin : 1,4 millions. Il y a des files d’attente.

Jérémie Bellot : Donc la question de l’interactivité, que ce soit capter les flux, les interfaces directes, c’est-à-dire l’interactivité directe du public, ce sont des choses qu’on a pu expérimenter par le passé et qui trouvent très rapidement leurs limites, en termes de lisibilité de projet, en raison des flux importants.

Sur l’intelligence artificielle, moi je laisse beaucoup de place aux projets des artistes.

Pour l’an prochain, on a deux collectifs turcs, qui sont Ouchhh et Nohlab, qui travaillent sur les questions d’IA et qui, notamment, travaillent sur des installations qui utilisent ces données.

Il faut que le projet soit à la hauteur du site et que tout ça fasse sens, qu’on soit pas juste dans quelque chose de cosmétique avec un intrant de données, un effet, et puis le tour est joué.

Donc la question du propos est importante. 

Alexandre Michelin : Oui, parce qu’il y a un thème. Donc, il faut que ça respecte… 

Jérémie Bellot : Il y a un thème, il y a le propos artistique aussi. Ce n’est pas seulement une œuvre qui doit être du data analysing, mais qui doit vraiment raconter une histoire, donc ça dépend vraiment des collectifs artistiques et des projets. 

Mais, en effet, ça fait partie évidemment de nos réflexions, et ça fait partie des réflexions de la scène art numérique et digital art en ce moment.

Présentateur : Alexandre Michelin

Intervenant : Jérémie Bellot (artiste plasticien, curateur du festival Constellations

Favoriser la rencontre entre les gens : un des enjeux du festival Constellations

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Jérémie Bellot : Ce qui est intéressant avec Constellations, c’est qu’on sort aussi de l’espace privé pour aller sur l’espace public. On sort de la tablette et de l’écran à la maison pour aller apprécier une autre manière de traiter cette lumière artificielle, et puis, aussi, un autre regard sur les outils du quotidien.

C’est vrai qu’on a ces enjeux, qui sont portés par les arts technologiques, les arts numériques, les arts visuels, qui utilisent les interfaces, l’ordinateur, dans leurs processus de conception… aussi de questionner l’usage quotidien, l’usage du numérique outrancier.

Et c’est important… je trouve que cette image, moi… je vois aussi une ville avec plein de gens chez eux.

Patrick Thi : Des gens dans les maisons.

Alexandre Michelin : Ah oui, oui, c’est une ville vivante.

Jérémie Bellot : C’est une ville vivante, avec cette envie, aussi, de faire sortir les gens de chez eux. Ça, c’est un des enjeux, pour nous, de se rencontrer, tout simplement, et puis je pense qu’on en avait besoin après ce qu’on a vécu et ce qu’on continue à vivre.

Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenant :
Patrick Thil (adjoint au maire de Metz en charge de la culture)
Jérémie Bellot (artiste plasticien, curateur du festival Constellations)

Festival Constellations : l’importance de la lumière

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Jérémie Bellot : On a un projet de mise en lien des sites avec un système de laser. Du coup on a recréé, avec Julien Floria, un principe de constellations mais vues du ciel.

Ça m’inspire un peu ça, ces rayons bleus qui traversent la ville en ce moment à Metz, et qui nous permettent d’aller d’un bâtiment à un autre pour les relier. C’est un peu notre constellation à nous, mais vue du ciel.

Alexandre Michelin : C’est exactement la vision qu’a eue Stan. On est venu ici, il a pris des photos depuis le toit du centre, et puis il les a recréés tout l’été, ils ont bossé vraiment énormément pour avoir cette réalisation avec, évidemment… c’est une perspective…

Patrick Thil : Alors ce que je trouve, moi, très intéressant, c’est que je pensais aux lumières. Parce que derrière le numérique, il y a cet aspect de lumières, et derrière l’aspect de lumières, il y a effectivement la tradition messine.

D’abord, c’est vrai que nous avons contribué au siècle des Lumières, par plusieurs de nos intellectuels messins – je pense à l’abbé Grégoire, mais il n’y a pas que lui.

Et puis il y a aussi la lumière de cette cathédrale, qui est quand même déclarée depuis Verlaine comme étant : “la lanterne du bon Dieu”, c’est-à-dire qui est tellement vitrée, puisque que ça a été longtemps, avant, cette cathédrale africaine qui voulait défier, y compris Rome, d’ailleurs, par ses dimensions.

Alors, on est une cathédrale très vite raillée, si j’ose dire, avec 6500 mètres carrés de vitraux.

Et puis aujourd’hui on a, par exemple, la Chaire de Photonique, une des plus brillantes de France, qui travaille justement sur cette particule de lumière, qui est un peu notre avenir.

Et cette cathédrale, elle domine toujours Metz. Un jour, un ministre de la Culture disait : “La cathédrale de Metz domine sa ville comme l’acropole Athènes.”

Je trouve que c’est assez juste. C’est à la fois l’architecture et l’esprit.

Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenant : Patrick Thil (adjoint au maire de Metz en charge de la culture)
Jérémie Bellot (artiste plasticien, curateur du festival Constellations)

Présentation du décor virtuel imaginé par Stan Walbert

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Alexandre Michelin : Je ne sais pas si on peut passer ce que Stan Walbert a produit en faisant les photos, le studio DreamCorp. et multiCAM ?

Il est arrivé et il s’est dit : “tiens, mais c’est Metz la nuit”. Et donc, là, on a un décor qui a été pensé à partir de photos, qui est une création pour le KIF, et il a essayé de tout symboliser.

Je ne sais pas ce que vous en pensez, parce que c’est une vision de quelqu’un qui voit la nuit… vous reconnaissez votre cathédrale ? Et puis, il a essayé de mélanger et de recréer une perception qui est à la fois issue de la vidéo et de la création, aussi, parce que je pense que toutes ces œuvres l’ont saisi.

Est ce qu’on peut voir ? Il y en a deux, il y en a aussi avec la cathédrale, c’est un mouvement… Et donc là, pour le coup, on est dans la XR, on est avec un système de tracking. Ces images sont absolument numériques et je pense que c’est aussi, on l’a vu, notamment avec The Man Factory, on va avoir de plus en plus des créations urbaines.

Présentateur : Alexandre Michelin

A quel point la culture, l’art et l économie sont ils liés

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Patrick Thil : Je n’en parle pas, parce que c’est mes collègues qui suivront qui parleront de cet aspect économique, mais il faut dire que culture et économie ont toujours été liées. Pourquoi à un moment Athènes, après Rome, à un moment Berlin, après Paris ?

C’est souvent parce qu’on rencontre. Il y a cette conjonction entre l’économie, le pays, la richesse et les artistes.

Alexandre Michelin : La valeur, la création de valeur ?

Patrick Thil : Absolument.

Alexandre Michelin : Et la création tout court.

Patrick Thil : Et ça se suit. Et c’est vrai qu’on a connu une période, notamment dans les années 60-70 – je pense notamment à l’architecture – où on a un peu oublié cette collaboration entre les arts, mais aussi la reconstruction et les artistes.

On redécouvre aujourd’hui la Samaritaine, qui est quand même un joyau aussi, où les Arts Déco étaient et étaient présents dans le quotidien des gens.

L’Ecole de Nancy, vous voyez – je suis médecin, j’en parle – c’est aussi cette conjonction là, et je crois que cela a été aussi à Metz, évidemment, avec ce qu’on appelle l’école de Metz.

Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants : Patrick Thil (adjoint au maire de Metz en charge de la culture)

Le dôme géodésique du festival Constellations

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Alexandre Michelin : Je voulais aussi parler de ce que tu as fait, avant qu’on parle plutôt économie – mais c’est aussi le rôle du KIF, de montrer la valeur des choses et leur valeur marchande et/ou économique et culturelle – sur ce que toi tu as fait avec le dôme, parce que c’est comme ça qu’on s’est rencontrés.

Il y a un dôme géodésique, dont la ville, d’ailleurs, est partie prenante, dans un modèle absolument original qui est d’ailleurs à côté de l’opéra.

Il faudrait qu’on montre les photos de l’intérieur du dôme, parce que c’est extrêmement spectaculaire dans toute la réflexion sur l’immersion… je pense qu’on réussira à le faire l’année prochaine, j’espère.

On avait aussi… on est tombés devant ce dôme où les gens sont couchés, et voient sur un dôme…

Tu peux nous expliquer, toi, l’architecte et le plasticien, ce qui s’est passé avec ce dôme ?

Jérémie Bellot : On a créé, finalement, une forme de planétarium nomade, sur une base de structure géodésique.

L’enjeu pour nous, c’était de vraiment développer un écran le plus lisse possible. Donc on a développé un système qui s’appelle “negative pressure”, donc on aspire l’air entre la couverture extérieure et l’écran intérieur.

Alexandre Michelin : Si tout est courbé, c’est parce qu’on est à l’intérieur d’un dôme, comme un planétarium ?

Jérémie Bellot : Voilà, c’est ça. C’est facetté par l’extérieur, et à l’intérieur c’est un écran qui, lui, est pressurisé, donc ça permet d’avoir la surface la plus lisse possible, et surtout un objet très compact au moment du démontage et du remontage.

Alexandre Michelin : Voilà, l’architecte, aussi, parle. Et c’est un objet qui permet donc des projections. En 180 ?

Jérémie Bellot : 180. On va même jusqu’à 200. Entre 180 à 200, ça dépend des projets, évidemment, puisqu’on peut changer notre notre courbe horizontale.

Mais on est en 360*180, on va dire, de base.

On descend assez bas par rapport aux planétariums. Nous, notre enjeu, c’est vraiment d’aller le plus bas possible pour avoir une immersion…

Alexandre Michelin : Tellement bas que les gens sont sur des coussins.

Jérémie Bellot : Tout à fait. On allonge les gens.

Alexandre Michelin : Donc avec le covid ça a été compliqué, j’imagine, de respecter…

Jérémie Bellot : Oui, alors on est sur des jauges réduites, mais on a réussi…

Alexandre Michelin : C’est-à-dire, quelle est la jauge actuelle ?

Jérémie Bellot : Je ne sais plus exactement, parce que ça se modifie…

Alexandre Michelin : Mais la jauge originale, elle était de ?

Jérémie Bellot : La jauge originale, on met quasiment 100 personnes.

Alexandre Michelin : Donc il y a 100 personnes qui sont couchées, – il faut imaginer la scène, quand même – dans des très beaux Fatboy. Et puis ils ont la tête dans les étoiles, sauf qu’au-dessus, on voit ce… et là on voit des œuvres. Et on peut même voir des films.

Donc moi, je suis vraiment… je pense que c’est sans doute une des formules qui permettra au numérique de devenir très populaire.

C’est comme une projection, sauf qu’on est couché.e, on est très détendu.e.

Je ne sais pas si la photo permet de le montrer, parce que là t’as mis en valeur l’œuvre, mais on voit les gens qui sont couchés, complètement hypnotisés. Et là aussi, sans casque. Ils sont pris, en fait, emmenés dans…

Jérémie Bellot : On est vraiment dans une logique d’immersion collective. Alors il y a des projets VR qui développent ça aussi, mais c’est vrai que moi, c’est plutôt répulsif de mon côté sur la question des casques casques VR, mais en fait, c’est plutôt quelque chose qui m’a motivé dans le développement de cet outil-programme, on va dire.

Et puis, du coup, on travaille avec des gens qui font partie de l’industrie VR pour l’adaptation de contenus…

Alexandre Michelin : Avec Cédric Bonin, qui sera présent cet après-midi

Jérémie Bellot : Avec Cédric Bonnin, avec Diversion Cinema, aussi.

Alexandre Michelin : Donc vous prenez des œuvres qui ont été faites pour la VR, et puis vous les adaptez pour qu’on puisse les voir en 180.

Jérémie Bellot : En 180, et avec les mouvements de caméra qui permettent aussi de voir la sphère 360-360 avec différents points de vue, et puis de partager ses émotions en direct.

Alexandre Michelin : La chose la plus extraordinaire, parce que la VR c’est un acte assez isolé, on peut être connecté avec des gens, mais on le vit tout seul, alors que là on vit de l’immersion, collectivement… Un peu les premières émotions des gens qui voyaient le cinéma : ils voyaient arriver un train, ils étaient stupéfaits.

Patrick Thil : Mais c’est intéressant aussi de dire “qu’est ce qui est projeté ?”. Et ce qui est projeté, c’est de l’architecture.

Il est modeste, mais c’est de l’architecture, et c’est de l’architecture recomposée à partir, je dirais, de notre volonté d’être un peu international aussi, puisqu’on va retrouver des monuments messins restructurés, etc., et des monuments du Québec.

Ce qui me permet de dire que ça, c’est un peu la dimension aussi de Metz-ville Créative UNESCO, en matière musicale, bien entendu, mais la musique rejoint aussi la littérature, l’architecture, etc.

Alexandre Michelin : C’est la première immersion.

Patrick Thil : Et ça, c’est aussi intéressant d’avoir cette confrontation entre l’Opéra du Québec et celui de Metz, entre des cathédrales différentes…

Jérémie Bellot : C’est le voyage, parce qu’on est vraiment un voyage, il y a un scan lidar.

Là, par exemple, c’est sur un projet qui s’appelle “Métabolismes Utopia”. C’est un projet sur les architectures utopistes japonaises, donc du mouvement, métaboliste, qui ont été reconstitués à l’intérieur du dôme pour, finalement, voyager dans les projets utopistes, donc recréer, finalement, à partir des maquettes, des planches des architectes, des utopies, et permettre de voyager dans ces utopies.

Et je rebondis sur ce que disait Patrick. On a, du coup, sur le projet qui est actuellement présenté sur la place de la comédie, un scan lidar qui a été fait de la cathédrale, également du parvis de l’Opéra à Montréal, et également à l’intérieur, dans la salle de l’Opéra, à Metz, qui nous permet d’ailleurs de traverser un rideau en nuage de points sur le plan final du projet.

On est vraiment dans cette hybridation d’architecture, et puis en même temps on rentre dans le nuage de points de la cathédrale, c’est très fort, c’est assez intense, et puis les artistes ont travaillé sur cette métamorphose, on a vraiment quelque chose d’assez organique.

Donc c’est quelque chose à découvrir. Et puis on voit bien la fusion des technologies, c’est-à-dire qu’on a d’un côté de la captation 360, du scan lidar, l’intégration du scan lidar dans un environnement 360, et puis, finalement, le dôme qui vient restituer ces images et les présenter à travers une œuvre d’art.

Alexandre Michelin : C’est magnifique. Il faut vraiment le vivre, là aussi. Moi ça m’avait surpris.

On avait été dans le dôme, à l’atelier où tu organises des projections privées pour ta fille, mais j’avais eu une projection privée, et où je suis resté… on a la tête ailleurs. Ça capte, et ça prend l’attention. Et comme, en plus, on est en position relaxe, en fait on oublie tout, c’est une vraie séance d’hypnose…

Jérémie Bellot : On a fait des projets avec de l’hypnose, aussi, dedans.

Parce qu’on a un son spatialisé, donc en 6.1, mais qu’on peut augmenter, évidemment.

Et puis là on est en train de travailler sur sur l’axe Z, pour commencer à monter des enceintes un cran au-dessus pour commencer à rentrer un peu dans la 3D, comme c’est le cas sur le dôme de la Satosphère, la salle de Montréal, avec qui on travaille d’ailleurs et qui…

On présentera, en collaboration avec la salle de Montréal, ce week-end, une série de courts-métrages qui s’appelle “Sad Fest” ce soir et demain soir sur la place de la Comédie pour augmenter le programme dans le cadre de la clôture, et surtout renforcer ce partenariat qu’on peut avoir avec la Société des arts technologiques de Montréal depuis plusieurs années maintenant

Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenant :
Patrick Thil (adjoint au maire de Metz en charge de la culture)
Jérémie Bellot (artiste plasticien, curateur du festival Constellations

Le festival Constellations : quand le numérique rejoint l’art architectural

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Jérémie Bellot : La question du flux, elle est très importante, c’est très intéressant ce que tu soulignes, c’est à dire qu’on a le sentiment, même en permettant l’accès à des œuvres à l’intérieur des lieux, que ces lieux sont ouverts sur la rue.

Alexandre Michelin : Ah oui ?

Jérémie Bellot : C’est-à-dire qu’on a quand même énormément d’espaces qui sont indoor, mais qui sont ressentis par le public comme ouverts. Lorsqu’on a ces grandes portes de l’église des Trinitaires qui sont ouvertes avec l’œuvre au fond, finalement, on est dans une déambulation sur l’espace public.

On est dans une expérience nouvelle de la ville, piétonne, avec des installations extérieures et intérieures, mais on a le sentiment que tout ça ne fait qu’un et que tous ces lieux, finalement, font partie de la rue, et c’est très important, c’est très intéressant que tu le soulignes.

Patrick Thil : Et donc ça rejoint, Jérémie, qui est architecte, ça rejoint le premier art qui est l’architecture. Autrement dit, cet art numérique, qui est sans doute un des derniers, bien après le neuvième, je ne sais pas quel numéro on pourrait lui donner, rejoint le premier art dans ce qui est directement disponible par le public.

L’architecture, et bien on se promène et on découvre l’architecture, et là, c’est un petit peu pareil. Et puis, je le signale parce que je trouve ça très drôle, vous savez, tout le monde a le cloud, on dit toujours “tiens j’ai mes photos sur le cloud”. Ben le cloud, il est à Metz.

Alexandre Michelin : Ah ben le voilà, le cloud

Patrick Thil : Le voilà ! Il est à l’opéra. Donc tout le monde peut voir enfin ce cloud dont on entend parler, qu’on ne voit jamais. Voilà, c’est un peu une plaisanterie.

Alexandre Michelin : Non, mais parce qu’en plus, on voit bien ce que vous disiez : il y a l’architecture classique de l’opéra, la magnifique perspective italienne dont vous parliez tout à l’heure. C’est le premier opéra de France ?

Patrick Thil : C’est le surtout le plus vieux, le premier, qui est apparu en 1752, avant Bordeaux et Versailles, qui sont les trois opéras du XVIIIᵉ siècle, ce qui est très rare. Vous savez, les opéras sont plutôt construits au XIXᵉ et au XXᵉ siècle.

Alexandre Michelin : Et vous êtes le président de l’Association des opéras de France, donc vous êtes un passionné.

Patrick Thil : Je les connais pratiquement tous. Donc, c’est naturellement celui là qui est le plus intéressant.

Alexandre Michelin : Bien sûr. Et donc là, dire “on va mettre un nuage sur l’opéra”, c’est quand même assez fort, vous jouez avec les symboles…

Patrick Thil : …le plus moderne, celui de l’iPhone, celui de tout notre enregistrement, de toutes nos photos, nos vidéos, etc., dans ce fameux cloud, et bien c’est assez amusant de le trouver ici, à côté de cette architecture du XVIIIᵉ siècle.

Alexandre Michelin : Et donc, on arrive sur la place, et puis on voit souvent des gens… parce quand on le voit, il y a comme des gouttes de pluie et donc les gens viennent en dessous se photographier.

Patrick Thil : Ils tirent les gouttes de pluie et ils peuvent allumer ou éteindre toute cette…

Alexandre Michelin : …cette installation.

Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants : Patrick Thil (adjoint au maire de Metz en charge de la culture)
Jérémie Bellot (artiste plasticien, curateur du festival Constellations)

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