Antoine Dubois : Moi j’ai un cas où on est partenaires de l’Accor Arena, donc c’est l’ancien Bercy à Paris.
Et on avait en tête de pouvoir diffuser une ou deux chansons au début de chaque concert, par exemple, en immersivité sur Internet pour nos membres fidèles, comme d’habitude, en tous cas nos clients, en tout cas leur proposer de découvrir ça.
Et c’est vrai qu’on ne l’a pas fait parce que ce n’est pas encore extrêmement bien calé les droits d’auteur entre le tourneur, entre l’artiste, entre la salle, entre le diffuseur, entre nous.
Donc il y a encore des cas d’usage comme ça ou les copyright sont encore à inventer et à caler par rapport à de nouveaux usages.
Ce n’est pas encore… enfin c’était qu’un exemple, mais pour montrer que le copyright et les droits, c’est encore des débats sur des cas d’usages très précis.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Antoine Dubois (DGA marketing Accor)
Fabien Barati : On va créer des projets qui appartiennent, en tous cas, à la coproduction, donc qui nous appartiennent et qu’on va vouloir exporter le plus possible. C’est vrai que ça, c’est assez similaire sur la partie contenu.
Nous, on a aussi une partie logicielle qui permet de diffuser et d’exploiter ces contenus, qui est une autre type de propriété intellectuelle.
Donc, pour nous, c’est des choses qui correspondent à des modèles différents, puisqu’on a une plateforme technologique avec un business model de logiciel et un modèle économique de producteur vraiment basé sur les royalties.
Donc bien sûr, c’est extrêmement important pour nous la propriété intellectuelle et le développement de ça dans la réalité virtuelle.
Enfin, nous on parle plus de réalité virtuelle plus précisément que plus globalement l’immersion, ça en fait partie.
Mais oui, globalement pour l’immersion, c’est ultra important. Mais je trouve que ça se met quand même assez bien en place.
Sur les codes, je dirais : de l’audiovisuel, mais bon, il y a quand même encore du travail d’évangélisation.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Fabien Barati (Fondateur et CEO de Emissive)
Stéphane Millière : Nous on se place du côté du projet. C’est toujours à chaque fois, chaque exposition, chaque projet… comme on n’est pas “techno”, c’est vrai qu’aujourd’hui on fait des expériences VR, des expositions immersives, des choses assez diverses.
Et notre objectif, c’est de créer un catalogue, notamment sur les expositions immersives, notamment sur l’Histoire et le patrimoine.
On a la chance – on parlait un peu de fierté nationale -, mais on a la chance, en France, d’avoir un nombre de sites absolument extraordinaires et ça fait aussi… c’est aussi quelque chose qui fait partie de notre ambition, c’est d’arriver à les exporter, et à les exporter en racontant une histoire, leur histoire.
Donc le nôtre, notre business model, nous, c’est le catalogue d’exposition avec, derrière, une distribution. D’abord une présentation nationale et ensuite une distribution internationale, et de faire tourner une dizaine de projets dans les deux années à venir, et donc avec des copyrights, évidemment, sur les projets, puisque c’est beaucoup de choses qui sont aussi faites avec des productions originales, notamment des restitutions en images de synthèse de parties disparues de monuments existants.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Stéphane Millière (Fondateur et CEO de GEDEON Media Group)
Guillaume Therien : Premièrement, pourquoi on a séparé le contenu ?
C’est parce qu’on s’est aperçu qu’il y avait peu d’innovation, peu de financement dans les technologies.
Puis ça a été compliqué d’expliquer, même aux donneurs d’ordres ou aux bailleurs de fonds, parce que quand on parle de “Fintech”, et bien la Fintech ne crée pas des nouvelles banques. On crée une technologie qui aide les usagers ou les banques à connecter, ou de nouvelles solutions qui permettent de démocratiser le milieu bancaire.
La high-tech ne crée pas des nouvelles fermes, mais “l’entertainment tech” ou la “créa tech”, c’est la même chose.
Donc nous, ce qu’on veut, c’est de faciliter les technologies d’applications dans le monde dans lequel on se projette. Donc pour nous, c’est super important.
Et il y a une certaine autonomie, je dirais “nationaliste” aussi. Ce n’est pas juste dans la Silicon Valley qu’il faut que se développent les prochaines plateformes, les prochains outils qui vont, justement, influencer le monde des industries créatives. Donc pour nous il y avait aussi un fort, je dirais… c’était très identitaire. C’était très important qu’on ait une fierté, puis que tout ça se fasse chez nous.
Dans le financement, c’est sûr que, j’en ai parlé, c’est l’équipe. Dans les critères de financement, l’équipe va être super importante, les compétences transversales des fondateurs.
Il y a évidemment aussi ce qu’on appelle le “TAM”, le “Total Addressable Market”, le marché. C’est est-ce que le marché a du potentiel, est en croissance, est-ce qu’il est saturé… donc ça c’est une des choses qui va être très importante.
La mise à l’échelle, même si elle est difficile en ce moment, au moins voir la vision que les entrepreneurs ont, que les créateurs ont dans la mise à l’échelle.
Et puis je dirais une des choses qu’on a pas touché, qui est ultra importante, c’est la propriété intellectuelle.
Donc propriété intellectuelle, je dirais de, oui, technologique, donc les brevets, le design industriel, mais aussi, une fois qu’il y a du contenu – et évidemment, je suis persuadé que les intervenants à la table vont avoir leur mot à dire là-dessus -, mais la propriété intellectuelle dans l’immersif va être à créer, le modèle de licence ou même de droits va être aussi à inventer.
Donc ça va être très intéressant de voir les droits de propriété intellectuelle, comment ils vont muter, comment ils vont se commercialiser dans ce monde immersif-là.
Ça, ça nous intéresse beaucoup.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Guillaume Therien (Associé Triptyq Capital, ex-directeur général de Zú)
Guillaume Therien : Je pense que l’immersif va s’intégrer dans tout.
On a ici quelqu’un de l’hôtellerie qui parle et qui s’intéresse beaucoup, et même investissent dans ces entreprises-là, donc je trouve ça super encourageant.
Je pense que les gens, peu importe les industries, vont vouloir offrir une expérience immersive. D’ailleurs le mot, des fois, me chatouille parce qu’est ce qui n’est pas immersif ?
Notre vie actuelle est très immersive, on n’a pas besoin du virtuel pour le rendre immersif, par contre on est capable de raconter des histoires extraordinaires et user d’imagination d’une façon différente.
Donc, je pense que les marques vont être des grands leaders aussi de l’immersif, dans tout ce qui est expérientiel, événementiel, vont vouloir vraiment amener leur valeur, justement, le plus près.
Je pense que l’immersif, du coup ce qu’on tente de faire, c’est de toucher l’émotion. Ça reste toujours sur l’émotion. Et ça, des fois, la froideur de la technologie freine l’émotion.
Donc je pense qu’on va toujours pousser à amener l’immersion technologique, la rendre la plus humaine et la plus émotionnelle possible, pour qu’elle ait un impact.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Guillaume Therien (Associé Triptyq Capital, ex-directeur général de Zú)
Guillaume Therien : Un point super important sur l’influence des jeux vidéo.
Les jeux vidéo ont eu une influence incroyable pour tout autre type d’art et de divertissement.
On peut juste le voir dans les façons de produire : Unreal est maintenant utilisé au cinéma, est utilisé pour faire de la modélisation qui est justement dans le VR…
Même dans les productions, on voit les “Virtual Productions” qui, dans le monde du cinéma, l’interactivité…
Donc je pense que le jeu vidéo a été très innovant.
Par contre, il y a des choses qui se portent moins bien à d’autres industries, dans les industries créatives.
Mais pour revenir peut-être à la question, je pense que, que ce soit individuel ou collectif, je pense que le défi va être vraiment sur, je dirais, la mise à l’échelle ou les fréquences.
Parce que je ne sais pas c’était quoi, on va dire, le nombre de personnes que pouvait accueillir Pompéi en même temps, mais ça, c’est un autre défi.
C’est le défi d’encadrement, d’accompagnement, et de densité dans le lieu. Donc c’est un autre grand, grand défi de l’immersif à mon avis.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Guillaume Therien (Associé Triptyq Capital, ex-directeur général de Zú)
Guillaume Therien : C’est très difficile, parce qu’on commence.
L’immersif, je pense que monsieur Millière l’expliquait bien, on est en mode expérimentation, en mode innovation, donc les modèles économiques sont en train de se forger.
C’est ce qu’on voit, je l’ai dit un peu précédemment, dans tout ce qui est “location-based” ou dans tout ce qui est muséal, ou des lieux de divertissement, des lieux culturels.
On voit beaucoup ce qui va être le “paiement par sensation”, donc faire une visite régulière, après y ajouter une réalité peut-être augmentée, y ajouter de l’immersion, y ajouter du multisensoriel.
Donc on voit que ce modèle économique-là s’implante de plus en plus. Il était déjà disponible dans les cinémas – on peut imaginer l’IMAX 3D ou même les chaises qui vibraient ou qui donnent des sensations -, donc on le voit s’implanter.
Dans ce qui est immersif, je dirais, à la maison, c’est compliqué parce que malgré le fait que Oculus 2 a réussi à démocratiser et à vendre des millions de casques, des dizaines de millions de casques – parce que c’est très difficile d’avoir les données réelles de nos amis Facebook -, ça reste quand même qu’il y a peut-être quoi, 40 millions de casques dans le monde.
Donc c’est très difficile d’avoir un modèle économique de mise à l’échelle qui va être rentable et très profitable.
Donc, on le voit, plusieurs gens, plusieurs grandes compagnies se lancent dans, justement, la distribution. Bon Facebook le dit, Microsoft… J’attends de voir ce qui va se passer là-dedans.
Je pense qu’on va voir quand même les mêmes modèles économiques d’abonnements, de “subscription” arriver, peut-être une forfaitisation, avec des bandeaux qui vont ajouter d’autres choses, donc on va voir beaucoup de ça.
Et d’après moi, aussi, il va y avoir beaucoup d’emprunts sur les modèles “SAS”.
Donc on a vu vraiment “subscription as a service”, on pourrait voir l'”entertainment as a service”, à mon avis ça pourrait en arriver là.
Donc il va falloir peut-être être inspirés par d’autres modèles d’affaires qui sont peut-être moins traditionnels ou moins ancrés dans le monde du divertissement et de la culture.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Guillaume Therien (Associé Triptyq Capital, ex-directeur général de Zú)
Antoine Dubois : Tout le monde connaît la situation de l’hôtellerie avec le Covid, donc on doit faire aussi avec les locaux. On le faisait déjà, mais encore plus avec les locaux qu’avec les voyageurs aujourd’hui, et on essaye de faire en sorte qu’on ait des hôtels qui deviennent des tiers-lieux, avec différentes expériences qui sont proposées.
Alors le classique c’est le restaurant, le bar sympa, etc., et on peut aller plus loin. Les logiques de… on est à la recherche de plein d’idées.
On a discuté avec MK2 par exemple, ou d’autres, où on pourrait discuter, par rapport à installer dans une salle de réunion qui ne sert pas, le côté immersif, et d’aller visiter la pyramide dans un univers.
Donc on a des on a des mètres carrés disponibles, et c’est vrai que si on développe différentes technologies, il faut être capable de pouvoir l’emmener dans les différents hôtels pour que ce soit réutilisable et que ce ne soit pas un one shot comme aujourd’hui.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Antoine Dubois (DGA marketing Accor)
Stéphane Millière : Après, je pense qu’il y a un autre stade où, technologiquement, on va continuer à évoluer.
Il y a notamment au Japon des expériences sur des murs de LED extrêmement fins qui, finalement, font que l’environnement de la pièce dans laquelle on est – sa chambre par exemple – est un environnement qui est modulable à souhait, et que le tableau qu’on a là, on peut mettre la Joconde ou on peut mettre… et quand on est dans une définition de 8K et plus, on peut changer la couleur des murs, mettre un papier peint, ouvrir une fenêtre avec un paysage sur tel endroit…
L’immersification, l’immersion dans des contextes très, très différents, je pense qu’on est au tout début. Et c’est ça qui est vertigineux aujourd’hui, c’est que l’immersion, c’est une chose, l’interactivité avec l’univers qui nous entoure, c’est vraiment l’étape d’après. Et là, c’est vertigineux.
Et je pense qu’on est aux prémices de quelque chose, d’un monde qui est en train de changer à une vitesse folle et que nos univers, peut-être même l’univers de notre maison demain, sera totalement immersif et interactif.
Et ça commence. Mais j’ai l’impression que ça va très, très, très vite. Même pour suivre les technologies, aujourd’hui, on est plutôt en train de courir derrière en permanence.
Donc le futur est à imaginer. Et c’est, encore une fois, je trouve un imaginaire assez formidable qui laisse une place à chacun, aussi, pour s’exprimer.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Stéphane Millière (Fondateur et CEO de GEDEON Media Group)
Antoine Dubois : On avait, chez Accor il y a quelques années, un chief digital officer qui s’appelle Vivek Badrinath qui venait de chez Orange et qui disait toujours : “si on veut massifier, il faut rendre dépendant.”
Et comment les gens ont été dépendants de leur smartphone ? C’est qu’ils avaient leur vie dans leur smartphone.
Donc je pense qu’on va réussir à massifier au moment où la technologie arrivera à faire en sorte que les options d’immersivité sont dans l’outil que vous avez au quotidien, quand les lunettes seront aussi légères que vos lunettes, Mathieu, aujourd’hui et que ça pourra fonctionner et que ce sera à l’intérieur du device de la personne.
La massification, je pense qu’elle passe par ça et c’est ça qui a fait le succès, de toute façon, de l’iPhone, d’Android et de l’usage qu’on peut avoir aujourd’hui de notre téléphone dans notre poche, c’est qu’on a notre vie dans notre poche et qu’on en est dépendant. Donc je pense qu’il va y avoir différentes phases.
Nous, on essaye de regarder les différentes technologies. On rêverait d’avoir dans tous nos hôtels – alors est ce que c’est des QR codes ou autres -, mais une solution qui permet d’expliquer l’objet qu’il y a dans votre chambre le design, le dessin, de montrer l’hôtel et son histoire avant, de manière assez simple.
Mais aujourd’hui, quand on regarde les différentes technologies pour pouvoir le massifier, je peux le faire sur un très bel hôtel, mais je ne veux pas le massifier. Il faut que j’arrive à trouver un outil que la personne puisse utiliser sur son propre device et qui ait un petit effet “waouh” quand même.
Donc on regarde, on attend. Le rôle d’Accor, ce n’est pas de développer des outils par soi-même, nous on fait des hôtels – chacun son métier -, mais je pense que c’est ça, c’est quand il y aura cette notion de dépendance, comme les smartphones et comme les différents outils qu’on a aujourd’hui, qu’on arrivera à le massifier.
Et la 5G, ça on regarde aussi, parce que ça veut dire la fin du wi-fi dans les hôtels et dans les lieux publics, ou pas, la 5G, ça c’est une grosse question. Je n’ai pas la réponse, j’en sais rien du tout.
Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)
Intervenant : Antoine Dubois (DGA marketing Accor)
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