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Grâce au virtuel, rendre le spectacle vivant encore plus accessible et toucher de nouveaux publics
immersif | immersion | metaverse | nft | réalité augmentée | réalité virtuelle |

Présentateur : Alexandre Michelin

Intervenants :

  • Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
  • Charlotte-Amélie Veaux (Co-fondatrice de Onyo)
  • Yvan Boudillet (Fondateur TheLynk)
  • Gildas Dussauze (VRtuoz)
  • Cécilia Gabizon (Directrice éditoriale ETX Studio)

Charlotte-Amélie Veaux : Il y un point qui est intéressant, justement, c’est comment est-ce qu’on peut jouer sur le virtuel et sur les réels ? Ce matin, on parlait beaucoup d’accessibilité. Et, alors, les casques de réalité virtuelle pour l’instant ce n’est pas du tout accessible.

En revanche, Travis Scott c’était sur un jeu vidéo. Beaucoup de personnes ont pu avoir accès à ce concert là, et en fait la virtualité fait qu’on peut complètement abroger les règles géographiques. C’est-à-dire que même des personnes qui sont dans des lieux très éloignés et très isolées, encore faut il avoir une bonne connexion internet, mais ça permet quand même, il y a une opportunité à aller chercher, de développer de manière très forte l’accessibilité et d’aller pouvoir toucher des nouveaux publics qui ne pourrait jamais se déplacer dans une salle de concert, qui pourrait difficilement aller voir un spectacle dans une salle avec un nombre de billets très restreint, forcément, avec des dates très restreintes, etc.

Alexandre Michelin : Donc en fait le son et, en gros, la musique, a un pouvoir incroyable, émotionnel et en plus, qui se transporte très facilement ?

Charlotte-Amélie Veaux : Qui se transporte très facilement. Et puis, qui a quand même un avantage. Alors nous, c’est une des raisons pour laquelle on est allés vers le son binaural, c’est de prendre très peu de place, tout simplement, et d’avoir un impact écologique extrêmement faible.

Alexandre Michelin : Est-ce que c’est bien perçu, Gildas, par les artistes, ce mélange entre le spectacle vivant et quelque chose de virtuel qui vient en milieu pour augmenter ou transporter?

Gildas Dussauze : C’est très bien perçu. Moi je prêche dans le désert depuis des années maintenant et là, depuis notamment, malheureusement, la crise covid, il y a eu un accélérateur de prise de conscience par rapport à ça.

Et il y a des gens comme le Théâtre du Châtelet ou La Horde qui sont au contraire très friands de ces nouvelles technologies, et sont très enthousiastes à l’idée de les intégrer dans leur modèle économique et dans leur façon de diffuser la culture.

Et c’est ça qui est intéressant. On n’est pas dans une logique de remplacement. On est dans une logique d’exploration de nouveaux publics, comme vient de le dire Marie-Charlotte, d’extension d’audience, d’élargir le périmètre naturel de l’audience.

Pour un théâtre comme le Châtelet, l’audience naturelle c’est la région parisienne. Avec un dispositif de ce type, on peut évidemment raisonner de façon globale. Et c’est ça qui est intéressant. Et tout ce discours autour de la transformation des anciens métiers qui disparaissent pour des nouveaux n’est pas d’actualité en ce qui les concerne. Ça c’est plutôt nouveau.

Charlotte-Amélie Veaux : Complètement. On est vraiment dans la réinvention de l’exploration de nouvelles formes de spectacles. Comme tu disais, il ne s’agit pas du tout de remplacer la danse, le théâtre, etc. Mais vraiment de se dire : “on a un nouveau matériau qu’on peut utiliser.”

On a des écrans, on a des jeux vidéo, on a du son, on a du son binaural, on a des casques. Qu’est-ce qu’on peut explorer ? Qu’est-ce qu’on peut faire pour que ça ait du sens ? S’il s’agit juste de filmer une pièce de théâtre, je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire ça, on s’ennuie et on décroche très, très rapidement, même si le spectacle est incroyable.

Donc, il faut inventer un nouveau langage. Il faut inventer des nouveaux codes. Et là, on est vraiment dans cette période complètement de bac à sable où il y a plein de créateurs qui vont bidouiller, et la pandémie a aussi forcé un peu ça.

Mais je suis persuadée que de nouvelles choses vont émerger. Il y a un public, aussi, à aller chercher. Il y a un public à aller former. Aujourd’hui, payer pour voir un spectacle en ligne ou même payer pour l’arbre au soleil si on le propose en ligne, on sait que les gens ne sont pas du tout prêts à ça.

Moi, il y a des spectacles que j’adore. J’ai un abonnement énorme pour aller voir de la danse, mais pour aller voir des spectacles de danse filmés, je ne suis pas du tout prête à payer. Donc, c’est normal et c’est le cas pour tout le monde.

Donc, comment est-ce qu’on invente de nouvelles choses ? Comment est-ce qu’on fait en sorte que la valeur soit perçue ? Est-ce qu’il y a des nouveaux modèles à aller chercher, est-ce que les financements viennent d’ailleurs ?

Donc on est vraiment dans une période où ça bouillonne dans tous les sens. Donc je suis ravie de voir que tout un tas de projets…

Gildas Dussauze : Et sur la partie expérience public/spectateur. Le lien, pour moi, aujourd’hui, il est à aller chercher vers le théâtre immersif.

Le théâtre immersif, c’est déjà une approche où on considère la relation avec le spectateur autrement que des spectateurs assis dans une salle et qui regardent une scène. Le théâtre immersif, c’est le spectateur sur la scène et la scène ailleurs que dans un théâtre.

Donc il y a déjà eu cette réflexion-là. Il y a déjà des réflexions de mise en scène et de storytelling qui ne sont maintenant plus expérimentaux puisque notamment en Angleterre et aux Etats-Unis, ce sont des modes maintenant de spectacles qui se développent.

Donc ça, je pense que c’est une façon de raconter qui doit être très inspirante pour nous quand il s’agit de convertir un spectacle fait pour une scène et de s’adapter à un environnement virtuel.

Alexandre Michelin : Merci, merci Gildas, je crois que Yvan veut intervenir.

Yvan Boudillet : Je suis absolument en phase avec tout ce qui vient d’être dit. L’accessibilité, c’est absolument essentiel dans un pays où on part d’une politique culturelle quand même basée sur l’exception culturelle, qui a beaucoup de vertus mais qui peut être parfois cloisonnante. Ici, on est sur une ouverture.

Je voudrais, pas relativiser mais rappeler aussi qu’il y a quand même un enjeu d’accessibilité des technologies, et pas forcément de la maîtrise des technologies, mais de l’appréhension et de l’appropriation des technologies par les artistes, par les salles, par les SMAC, par tous les acteurs sur le terrain.

Et ça, il va falloir vraiment une politique d’accompagnement. Et il y a tout un cheminement à opérer. Parce que oui, c’est un bac à sable, oui c’est un bouillonnement, mais ce n’est pas forcément facile pour tout le monde d’y aller.

Donc, heureusement, il y a des acteurs comme vous, comme Gildas, qui sont là et qui comprennent comment un artiste approche son œuvre. Certains artistes ne sont pas à l’aise avec ce format.

Et je pense que c’est vraiment le bon moment aussi pour que, et je pense qu’on va le voir dans les prochains jours, c’est vraiment le moment pour que les politiques culturelles aussi s’emparent de ces sujets là et en fassent un vrai axe de développement transversal pour les territoires, pour la culture et aussi pour le rayonnement à l’international.

Et là, dans une note un peu plus… pas sombre, mais plus réaliste, un point : l’accessibilité, elle est extrêmement intéressante d’une scène à Marseille vers Lille.

Mais si on est réaliste, elle est aussi… la réalité c’est qu’un artiste de k-pop est tout aussi accessible pour un gamin aujourd’hui que l’artiste qui tourne et qui tournait près de chez lui jusqu’à présent.

Ce qui veut dire que la concurrence, et vous savez à quel point ce sujet de l’engagement dont parlait Gildas, donc des communautés, et l’économie de l’attention, elle est aujourd’hui la clé de voûte de toute l’économie des réseaux sociaux et demain du métaverse.

Ça veut dire que pour émerger, les enjeux de diversité vont devenir essentiels, fondamentaux, et la technologie va s’effacer. Ça va devenir un vrai sujet de comment j’émerge, comment je touche, comment j’engage.

Et, heureusement, ça va revenir à des sujets de créativité et d’excellence. Et donc, tant mieux. Mais si c’est vraiment maintenant qu’il faut s’emparer de ces sujets pour faire que cette filière… et elle est multiple, elle n’est pas seulement musicale, elle est pas seulement en spectacle vivant, elle n’est pas seulement technologique.

C’est un écosystème tout entier qui doit s’emparer de ce sujet-là maintenant pour avoir une chance de peser à l’échelle mondiale, mais aussi de révéler tous les talents à toutes les échelles. Parce qu’il y a plein de petits artistes et de petites salles qui vont souffrir si ça n’a pas lieu.

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