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Michael Swierczynski : L’apparition du récit immersif, ou comment le storytelling a évolué ces dernières années
immersif | immersion | metaverse | nft | réalité augmentée | réalité virtuelle |

Présentateur : Alexandre Michelin

Intervenants :

  • Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
  • Romain Bonnin (Flair Média Group)
  • Michael Swierczynski (Directeur du New Images Festival)

Michael Swierczynski : Merci pour avoir présenté rapidement New Images, qui a lieu au Forum des Images chaque année.

On a eu la chance d’avoir un peu un panel de l’ensemble des perspectives de ce qui se passe depuis l’évolution. Et même si la réalité virtuelle a existé, a été lancée depuis longtemps et qu’il y a eu depuis 2015 une sorte d’appropriation des nouveaux auteurs, on a vu un renouveau du storytelling, puisque c’était vu comme un outil technologique, où il y a eu des tests qui ont échoué, comme au début sur la réalité augmentée aussi.

On s’est rendu compte d’une chose assez forte à travers l’ensemble du monde, c’est qu’il a emprunté à plusieurs disciplines, et que son ADN même, c’était d’être pluridisciplinaire.

Ça veut dire qu’il mélangeait à la fois les genres du cinéma, et un peu une rupture, la même, on espère, qu’on a pu avoir avec les frères Lumière ou du passage du théâtre au cinéma.

Il a emprunté beaucoup au jeu vidéo, puisqu’en fait on était souvent à la première personne. On avait des récits passifs, mais aussi beaucoup de récits interactifs dans lesquels on entrait en scène et dans lequel on modelait un peu l’histoire, comme le fait très bien le jeu vidéo. Et on avait aussi beaucoup d’acteurs du théâtre, de la scène vivante, qui s’y sont mis un peu plus tard et qui ont fait du théâtre immersif.

Donc, on voit un mélange entre cinéma, jeux vidéo, arts, spectacles vivants, qui est très intéressant. C’était la première brique. On a vu beaucoup d’auteurs aussi classiques, issus des nouvelles des nouveaux médias et qui faisaient aussi à l’époque du webdocumentaire ou d’autres choses, se l’approprier, mais aussi des grands cinéastes comme comme Iñárritu, qui avait ouvert Cannes il y a plusieurs années.

Donc ça, je dirais que la première tendance c’était les pluridisciplinaires.

La deuxième chose, c’est qu’il y a une nouveauté forte, c’est le côté social. De la même façon qu’il y a eu le début de l’internet et ensuite celle des réseaux sociaux, on voit l’avènement des plateformes sociales qui est, je dirais, un deuxième tournant, puisque ceux qui ont investi le plus, ce sont des plateformes comme Facebook à travers Oculus. Et on voit VRChat et d’autres univers, que ce soit en Chine, en Russie et en Asie, qui se développent.

Donc il y avait une première brique qui était celle de l’interdisciplinarité, et qui a permis une nouvelle forme de narration. Et il y a une deuxième brique qui est en train d’arriver, c’est celle de la réunion sociale.

On le voit d’ailleurs parce que beaucoup de festivals, et de festivals de cinéma, ont aujourd’hui des univers pas seulement comme on dirait phygital, mais aussi des univers dans lesquels ils présentent les œuvres en réalité virtuelle et sous forme d’immersion, avec un accès mondial.

Alexandre Michelin : Donc il y a la même convergence sur le côté narratif : on voit le social et on débouche aussi, en parallèle des festivals, sur des espèces de métaverses de festivals ?

Michael Swierczynski : On est en fait arrivés un peu… donc effectivement, on a le terme métaverse qui est revenu à la mode, mais qui était un univers persistant déjà connu par les jeux vidéo, et je fais par appel à la littérature.

On avait la possibilité de les découvrir. On a un problème, c’est pour ça que je voulais parler de l’immersion et du récit immersif avec un grand I, si on veut. C’est que nous, dans notre positionnement, en tous cas sur New Images, on était plutôt sur le futur du storytelling, dans ce sens l’immersion et la VR étaient un peu au cœur de nos enjeux. Mais demain, cela peut évoluer.

La deuxième chose, c’est qu’on se rend compte qu’on a réussi à créer des univers persistants de plus en plus forts. On a encore un problème, je dirais que c’est celui de l’adoption massive des casques de réalité virtuelle.

C’est pour ça qu’aujourd’hui, ils étaient peut-être encore trop lourds ou peut-être trop chers, ou peut-être qu’on attendait encore une volonté d’avoir plus de contenus, le social va beaucoup y jouer.

Mais on en attendait aussi des grands artistes. Donc il y a énormément de start up, de jeunes studios, de production et d’auteurs comme en parlait Romain. On a vu quand même des auteurs et des créateurs connus qui s’en sont emparés. Je parle du Bal de Paris avec la chorégraphe Blanca Li, mais de l’autre côté aussi de Jan Kounen, qui a remis l’expérience au cœur, à travers son œuvre.

Alexandre Michelin : Terrence Malick, Orange…

Michael Swierczynski : Ça mérite de s’y arrêter 2 secondes. C’est que, par exemple, on parle du récit, donc il y a un travail de storytelling très important. Mais il y avait aussi la notion d’expérience et de sensations.

Quand on rentre dans Ayahuasca on vit une expérience chamanique, au fond, sans autre support que la réalité virtuelle. Et au fond ce n’est pas une écriture, c’est “on vit une expérience”.

Donc il y a le côté “vivre une expérience”, il y a une forme d’expérience qui est plus proche de la contemplation ou de l’art, et il y a le côté “storytelling”, qui est plus proche de l’écriture et des scénarios qu’on peut retrouver dans le cinéma ou le jeu vidéo.

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Une fois qu’on a cette 3D temps réel et qu’on a ces évolutions technologiques dont je parlais précédemment, là on ouvre la porte vers de nouvelles plateformes pour, effectivement, envisager d’avoir des univers persistants virtuels qui vivent quelque part sur l’internet. Et c’est ça qu’on appelle le métaverse.

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