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Quel est l’impact des technologies immersives sur la production cinématographique ?
immersif | immersion | metaverse | nft | réalité augmentée | réalité virtuelle |

Jean-François Tefnin : Pour nous, Wallons, les studios virtuels c’est encore quelque chose de très neuf.

C’est peut-être le cas pour tout le monde, mais sans doute encore bien plus pour nous puisqu’en Belgique, aujourd’hui, il n’y a pas encore véritablement de studios de production virtuelle, en tout cas opérationnels pour le cinéma. Ça existe un petit peu pour la pub, mais il n’y a rien d’opérationnel pour le cinéma.

Et donc, pour une petite région d’Europe comme la Wallonie, c’est un vrai défi de se dire, à un moment donné, “on va créer, on va financer un tel outil”, qui est quand même très onéreux, sur lequel on a encore un business model qui est quand même très incertain.

Est-ce que, par exemple, on peut amortir cet outil suffisamment vite ? Comment forme-t-on les gens qui vont utiliser cet outil ?

Toutes ces questions-là, aussi, de progressivité, je dirais, dans l’investissement. Est-ce qu’on doit tout de suite mettre beaucoup d’argent ou bien ce qu’on doit y aller pas à pas ? Tout ça, c’est des questions importantes. Et il se fait que Wallimage, aujourd’hui, est sollicité par un porteur de projet pour la création d’une nouvelle société, d’un nouvel outil de ce type-là.

On est vraiment en plein dans le processus de réflexion : est-ce qu’on y va, est-ce qu’on n’y va pas, et avec quelle force de frappe, pour aider ce partenaire privé à mettre sur pied son projet qui, par ailleurs, combine les forces de plein de partenaires différents. On est un des maillons de la chaîne.

Donc, je ne sais pas si c’était vraiment l’objet de votre question, en termes de production, je dirais, de création, on en est vraiment là, aujourd’hui, à mettre le pied dans quelque chose qu’on connaît encore peut-être mal, quelque chose qui évolue très vite, et pour lequel on a encore des difficultés à se représenter, je dirais, la manière dont ça va être utilisé.

Par qui ? Est-ce que seulement la pub d’abord ? Et puis les cinéastes vont y venir, les producteurs belges. Est-ce que les coproductions internationales vont pouvoir se faire avec ce type d’outil ? Est-ce qu’on va, je dirais, générer de l’activité pour nos techniciens, pour nos prestataires ? Comment va-t-on les former ? Qui va y travailler ?

Tout ça, c’est des questions qui sont importantes, me semble-t-il, et on en est vraiment encore aux prémices.

Pour reprendre un exemple que je connais bien, puisque j’ai travaillé avec les frères Dardenne, comme je vous l’avais dit. J’imagine mal les frères Dardenne un jour utiliser cet outil, par exemple.

Frédéric Josué : Oui c’est ça, c’est-à-dire que la technologie, ça ne concerne pas tous les films.

Jean-François Tefnin : Ça ne concerne pas tous les films. Bien sûr qu’ici on parle, me semble-t-il, plutôt de films avec des budgets relativement importants, sur des films d’action, des films à grand spectacle.

Peut-être que c’est des questions un peu naïves que je me pose, mais quand je vois travailler des cinéastes comme les frères Dardenne qui répètent beaucoup avec leurs comédiens, qui répètent beaucoup dans les décors, pour lesquels l’ambiance du décor est très importante – ils accordent, par exemple, beaucoup d’importance aux repérages de ces décors-là.

Donc voilà, ça c’est un type de cinéma, me semble-t-il, qui n’est pas le premier client d’un studio de production virtuelle. Mais ça, c’est peut-être dire des banalités que de dire ça.

Ce n’est pas ce nouvel outil qui, brusquement, comme Gaston l’a très bien dit, va révolutionner le cinéma. Ça s’adresse sans doute à certains types de films, certains types de production.

Peut-être que ça va démarrer et que ça va ralentir après, comme la 3D, par exemple. On a bien vu, on parle de 3D quasiment depuis que le cinéma existe, mais en même temps, la 3D, elle a eu de beaux jours, et aujourd’hui on voit bien que dans les cinémas, je ne sais pas quel film est encore fait en 3D. À part dans les parcs d’attractions, je pense qu’il y en a plus beaucoup.

Donc voilà, c’est vraiment toutes ces questions qui sont liées, je dirais, d’une manière plus générale, à l’évolution de la technologie, qui sont encore très incertaines, et peut-être encore plus pour une région d’Europe comme la nôtre, qui a des moyens limités, et qui se pose la question de savoir si nous, Wallimage, participons aujourd’hui à la création d’un tel outil.

Est-ce qu’on ne va pas être en concurrence directe avec la France, l’Allemagne, le Luxembourg, la Hollande ? Et comment va-t-on être compétitifs sur ce plan-là ?

Donc ce n’est pas seulement avoir un outil performant, c’est aussi pouvoir le rendre rentable, attractif, avec des techniciens performants, qui ont été bien formés.

Frédéric Josué : Alors en matière de rentabilité, justement, comment on gère l’investissement, ou les stratégies d’investissement, dans des technologies qui peuvent être rapidement caduques, justement.

Jean-François Tefnin : Et bien c’est une excellente question. Alors on a des spécialistes, au sein de Wallimage, qui travaillent donc dans le département entreprise, et qui ont fait un dossier assez béton – que j’ai lu -, pour vraiment essayer de déterminer, je dirais, pas seulement un montant d’investissement, mais aussi un phasage de l’investissement.

C’est-à-dire par quoi commence-t-on, est-ce qu’on va faire tout de suite quelque chose qui est full opérationnel, au risque de se casser la gueule parce que, simplement, il n’y a pas de clients suffisamment vite, ou bien est-ce qu’on commence par une phase de tests qui va servir aussi à former des gens, et peut-être d’abord à former des gens performants sur l’outil.

Donc, c’est plutôt cette progressivité-là qui sera, je dirais, le choix de Wallimage et du porteur de projet.

C’est-à-dire avancer pas à pas et voir comment, véritablement, on avance.

C’est clair qu’à la création de ce projet, on ne va pas être directement capables de faire un projet comme Mandalorian, ça c’est clair.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)
Intervenant : Jean-François Tefnin (Directeur de Wallimage Tournages)

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