Gildas Dussauze : Rone ft. La Horde, digitaliser le spectacle vivant

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Gildas Dussauze : Le projet a démarré pendant la pandémie l’année dernière. Moi, je maîtrise la partie virtuelle parce que je travaille sur le sujet depuis cinq ans maintenant, sur la dimension sociale et communautaire avec une application.

Et donc avec Rone et avec La Horde, mais aussi avec Châtelet, parce que c’est un acteur important dans le projet, puisque le projet repose en partie sur un établissement, sur un lieu de culture.

L’idée, c’est de pouvoir convertir des répertoires qui ont été créés pour des scènes réelles, de les adapter à des scènes virtuelles pour pouvoir permettre à ce qu’ils soient déployés dans des mondes digitaux.

Concrètement, aujourd’hui on a digitalisé les mouvements, via de la motion capture, du spectacle. On a commencé à travailler, on parlait tout à l’heure de sons, sur un format binaural pour la partie audio. Et l’objectif, c’est que l’année prochaine, il y ait ce spectacle qui soit présenté à la fois sur scène et en même temps être synchronisé sur une scène virtuelle, et de merger ces deux communautés.

Puisque le mot-clé -on parlait de business model-, pour moi c’est la communauté. Autour d’un artiste il y a une communauté, et tout le modèle économique… Avant on vendait des disques, et maintenant, aujourd’hui, quand on vend ce type de proposition, c’est de monétiser cette communauté autour d’un artiste.

Alexandre Michelin : Je ne sais plus si on a une vidéo. Je crois qu’on devait en avoir une, mais je ne sais pas si elle a été chargée.

Gildas Dussauze : J’en avais envoyé une, mais je ne sais pas si elle a été chargée, sinon j’en ai une.

Alexandre Michelin : Elle n’a pas été chargée, malheureusement. Mais on peut la trouver sur le net.

Gildas Dussauze : Je te l’enverrai, je mettrai un lien pour le replay.

Alexandre Michelin : Comment les deux se sont rencontrés, Rone et la Horde ?

Gildas Dussauze : Alors Rone et La Horde, déjà, c’est une carte blanche, c’est une commande du Châtelet, qui s’est adressée à Rone, et Rone c’est donc un artiste qui se performe tout seul sur une scène.

Et là, la scène était tellement grande qu’il a voulu l’occuper avec de la danse, et il s’est adressé à La Horde. Donc, au départ, c’est une réflexion classique autour d’une performance scénique dans un théâtre avec une problématique d’espace à occuper.

Et cette œuvre a été interrompue à cause du covid, et donc l’exercice artistique maintenant est d’avoir la même réponse sur un espace virtuel.

Alexandre Michelin : Moi j’ai parlé avec les différents responsables de théâtre, d’endroits où ça a été produit. Ils disent qu’il y a un enthousiasme incroyable, notamment ici, à Metz. Comment est-ce que tu expliques cet engouement ?

Gildas Dussauze : Alors ils sont venus à Metz, effectivement, et à chaque fois on parle d’émotion et c’est pour ça qu’on est vraiment au cœur du sujet. L’intérêt de la réalité virtuelle, ce n’est pas la technologie, c’est l’émotion qu’elle permet de provoquer.

Et là, on est sur une œuvre qui est très, très forte en émotions, qui arrive à retourner uniquement par du sons et du mouvement toute une audience, et c’est assez fantastique.

Ensuite, sur la vision picturale graphique qu’on peut avoir avec des artistes aussi talentueux que La Horde, effectivement on a maintenant la capacité à explorer des idées qu’on n’avait pas l’habitude d’explorer, aujourd’hui quand on parle de virtuel.

Et c’est ça que je voulais dire aussi. Là, on est au tout début du parcours sur ces schémas là d’expérience dans des mondes virtuels. Aujourd’hui, ce sont des pop stars globales comme Travis Scott ou Ariana Grande…

Alexandre Michelin : …ou Abba.

Gildas Dussauze : Mais l’enjeu, c’est effectivement de pouvoir l’étendre à d’autres formes d’expression artistique. Et le mieux, c’est d’y impliquer des lieux de culture qui eux mêmes sont profondément ancrés territorialement au niveau des communautés d’artistes.

Présentateur : Alexandre Michelin

Intervenants :

  • Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
  • Charlotte-Amélie Veaux (Co-fondatrice de Onyo)
  • Yvan Boudillet (Fondateur TheLynk)
  • Gildas Dussauze (VRtuoz)
  • Cécilia Gabizon (Directrice éditoriale ETX Studio)

Charlotte-Amélie Veaux : Présentation de Onyo, utiliser l’immersion pour créer des pauses d’émerveillement

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Charlotte-Amélie Veaux : Nous, avec Yann, on a fait ce tour du monde sur les expériences immersives. On est revenu en janvier 2020, donc un peu au bon moment, en se demandant que faire de toute cette connaissance, de tout ce savoir.

Et puis, on est partis du constat, tout simplement, qu’on vit malheureusement quand même dans un environnement assez anxiogène, avec aussi une course à la connexion permanente, des notifications sans cesse, etc.

On a du mal à déconnecter, on a du mal à faire “pause”, et donc nous on a créé Onyo, des pauses d’émerveillement qui prennent la forme d’expériences immersives sonores.

Alexandre Michelin : Qu’est-ce que c’est, une pause d’émerveillement ? On s’arrête ?

Charlotte-Amélie Veaux : On s’arrête et on va pouvoir s’évader pendant une quinzaine de minutes. Tout simplement, l’immersion on associe souvent ça avec la réalité virtuelle. Mais si on revient un petit peu aux origines, c’est avant tout un état d’esprit, c’est avant tout une émotion.

Donc c’est quand les personnes vont s’évader pendant un moment et qu’on va vivre un moment d’une manière très intense. Par exemple, quand vous lisez un livre et que vous pleurez, quand vous regardez une série et que vous allez éclater de rire ou que vous allez être en colère, quand vous êtes devant un coucher du soleil absolument incroyable et que vous oubliez tout le reste, vous êtes en immersion.

Et nous, ce qu’on veut recréer, c’est ce sentiment où on oublie tout ce qui se passe, on oublie notre monde et on entre dans une autre réalité.

Alexandre Michelin : Avec des outils ?

Clara Schmelck : Avec émotivité, un état d’émotivité pur, en fait.

Charlotte-Amélie Veaux : Oui, c’est ça.

Alexandre Michelin : Il y a des outils ?

Charlotte-Amélie Veaux : Donc il y a plusieurs outils, en fait. Il y a cinq formes d’immersion, enfin cinq façons d’activer l’immersion. Il va y avoir la puissance narrative, donc comment une histoire peut m’emmener, il va y avoir la puissance sensorielle, donc avec nos cinq sens, bien sûr, mais il y en a également plein d’autres à aller explorer, que ce soit l’interaction, etc. Donc il y a plein de façons d’aller chercher l’immersion.

Et nous, on s’est principalement basés sur le sensoriel, avec bien sûr le son, qui est au cœur de nos expériences, avec l’utilisation d’une technologie qui s’appelle le son binaural, donc qui va vraiment spatialiser le son autour de nous.

C’est une technologie qui est assez ancienne, qui date des années 70, 80, donc qui a l’avantage d’être très stable et d’être très facile à produire et à utiliser. Et les gens vont pouvoir avoir véritablement l’impression d’être ailleurs. C’est comme de la réalité virtuelle pour les oreilles. Si quelqu’un s’approche de vous dans le casque, vous aurez vraiment l’impression qu’il y a quelqu’un juste derrière vous.

Alexandre Michelin : On a vu des expériences, notamment avec des visites du château de Vaux le Vicomte.

Charlotte-Amélie Veaux : Oui, c’est la même technologie.

Clara Schmelck : C’est vraiment une expérience 360. On y est, on vit, on revit les sons.

Alexandre Michelin : On voyait les gens, ce que racontait Laurence Bagot, c’est qu’ils avaient enregistré le son d’un feu d’artifice, et naturellement, les gens levaient la tête alors qu’ils étaient en plein jour pour regarder le feu d’artifice. C’est l’illustration de cette mécanique.

Donc, ils seraient où, ces sons ? Ils seraient stockés dans son téléphone et on pourrait y avoir accès à volonté ?

Charlotte-Amélie Veaux : Alors nous, on est volontairement allés chercher un modèle assez différent. En fait, il y a plusieurs façons de vivre nos expériences. Une première version qui est en ligne, qu’on a développée tout simplement parce qu’il y avait la pandémie.

Alexandre Michelin : Tu peux rappeler l’adresse ?

Charlotte-Amélie Veaux : Alors elle n’est pas disponible pour tout le monde. Vous pouvez écouter un extrait sur notre site, donc sur Onyo.fr. Donc là, il y aura un extrait qui va vous plonger dans cette forêt magique, en fait. Nous, on va emmener les participants vivre un rituel de régénération d’un arbre au soleil. On va vraiment emmener les gens dans une histoire et surtout, ils vont faire partie de cette histoire.

Ils vont être actifs. Ça va pas être un podcast à 360 qui va être enregistré…

Alexandre Michelin : Mais c’est pas un podcast.

Charlotte-Amélie Veaux : C’est pas un podcast. Vous faites partie de l’histoire, on vous demande d’agir, on vous demande de régénérer cet arbre magique et de prendre part à cette mythologie.

Clara Schmelck : Donc il y a une dimension ludique, aussi.

Charlotte-Amélie Veaux : Alors ludique, non, participative. On peut passer 4 heures, je pense, à essayer de définir qu’est-ce que le ludique, mais donc il y a vraiment une dimension participative interactive qui est forte. C’est quelque chose qu’on a mis au cœur de notre dans notre expérience.

Alexandre Michelin : Donc là il n’y a pas encore de modèle économique ?

Charlotte-Amélie Veaux : Alors il y a un modèle économique qu’on est en train de construire. Donc il y a cette version en ligne qui existe et sinon, nous, c’est principalement une installation. C’est-à-dire qu’on va rassembler une dizaine de participants autour d’une sculpture, autour de cet arbre magique qu’on a physiquement incarnés, ça va être un arbre lumineux.

Les gens vont s’installer autour, vont mettre le casque sur les oreilles, ils vont fermer les yeux et en fait la scène qui est présente physiquement va se recréer dans les oreilles.

Et nous, le modèle économique qu’on va chercher dans un premier temps, c’est de vendre cette expérience à des lieux d’accueil. A des musées, à des centres culturels, mais également potentiellement à des entreprises qui veulent proposer des temps de pause, des temps d’émerveillement à leurs salariés puisque, encore une fois, on est dans une période assez complexe.

Présentateur : Alexandre Michelin

Intervenants :

  • Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
  • Charlotte-Amélie Veaux (Co-fondatrice de Onyo)
  • Yvan Boudillet (Fondateur TheLynk)
  • Gildas Dussauze (VRtuoz)
  • Cécilia Gabizon (Directrice éditoriale ETX Studio)
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