Romain Bonnin : Le maître mot, c’est effectivement cette immersion, qui va passer aussi par des nouveaux outils, et sur des choses finalement très simples. Je pense, par exemple, aux players. Les players auxquels on est confrontés. Les players, par exemple sur les plateformes qu’on connait bien.
Demain, ces players ils vont être augmentés, ils vont se “Twitchiser”. Il va y avoir des nouvelles briques fonctionnelles et c’est un enjeu technologique, bien sûr, mais c’est aussi un enjeu éditorial.
Parce que comment est-ce qu’on va raconter, capter les publics, avec ces players, augmentés ? Donc je trouve que c’est un terrain très intéressant à venir. Et, d’autre part, il y a aussi ce terrain qui est celui du son. Je sais que vous en avez beaucoup parlé ces derniers jours, et notamment sur l’enjeu des assistants personnels pour non pas avoir une offre de contenus autour finalement les services qui sont proposés, mais plus d’avoir des expériences de fiction autour des assistants personnels.
Donc c’est vrai que aujourd’hui, donc nous à Flair, on est en développement sur un projet de fiction pour assistants personnels. Et ça, c’est un terrain qui nous intéresse bien.
Et puis enfin, il y a, et peut-être je reviens rapidement dessus, c’était sur le pure player, puisque l’enjeu environnemental, on en a parlé avec la VR, avec Pauline Marchetti, c’est pour nous, ce pure player qui est sur Facebook et Instagram, autour de l’environnement, pour vivre mieux cette transition écologique, avec finalement des gestes au quotidien, des solutions pratico-pratiques qui sont données tous les jours.
Donc là, on va dire, c’est une micro immersion pour le meilleur, pour un mieux vivre ensemble. Et aujourd’hui, 2 ans sur le pure player c’est 200 000 abonnés sur Facebook, c’est depuis quelques mois maintenant – on vient juste d’arriver sur Instagram -, on est à 8000 abonnés.
Et puis, demain et après-demain, on a bien sûr vocation à être sur de nouvelles plateformes.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Romain Bonnin (Flair Média Group)
Michael Swierczynski (Directeur du New Images Festival)
Eric Garandeau : La réalité augmentée permet des révolutions incroyables dans les arts visuels, mais aussi dans le sport.
Et le sport est devenu une composante très importante de Tik Tok. Vous l’avez vu au moment de l’euro, le hashtag #euro2020 a été utilisé plus de 20 milliards de fois. Vous l’avez vu aussi pendant les Jeux olympiques de Tokyo. Et donc le sport, et aussi l’éducation, qui est un peu le troisième volet sur lequel on essaie d’être très présents.
Et ce que je dirais aussi, c’est que peut-être au XXᵉ siècle il y a eu une espèce de distanciation, de dichotomie entre la pratique amateur et la pratique professionnelle. Que ce soit dans le cinéma, parce qu’il fallait mobiliser des moyens de production importants, coûteux, et aussi, évidemment, dans le sport où à un moment donné, les compétitions étaient de plus en plus réservées à des publics professionnels.
Et aujourd’hui, j’ai l’impression que les deux se rapprochent voire se réunissent, tout particulièrement dans les arts visuels. Et c’est un petit peu une petite révolution aussi, que Tik Tok et d’autres, bien sûr, puissent donner finalement une place très démocratique aux artistes, qu’ils soient professionnels ou amateurs, qu’ils aient 10 ans, 15 ans, ou 30 ans, ou 110 ans.
Et finalement, c’est après l’algorithme, c’est aussi la communauté des utilisateurs qui décide de voir et de promouvoir telle ou telle œuvre, tel ou tel film ou telle ou telle performance sportive.
Voilà, donc je pense que c’est vraiment intéressant de voir qu’aujourd’hui on essaie plutôt de fédérer des communautés.
On peut avoir n’importe quel métier et à côté une passion, et sa passion, on peut rivaliser avec de grands professionnels.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Stéphane Juffé (Co-fondateur de Bemersive)
Eric Garandeau (Directeur politiques publiques de Tik Tok France)
Romain Bonnin : Flair Production, au départ, comme tu notais, c’est une société de production audiovisuelle classique qui a maintenant 12 ans. Et, on va dire, qui se déploie pour l’instant en trois étapes.
La première étape, ça a été une production documentaire, orientée plutôt sur les thèmes de l’environnement et des thèmes de société. Ça a été un volume de production d’une trentaine, et ça l’est encore, une trentaine de productions par an.
Et puis on a basculé, avec une volonté il y a maintenant quatre ans, et c’est là où je suis arrivé, de diversification, pour essayer de raconter des histoires sur tous les médias, et en tout cas de s’interroger, de s’intéresser aux nouvelles écritures, au travers de différentes productions.
Et puis, pour terminer sur la troisième étape, c’est 2021. C’est un nouveau lieu, le 241, qui réunit différentes sociétés qui ont vocation à travailler en synergie, justement pour, à leur tour, raconter des histoires sur différents supports.
Alexandre Michelin : Donc, c’est la volonté de continuer le même métier, mais de le changer. Tu as notamment fait des documentaires, tu as tout exploré ?
Romain Bonnin : C’est un terrain exploratoire, les nouveaux médias. Et je dirais que nous, à Flair, ça a été une quinzaine de productions, avec de la réalité augmentée, des séries digitales documentaires, de la VR et la création d’un pure player.
Donc, peut-être, on peut lancer la vidéo. Donc l’enjeu, pour les nouveaux médias, à Flair Production, c’est ces nouvelles écritures. C’est-à-dire que ce sont les nouveaux talents, ce sont les nouveaux usages, ce sont les nouveaux formats, et surtout de nouvelles grammaires, en fait.
Et c’est vrai que là, on était dans le métaverse. Nous, finalement, on est un petit peu dans le micro, c’est-à-dire qu’on essaye de questionner la fabrication et surtout la grammaire en fait émergente qu’il y a autour de ces nouveaux médias.
Parce que, typiquement, il y a un format auquel nous on s’est énormément intéressés, qui est le format vertical. Ce format vertical, nous ça fait maintenant quatre ans qu’on travaille dessus. Donc, il y a eu notamment 2 réalisations, 2 projets qui ont vu le jour avec une actrice réalisatrice, Camille Ducellier, et qui avait à coeur, justement, et dans la continuité aussi de son travail autour des nouveaux médias, de questionner ce nouveau format.
Donc, en allant sur ce terrain là, on a essayé de penser ces deux séries digitales documentaires comme si, finalement, on était dans une expérience utilisateur. C’est-à-dire ce qu’on n’a pas pensé réalisation d’abord, on a pensé expérience utilisateur.
Concrètement, c’est quoi ? C’est de se dire : “le smartphone, quand on est chez soi, quand on est assis, quand on est allongé.e, quelle intimité on a avec ce premier écran ?” Finalement, c’est celui avec lequel on se couche, c’est celui avec lequel on se réveille le matin, pour certaines et pour certains. Et que, avec ce téléphone là, il y a quelque chose qui se raconte, il y a une immersion, finalement.
Alors est-ce que c’est une immersion choisie, une immersion subie ? C’est un autre débat. Mais en tout cas, c’est là, et il fallait comprendre la grammaire visuelle qui pouvait accompagner ces nouveaux usages. Et donc ça a été, assez concrètement, de se dire : “tiens, en terme de réalisation, qu’est-ce que ça change, le vertical ?”
Donc, ça a été de se dire : “Ah, le split screen en vertical…”
Alexandre Michelin : Et aussi, comment dire, la VR ? Moi, je me souviens, tu avais montré un travail qui avait été fait avec des architectes dans des villes. Je ne me souviens plus exactement comment il s’appelait. Tu peux le raconter ?
Romain Bonnin : Bien sûr. C’est “Faire corps avec la ville”, de Pauline Marchetti et Mathieu Pradat, donc un réalisateur venu de la VR. Et pour Pauline Marchetti, qui est architecte urbaniste. Et Pauline avait le souhait de documenter son travail d’urbaniste et de faire un objet qui soit un objet sensible, poétique en VR, parce que ça a été, et on l’a bien vu ces derniers jours, on voit bien que la VR, finalement, c’est un champ génial pour l’architecture, et que le souhait c’était de revenir un peu sur les traces documentaires de trois territoires que sont New York, Shanghaï et Marseille.
Et donc Pauline, avec Mathieu, sont allés filmer pour créer une expérience qui est vraiment une façon de rapprocher, finalement, l’utilisateur de la ville, dans une expérience documentaire poétique.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Romain Bonnin (Flair Média Group)
Michael Swierczynski (Directeur du New Images Festival)
Stéphane Juffé : Internet appartient aux jeunes aujourd’hui, comme il nous a appartenu en 2000. Pour moi, le seul moyen de comprendre les nouveaux usages digitaux, c’est de regarder ce que fait un gamin de 10 ans, 11 ans, 12 ans.
Je ne vois pas d’autre moyen, en fait. Ce n’est pas nous qui allons driver les nouvelles tendances, c’est eux. Et c’est pour ça que Fortnite a énormément joué, il l’a très bien expliqué Marc Petit.
A la fois on devient acteur, on est là ensemble, avec ses potes. Il y a plein de gamins qui vont sur Fortnite et qui ne jouent pas, qui sont juste en train de discuter avec leurs potes, ce qui était impensable 20 ans en arrière. Twitch était impensable il y a 15 ans.
Alexandre Michelin : Discord…
Stéphane Juffé : Discord. Et encore Discord c’est pas un jeu, ça reste un moyen de communication. Mais tout est en train de converger. Forcément, fatalement, il va falloir s’habituer à ça et réussir à construire relativement de manière cool tout cet écosystème.
Les jeunes aujourd’hui sont habitués à avoir leur moi digital qui évolue à une vitesse phénoménale. Et nous on ne sait même pas ce que c’est, presque.
J’ai aujourd’hui 43 ans, je m’accroche comme je peux aux nouveaux usages. Je suis déjà dépassé dans certains trucs, clairement, et je pense que dans 10 ans je ne comprendrai plus rien. Enfin j’espère pas, mais en tout cas, on aura changé de…
J’ai souvent une petite anecdote comme ça : je jouais quand j’étais lycéen à Street Fighter, énormément. Et puis, la grand-mère de mon pote qui passait devant la télé disait : “mais pourquoi vous regardez tout le temps le même film ?”
Et pourtant, elle sait ce que c’est qu’une VHS et tout ça. C’était vraiment un usage complètement différent du sien, de l’écran, donc on est en train d’arriver là. Nous, parents, on ne va pas comprendre ce que vont faire nos ados dans dix ans, c’est une certitude.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Stéphane Juffé (Co-fondateur de Bemersive)
Eric Garandeau (Directeur politiques publiques de Tik Tok France)
Eric Garandeau : Il est vrai que sur Tik Tok, déjà, on peut voir qu’il y a beaucoup de possibilités d’utiliser la réalité artificielle, pardon, augmentée.
Et on en parle beaucoup, justement, avec les institutions françaises, notamment culturelles. On fait d’ailleurs aussi des choses en dehors de la plateforme pour essayer d’appuyer un écosystème qui est en train de se créer en France, pour venir pousser la réalité virtuelle, la réalité augmentée.
On en a parlé, je crois, la dernière fois. On était partenaire du Grand Palais Augmenté. On a financé une œuvre des Gobelins, je crois que Stéphane connaît bien cette école, et c’est quelque chose qu’on va continuer à faire dans l’avenir.
Alexandre Michelin : Et le Centre Pompidou-Metz…
Eric Garandeau : On est la première entreprise partenaire de Arles Créative, qui est un cluster qui se constitue à l’initiative de Patrick de Carolis, maire d’Arles, en lien avec Fisheye que dirige Benoit Baume.
Donc on essaie, effectivement, d’être très présents dans cet écosystème qui est en train de se structurer autour des nouveaux territoires de l’image.
Alexandre Michelin : Le Centre Pompidou-Metz a d’ailleurs fait avec toi une visite, ce que nous a raconté Pierre Wilk, des coulisses de l’expo Arcimboldo. C’était a priori incroyable, et pourtant ça a très bien fonctionné. Il nous a expliqué qu’ils ont trouvé des nouveaux publics, qu’ils ont montré le métier… et donc maintenant les différents conservateurs utilisent Tik Tok pour entrer en relation avec les…
Qu’est-ce que ça t’inspire, toi qui est un homme de culture – on voit ton livre qui est derrière -, toi qui est aussi un auteur, un musicien ?
Eric Garandeau : On est heureux d’avoir le Centre Pompidou-Metz sur Tik Tok, donc on remercie Chiara Parisi d’avoir permis cela. De même qu’on a le Louvre-Lens, le MuCEM…
Et c’est vrai que la fonction live de Tik Tok, elle est au moins aussi importante que la fonction vidéo. Vous avez vu que la durée augmente, on est passé à 3 minutes, donc on peut vraiment faire du vrai storytelling maintenant sur Tik Tok.
C’est un peu l’évolution, aussi, du cinéma. On commence avec la minute lumière, 52 secondes, et puis, petit à petit, on arrive vers des choses plus longues, des formats plus longs.
Mais c’est vrai que la fonction live est en train de se développer, de se sophistiquer et ça devient aussi un outil éducatif. Ça, c’est vraiment intéressant.
On peut tout apprendre sur Tik Tok. On a une Tik Tok Académie qui fait maintenant plus de 9 milliards de vues, et donc on encourage aussi tous les utilisateurs à partager leur passion. Ça peut être, effectivement, la passion pour le livre, pour le cinéma, pour le théâtre, pour les arts visuels.
Et ce que montrait Stéphane à l’instant, c’est vraiment intéressant. C’est vraiment l’hybridation de tous les contenus. Donc, on sait que depuis les collages de Villeglé ou les trompe-l’œil de l’Antiquité, aujourd’hui, c’est l’outil numérique qui permet d’associer des morceaux de jeux vidéo, des univers immersifs à de la narration qui peut être aussi de la narration textuelle, de la musique.
Donc cette hybridation, elle est extrêmement fertile pour les créateurs, et c’est vrai que la 3D, qui est naturelle quand même au regard humain, il est normal qu’elle prenne une place de plus en plus importante sur toutes les grandes plateformes.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Stéphane Juffé (Co-fondateur de Bemersive)
Eric Garandeau (Directeur politiques publiques de Tik Tok France)
Eric Garandeau : Ce qui explique la puissance, je pense, c’est sans doute à la fois la créativité des utilisateurs qui fabriquent les vidéos, il faut quand même toujours rendre hommage aux auteurs, c’est important. On citait les grands auteurs de science-fiction, et c’est vrai que de Jules Verne à Klein, les auteurs arrivent toujours à prévoir les évolutions qui vont arriver, qu’on va aller sur la Lune ou qu’on va faire des métaverses. Et ce qui est vrai avec Tik Tok, c’est que l’application est très immersive. Elle est en soi immersive, c’est-à-dire que c’est très compliqué d’ouvrir Tik Tok quand on est en réunion. En tout cas, la première fois, ça surprend parce que d’un seul coup, on a un volume sonore qui envahit la pièce. Et la musique, on le sait bien dans le cinéma, à quel point elle est au moins aussi importante que l’image, la musique consubstantiellement est dans l’ADN de Tik Tok depuis les origines. Donc en fait, on en parlait tout à l’heure dans votre programme sur les voitures elles-mêmes, qui utilisent le son, puisque c’est compliqué quand même d’utiliser l’image pour ne pas distraire le conducteur. Eh bien Tik Tok c’est pareil, on est happé.e par l’application, par la puissance de la musique, mais aussi ensuite, immédiatement, évidemment, avec la puissance du montage. La capture de l’image, ça c’est fait par nos téléphones, qui sont eux mêmes des caméras ultra sophistiquées. Et ensuite, évidemment, il y a l’outil que représente Tik Tok comme studio, studio d’enregistrement, de mixage, de montage… on peut maintenant ajouter des effets visuels, on peut maintenant utiliser la réalité augmentée, vous avez toute une batterie de filtres et d’effets en réalité augmentée et ça, on n’est qu’au début, évidemment, de cette révolution. Et donc, tout ça mis bout à bout, avec évidemment ensuite la puissance d’un algorithme qui va envoyer les contenus vers les personnes qui ont les plus envie de les regarder… ça on sait que c’est la troisième révolution après les moteurs de recherche, après l’internet visuel, c’est le fait de dire : “c’est plus l’utilisateur qui va chercher le contenu, c’est le contenu qui va chercher l’utilisateur”, dans un monde totalement saturé d’images. Donc je pense que le succès, évidemment, il tient à la créativité des auteurs de vidéos, de notre communauté d’utilisateurs qui est fantastique, qui représente la nouvelle vague du cinéma mondial. Elle est là, elle est sur Tik Tok, et elle a de 13 à 110 ans. Et c’est évidemment l’imagination et la créativité des ingénieurs qui ont conçu, évidemment, cette machine.
Présentateur : Alexandre Michelin Intervenants : Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg) Stéphane Juffé (Co-fondateur de Bemersive) Eric Garandeau (Directeur politiques publiques de Tik Tok France)
Eric Garandeau : Il est vrai que sur Tik Tok, déjà, on peut voir qu’il y a beaucoup de possibilités d’utiliser la réalité artificielle, pardon, augmentée.
Et on en parle beaucoup, justement, avec les institutions françaises, notamment culturelles. On fait d’ailleurs aussi des choses en dehors de la plateforme pour essayer d’appuyer un écosystème qui est en train de se créer en France, pour venir pousser la réalité virtuelle, la réalité augmentée.
On en a parlé, je crois, la dernière fois. On était partenaire du Grand Palais Augmenté. On a financé une œuvre des Gobelins, je crois que Stéphane connaît bien cette école, et c’est quelque chose qu’on va continuer à faire dans l’avenir.
Alexandre Michelin : Et le Centre Pompidou-Metz…
Eric Garandeau : On est la première entreprise partenaire de Arles Créative, qui est un cluster qui se constitue à l’initiative de Patrick de Carolis, maire d’Arles, en lien avec Fisheye que dirige Benoit Baume.
Donc on essaie, effectivement, d’être très présents dans cet écosystème qui est en train de se structurer autour des nouveaux territoires de l’image.
Alexandre Michelin : Le Centre Pompidou-Metz a d’ailleurs fait avec toi une visite, ce que nous a raconté Pierre Wilk, des coulisses de l’expo Arcimboldo. C’était a priori incroyable, et pourtant ça a très bien fonctionné. Il nous a expliqué qu’ils ont trouvé des nouveaux publics, qu’ils ont montré le métier… et donc maintenant les différents conservateurs utilisent Tik Tok pour entrer en relation avec les…
Qu’est-ce que ça t’inspire, toi qui est un homme de culture – on voit ton livre qui est derrière -, toi qui est aussi un auteur, un musicien ?
Eric Garandeau : On est heureux d’avoir le Centre Pompidou-Metz sur Tik Tok, donc on remercie Chiara Parisi d’avoir permis cela. De même qu’on a le Louvre-Lens, le MuCEM…
Et c’est vrai que la fonction live de Tik Tok, elle est au moins aussi importante que la fonction vidéo. Vous avez vu que la durée augmente, on est passé à 3 minutes, donc on peut vraiment faire du vrai storytelling maintenant sur Tik Tok.
C’est un peu l’évolution, aussi, du cinéma. On commence avec la minute lumière, 52 secondes, et puis, petit à petit, on arrive vers des choses plus longues, des formats plus longs.
Mais c’est vrai que la fonction live est en train de se développer, de se sophistiquer et ça devient aussi un outil éducatif. Ça, c’est vraiment intéressant.
On peut tout apprendre sur Tik Tok. On a une Tik Tok Académie qui fait maintenant plus de 9 milliards de vues, et donc on encourage aussi tous les utilisateurs à partager leur passion. Ça peut être, effectivement, la passion pour le livre, pour le cinéma, pour le théâtre, pour les arts visuels.
Et ce que montrait Stéphane à l’instant, c’est vraiment intéressant. C’est vraiment l’hybridation de tous les contenus. Donc, on sait que depuis les collages de Villeglé ou les trompe-l’œil de l’Antiquité, aujourd’hui, c’est l’outil numérique qui permet d’associer des morceaux de jeux vidéo, des univers immersifs à de la narration qui peut être aussi de la narration textuelle, de la musique.
Donc cette hybridation, elle est extrêmement fertile pour les créateurs, et c’est vrai que la 3D, qui est naturelle quand même au regard humain, il est normal qu’elle prenne une place de plus en plus importante sur toutes les grandes plateformes.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Stéphane Juffé (Co-fondateur de Bemersive)
Eric Garandeau (Directeur politiques publiques de Tik Tok France)
Stéphane Juffé : La 3D est centrale dans ma vie depuis 20 ans, depuis que j’ai fait l’école des Gobelins et que j’ai découvert un logiciel qui s’appelle Maya à ce moment-là.
Et en fait, la chose est simple. C’est que je connais la 3D un peu sous toutes ses formes, que ce soit pour du jeu vidéo, des effets spéciaux, de la série d’animation et tout. Et je me suis dit à un moment donné avec mon associé Steve Moradel : “peut-être que la bataille n’est pas forcément sur le contenu du futur, des médias immersifs, etc., qui va mêler la 3D temps réel et plein de choses qui sont en train de se construire et arriver très vite en ce moment.”
On s’est dit : “c’est peut être la diffusion, en fait.” Alors pas forcément diffuser au sens classique de diffusion vidéo, mais comment on va faire pour que plein d’expériences immersives arrivent à tout le monde, à tout un chacun, à la même vitesse qu’une chaîne YouTube ?
Ça veut dire qu’il faut fabriquer très vite une vidéo. On la fabrique très vite, on la poste très vite, donc il y a du contenu sans arrêt. Alors effectivement, il y a des plateformes comme Sandbox et d’autres qui ont des mondes plongés, etc. où on peut fabriquer des choses dans cet écosystème.
Mais est-ce qu’il y a des outils pour que chacun puisse créer avec, comme son Instagram, comme son Tik Tok Creator, pouvoir créer son petit métaverse à soi. Et c’est vers là qu’on va.
Avec Bemersive on a créé un éditeur qui permet de fabriquer très rapidement, avec des objets 3D animés, des vidéos, du son, du texte, enfin tous les médias qui existent, sur une page web hyper simple, hyper accessible.
Alexandre Michelin : On regarde la vidéo.
Stéphane Juffé : On regarde le trailer.
Alexandre Michelin : Alors, tout ça c’est avec ton téléphone mobile ?
Stéphane Juffé : Tout ça, c’est fabriqué avec notre éditeur qui est en ligne, tout ce que vous avez vu. Et c’est accessible via un téléphone ou un casque VR. Je prends mon téléphone et je vois en réalité augmentée toutes les scènes.
Tout est dans le cloud, tout est streamé et c’est hyper accessible. Et surtout, l’éditeur permet de fabriquer en un temps record, c’est-à-dire que même pas on fabrique. Je vais chercher sur SketchFab un truc qui me plaît, je le publie dans l’éditeur, je pousse, et tout le monde le voit.
Ça prend cinq minutes, allez deux minutes.
Clara Schmelck : Donc là, par exemple, je peux fabriquer mon petit média en métaverse grâce à votre éditeur ?
Stéphane Juffé : Oui, et puis surtout comme tout est dans le cloud, vous pouvez faire votre petit média, puis un deuxième, puis un troisième, puis créer une chaîne, au final.
Alexandre Michelin : Les exemples qu’on a vus, c’était dans des salons professionnels ? J’ai l’impression d’avoir reconnu Viva Tech, c’est-à-dire que tu as commencé déjà à avoir des applications ?
Stéphane Juffé : Alors on est encore en phase de bêta, c’est pour ça que ce n’est pas encore commercialisé. On est en train de faire pas mal de case study avec différents types de projets. On a été partenaires de Viva Tech, où on a déployé l’application qui s’appelait “Viva Tech AR”, qui était une expérience assez rigolote et jamais vue. On a rassemblé six très gros acteurs partenaires de Viva Tech, de très grosses marques.
On est sur plein de sujets différents, on fait un truc pour, alors je ne peux pas en parler, mais juste dire que c’est avec L’Oréal, une création de plateforme pour leur usage interne. On a un très, très gros sujet qui va se lancer aux Etats-Unis, qui s’appelle Martial Spirit, qui est une société qui lance un métaverse sur le sport de combat, et on, on les accompagne là dessus. C’est “powered by Bemersive”. Je vous montrerai un petit extrait tout à l’heure, puisque c’est assez cool.
Et évidemment, tout ça, ça embarque tous les… on essaie de s’adapter à tout, on est en mode Agile, c’est vraiment du développement à la volée parce qu’on voit, effectivement, on a vu depuis un moment les NFT exploser qui, pour moi, est impossible de passer à côté. Ça va changer internet, clairement, ils l’ont très bien expliqué tout à l’heure.
Ça met une vraie valeur sur les objets, tout le monde devient créateur quelque part. Tout le monde devient acteur et créateur avec la nouvelle version d’internet qui est en train d’arriver. Moi non plus, je n’ai pas la prétention de savoir quelle forme ça va avoir. Mais on y participe activement.
Et puis, on a très envie de voir naître ce métaverse, cyberspace… il y a eu des milliers de noms depuis Philip K. Dick et Isaac Asimov, mais en tout cas, on veut participer activement à cette transformation et pouvoir donner des outils à tous ceux qui veulent devenir justement créateurs et acteurs, que ce soit des marques, que ce soit des sociétés ou que ce soit un individu.
Avec notre outil, à terme, l’idée c’est que n’importe qui puisse créer en quinze minute un nouveau truc en réalité augmentée ou en réalité virtuelle, et proposer une autre expérience le lendemain et ainsi de suite, créer son propre univers.
Et ce sera compatible, je l’espère, avec… faudra standardiser tout. C’est pour ça que la décentralisation est hyper importante. Sandbox l’a très bien expliqué, il va falloir des standards, que ce soit pour ses avatars, parce qu’on n’aura pas un avatar dans chaque monde.
On a déjà depuis très longtemps plusieurs personnalités dès qu’on plonge dans un monde dans quelque chose de virtuel, que ce soit dans un livre, dans un film, sur Instagram ou sur Facebook ou sur LinkedIn. Ou aussi dans un jeu vidéo, ou comme on l’expliquait hier, dans Assassin’s Creed. Je me mets dans la peau de.
Et il y aura autant, à mon sens, de personnalités que de monde. Et la NFT est très importante pour moi parce que c’est ce qui donne la valeur sûre de ce qui a été créé et qui, effectivement, a un vrai respect de chaîne de valeur
Alexandre Michelin : Ce que j’ai toujours trouvé fort dans ta vision et dans la façon dont tu as développé cet éditeur, c’est que tu as toujours dit : “mais il y a 3 milliards de smartphones, pourquoi est-ce qu’on se casse les pieds avec des tas de nouveaux outils ? Si déjà on arrivait à faire quelque chose sur le smartphone…”
Stéphane Juffé : Après ça c’est une grande réflexion que j’ai eue avec mon associé Steve Moradel : les casques, pour le moment, il y en a pas. Les gens n’en ont pas encore. Ça va venir bientôt, c’est en train de venir tout.
Mais par contre, il y a déjà… on disait il y a deux ans déjà, 2 milliards et demi de téléphones qui sont capables de faire de la réalité augmentée.
Maintenant c’est un usage qui est suivi par les jeunes. Nous on est vraiment drivés par l’usage des jeunes. Donc naturellement Bemersive est tourné vers la jeunesse.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Stéphane Juffé (Co-fondateur de Bemersive)
Eric Garandeau (Directeur politiques publiques de Tik Tok France)
Benjamin Grauer : Prenez dix minutes, allez sur internet, mettez-vous un wallet Metamask, mettez 100€ dans de la crypto et vous me remercierez dans dix ans.
Alexandre Michelin : Oui, oui, ça c’est vrai.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Justine Vilgrain : Je pense que tout le monde va avoir un casque VR, tout le monde aura sa propre identité en VR et on aura des mondes virtuels pour lesquels on pourra connecter avec des gens du monde entier.
Benjamin Grauer : Et donc la VR c’est un point assez important. Il y a déjà la jeune génération sur AltspaceVR ou sur VRChat, qui sont des plateformes de réalité virtuelle sociales. C’est des dizaines de millions d’utilisateurs au quotidien.
Et en fait il y a la VR qui est en train d’être corrompue par la blockchain, ou en tous cas libérée par la blockchain. Il y a des plateformes comme Decentraland et Somnium Space qui existent, qui sont décentralisées.
Nous avec Garou on essaye de produire ça mais avec du contenu de haute qualité, donc pas du tout le côté voxel, et de permettre du coup une expérience qui s’ouvre potentiellement aux générations qui ont peut-être une barrière à l’entrée.
Être entouré.e d’avatars, de bananes et de Campbell Soup, parce que sur VRChat c’est vraiment, quoi, c’est un peu folklo. Donc, le fait de pouvoir décentraliser l’expérience VR, c’est aussi autant une chance que dans le gaming; c’est une chance de pouvoir créer son espace qui, du coup, est physique, qui est autant réel que le réel, puisque le digital maintenant a ses lettres de noblesse, et de pouvoir y mettre du contenu, mettre de l’art, mettre du jeu, rencontrer des gens à l’intérieur.
Et donc, c’est ce que disait Sébastien. Ça permet un peu de lisser toutes les inégalités de background ou les inégalités même économiques, et de créer un espace virtuel où, finalement, les créateurs sont propriétaires des lieux, même si c’est pas eux qui ont créé l’architecture. Et ça, tout ça, c’est permis grâce à la blockchain et la tokenisation, donc il n’y a pas une plus grosse révolution que ça.
Et si vous entendez parler du Web 3, c’est un peu de ça dont on parle. C’est toute cette espèce de nouvelle vague d’internet qui est unlocked grâce à la blockchain et à la crypto monnaie, voilà, décentralisation.
Justine Vilgrain : Et c’est vraiment le tout début, quoi. Il y a déjà tellement de choses qui sont déjà en train d’être créées, mais qui ne le sont pas… le monde n’est pas encore au courant parce que c’est pas soit des geeks, soit des gens qui sont intéressés dans le milieu.
Mais voilà même là, l’industrie de la musique est dedans aussi, et toutes les industries qui ne sont pas tangibles sont dedans. Donc c’est vraiment quelque chose qui va… C’est assez excitant de savoir qu’est-ce qui est la prochaine chose.
Maintenant, il y a le “high NFT” aussi qui vient d’être fait. Donc voilà, il y a plein de choses qui sont très excitantes.
Présentateur : Alexandre Michelin
Intervenants :
Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)
Justine Vilgrain (Co-fondatrice de Brawhaus)
Benjamin Grauer (NTF Producer)
Sébastien Borget (créateur de The Sandbox)
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