Comment digitaliser les gestes pour assurer la transmission des savoir faire

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Frédéric Colomina : Alors ça c’est le résultat d’une étude – et c’est un travail très particulier -, une étude qui a été financée par l’Institut Mica, qui a été pilotée par O3, sur lequel nous sommes capables – ça, c’est la bonne nouvelle – maintenant d’acquérir des gestes fins jusqu’à la dernière phalange, et donc de les digitaliser, de les mettre au capital des ateliers.

Après, on peut travailler ensemble, mais… 

Alexandre Michelin : Attends. Ça veut dire que ce que tu as enregistré, c’est digitalisé, le geste ?

Frédéric Colomina : Exactement. 

Alexandre Michelin : Et au capital des ateliers, c’est-à-dire ?

Frédéric Colomina : C’est-à-dire qu’on acquiert les gestes, et on sait après restituer un jumeau numérique du geste, ce qui est déjà une très bonne première étape.

Alexandre Michelin : Donc quelqu’un qui reprend ce geste peut apprendre, à partir de là ?

Frédéric Colomina : Exactement. On voit la problématique du patron d’un atelier qui voit sa personne partir à la retraite et qui se dit : “zut, j’ai 30 ans de savoir-faire qui viennent de disparaître.”

Faisons simplement déjà l’acquisition des gestes, et là, nous, on mixe quatre différentes technos.

Alexandre Michelin : Ça donne le vertige, en fait. Ça veut dire qu’on pourra garder les gestes de la personne, les transmettre. 

Frédéric Colomina : Oui, mais on voit maintenant… je pense qu’on va voir apparaître, assez prochainement, une SACEM du geste. Parce que c’est quand même la valeur. 

Alexandre Michelin : On pourrait faire la même chose pour un pianiste ou..?

Frédéric Colomina : Exactement. Là, aujourd’hui, on a des problématiques de sport. Le basket, le panier à deux points, le panier à trois points, en réalité virtuelle c’est pas simple.

Et donc ça, maintenant, on sait maintenant le capitaliser en vue, à terme, de faire de la formation et d’inviter les Millennials à devenir des tailleurs de diamants ou des couturiers en haute couture…

Donc voilà un peu le champ des possibles.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Frédéric Colomina (CEO Expérience 4)

Comment le temps réel permettra-t-il de personnaliser nos expériences immersives ?

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Frédéric Colomina : Alors le showroom, ça, c’est vraiment l’avenir, parce que maintenant… On a tous vu, en industrie, des showrooms, dans lesquels on invitait des clients, les clients ne viennent plus, donc on doit se déplacer avec le showroom, le remettre à jour. 

Et c’est là où on rentre, maintenant, dans des approches de VR shop, que nous permettent maintenant la 5G, qui sera le magasin qui se construit pour la personne qui rentre dans le casque, à l’endroit où elle se trouve.

Et donc ça c’est extraordinaire, parce qu’on arrive à mélanger à la fois de l’immersif d’images, autant qu’on sait rajouter, maintenant, du temps réel. 

Alexandre Michelin : C’est donc comme dans le jeu vidéo ? C’est comme si j’étais un joueur,  et j’arrive dans un lieu qui se crée autour de moi ?

Frédéric Colomina : Le casque nous aide à te reconnaître, va puiser dans le CRM des habitudes, et on ne va te présenter que ce qui te concerne.

On va certainement, aussi, regarder ton passé d’achat pour te dire : “attention, dans tel ou tel domaine, là, tu dois être à court de quelque chose”, et donc on va te proposer – c’est une grille Excel ou une recommandation à la Amazon, on va les citer, où suffit d’appuyer et ça part -, mais par ce qu’on connaît, “voilà nos recommandations, voilà ce qu’achètent les autres, et voilà les propositions”, autant que “voilà un moteur de recherche” qui me permet d’avancer.

Alexandre Michelin : Est-ce qu’on n’est pas là, dans ces exemples, en train de toucher ce qui excite tant Zuckerberg ?

C’est-à-dire qu’en fait Facebook est déjà là, avec toutes ses datas, il a absolument envie, et on sent que les autres aussi, de pouvoir nous les mettre dans l’espace, en fait, spatial computing, quoi.

Frédéric Colomina : Alexandre, tu mets le doigt exactement sur la problématique actuelle : on voit des monstres arriver avec des plateformes et des moyens inouïs. C’est là où il est important que nous travaillions ensemble. 

Je vois par exemple tout l’effort qu’on fait en Alsace, et là je félicite les startuppers, et pour notre capacité à travailler ensemble – on se connaît tous -, on a déjà des projets ensemble. 

Récemment je faisais le point avec Holo 3, c’est à peu près 1 200 000€ d’appels d’offres qui ont été gagnés entre startuppers de la région, et sur Paris en plus, alors là, c’est quand même…

Alexandre Michelin : Donc c’est un travail collaboratif. En fait, pour résister, pour se réinventer, il faut travailler ensemble ?

Frédéric Colomina : C’est une obligation, parce que les gros centres sont en train d’arriver et je crois qu’il sera intéressant de… 

Très important, tu nous invites à parler dans un contexte de culture, et il est très important de comprendre que c’est notre culture qui va nous sauver.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Frédéric Colomina (CEO Expérience 4)

Comment l’industrie va-t-elle devoir s’adapter aux évolutions technologiques ?

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Frédéric Colomina : Ça, c’était tout ce qui sortait dans “L’usine Digitale” en trois semaines, et qui montre à quel point la réalité virtuelle, ça faisait partie, maintenant, des mœurs, et depuis longtemps. 

L’image forte, c’est Facebook. Facebook, c’est maintenant, depuis un an et demi, plus de 20% de la population dite des employés qui ne font que de la VR, et on a encore rien vu sortir. Donc on va être en face d’un tsunami, là, quand même, et quand les applications vont apparaître, ce sera intéressant de voir ce qui va en sortir. 

Le point important, on a parlé d’évolution. Ce que je note aujourd’hui, c’est quand même assez non-structuré, dans le sens qu’il n’y a pas de norme, le législatif, il est encore un peu absent, ce qui nous donne, nous, en tant que centre de recherche des obligations. 

Et on a entendu le mot éthique, aujourd’hui, c’est vrai qu’on est obligés de s’imposer une éthique dans cette révolution.

Et je dirais que c’est vraiment, pour le coup, un défi, notamment pour les industries, de faire le saut. 

Et j’aime bien repositionner ce défi par rapport aux gros défis du moment : notre planète, la santé, et donc, quelque part, à chaque fois qu’on fait un pas, c’est important peut-être de ne pas oublier ça, et d’aller vers les vrais sujets du moment.

Alors ce slide, très rapidement. Pour nous, la révolution est arrivée il y a quelques temps. 

L’arrivée des casques autonomes qui, pour un coût de 350€, vous permettent de faire de la réalité virtuelle dans des termes de qualité assez intéressants, de la réalité virtuelle professionnelle.

On voit apparaître maintenant la 5G, le Web VR, qui vont permettre de diffuser, pour le coup, cette…

Alexandre Michelin : En fait c’est un internet immersif qui est en train d’arriver ?

Frédéric Colomina : On est réellement, maintenant… on n’a plus besoin d’avoir un ordinateur avec une carte graphique. 

Maintenant, vous avez un casque – je parle du Quest mais il y en a plein d’autres, autonomes -, vous le connectez à votre wifi, vous pourrez consommer du contenu…

Alexandre Michelin : Ce qui veut dire que ce sera grand public ou ce sera professionnel, selon le contexte.

Frédéric Colomina : Ça l’est déjà, très grand public aujourd’hui, grâce au gaming, ça l’est demain… et ça l’est dès aujourd’hui dans le professionnel, avec des petites applications. 

Lorsqu’on parle de VR, nous, on regarde à travers le fait d’avoir des processeurs 4.0, et donc ces process, pour nous, c’est d’abord l’agilité, le fait d’être ubiquiste. On n’est pas lié à un endroit, on peut consommer quand on le souhaite, à n’importe quel moment. On est plutôt plug and play, avec des jumeaux. 

Et puis, on pourrait délayer le nombre d’applications, je vais regarder dans les faits. Alors nous, on regarde beaucoup le retour sur investissement et les usages. 

Et donc les activités essentielles, aujourd’hui, ce serait plutôt cette notion de revue de projets, où on sait convertir 84 formats – Katya en fait partie, Dassault va être content – en monde immersif dans lequel on peut se promener, prendre des mesures, faire des photos, et donc partager cela avec ses collègues.

Alors, très intéressant, on rentre maintenant dans le remote VR, dans le sens qu’une personne, ici à Metz, derrière son ordinateur, peut faire vivre une expérience quelque part à Toulouse ou… et d’être, en temps réel audio et vidéo, avec cette personne. 

Donc on sait maintenant diffuser à grande échelle. On va remercier l’accélérateur Covid pour cela.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Frédéric Colomina (CEO Expérience 4)

Comment assurer le continuum entre le virtuel et le réel dans l’industrie ?

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Bernard Dubois : Tout à l’heure on parlait de continuum entre le virtuel… alors si on parle de l’industrie, on va parler de la conception.

On parlait de l’aspect créatif, donc on va parler de la conception, la création du produit, à sa réalisation, à son exploitation.

Donc on a parlé de continuum entre la réalité et… 

Et donc la conception utilise l’outil non construit donc virtuel, totalement, et une fois que l’outil est construit, une fois que le produit, l’objet est construit, il est réel.

Et donc, là, on va parler de… tout le défi aujourd’hui, c’est d’assurer le continuum entre, effectivement, cette réalité virtuelle telle que je l’ai conçue, et pouvoir interagir avec mon réel.

Alexandre Michelin : C’est Matrix, quoi.

Bernard Dubois : Alors on parle de la réalité augmentée, ça c’est sûr, on parle… etc.

Donc toutes ces différentes réalités, en fait, n’ont qu’un seul objet, c’est de dire : “ok, on gagne du temps, parce que j’arrive à virtualiser, et je gagne énormément de bénéfices, mais une fois que l’outil est créé, il faut que je puisse quand même revenir, interagir entre mon outil et ce que j’ai conçu, les composants de mon outil, si j’ai une machine, je veux voir comment est organisée la machine à l’intérieur, je veux la radioscoper, etc.

Et là on va parler de réalité augmentée, on va parler de collaboration également, on va parler de jumeau numérique. 

Donc tout ça, toutes ces techniques de l’immersion, effectivement, convergent vers différentes technologies qui, elles, vont aboutir vers le fait qu’on va pouvoir, en fait, avoir une réalité immersive continue entre la conception du produit et sa fin de vie. 

Puisque derrière, on va imaginer la fin de vie, on va concevoir la fin de vie du produit, c’est-à-dire que, par exemple, si on prend Naval Group, ils conçoivent aujourd’hui un bateau, mais en se disant comment ce bateau-là, je vais le démonter demain. 

Quand on conçoit une voiture, comment je vais, effectivement, gérer, recycler la vie. Et là, c’est le continuum.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)

SBS Interactives créer des espaces virtuels à partir du réel

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Bernard Dubois : Aujourd’hui, comment rendre immersif ? 

C’est la réponse à laquelle nous, SBS, on s’adresse, c’est : “comment rendre virtuel le monde réel ?” 

Alors, ce qui est assez comique, c’est que derrière on nous a demandé : “ah oui, mais on voudrait la même chose dans le monde virtuel, parce que le monde réel, c’est bien, on peut naviguer dedans, mais par contre, je veux organiser – et c’était Orano qui nous avait posé la question également -, je veux évoluer dans le monde virtuel avec des choses que j’utilise dans le réel.”

Donc, du coup, on a créé ce showroom virtuel. 

Bon, la crise sanitaire est passée par là, bien évidemment aussi, avec tous ces besoins de travail à distance, de partage à distance, etc.

Et donc certains de nos clients, dont Orano le premier, et puis cette société, ECA Group, nous a dit : “ok, voilà, comment partager, comment créer un environnement virtuel à partir d’éléments réels, et donc comment faire une exposition virtuelle à partir d’éléments réels, de documentation réelle, etc.” 

Donc on a utilisé cet outil-là, notre outil VIS-On, pour créer cet environnement dans lequel on va pouvoir évoluer.

Alors on le fait aujourd’hui au niveau industriel, mais le dernier petit exemple c’est l’école centrale de Nantes, qui l’utilise aussi. 

Outre la visite virtuelle de son école, développée sur l’outil, on va pouvoir utiliser à l’occasion d’une exposition à l’occasion d’une réunion, d’un séminaire, etc, on va pouvoir créer cet environnement virtuel. 

Alexandre Michelin : Ce qui est formidable dans tout ce que vous avez fait… quel âge a la société ?

Bernard Dubois : Alors la société elle va avoir… créée en 2008, donc elle a 13 ans.

Alexandre Michelin : Donc on voit bien l’évolution dont parlait tout à l’heure David, c’est-à-dire qu’on est passés de quelques expériences visuelles à “finalement on veut représenter en 360”, et puis maintenant on veut représenter le réel en virtuel, c’est des choses qui ont été bien identifiées.

Et on voit que c’est là pour durer. En fait ça ne fait qu’augmenter, ça ne fait qu’être utilisé, parce que c’est efficace.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)

Cas d’usage SBS Interactives : virtualiser l’usine de la Hague

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Bernard Dubois : Un des autres défis, on va le retrouver là sur…

Alexandre Michelin : Donc là c’est une centrale nucléaire ?

Bernard Dubois : Alors non, c’est l’usine de retraitement des déchets de La Hague, Orano. 

Là c’est un des défis aussi de, je dirais, la virtualisation – de rendre virtuel le monde réel.

C’est que là… et c’est pareil pour un bateau. Si on prend le Charles de Gaulle, il y a 2000 salles – dans une frégate multimissions, il y a 700 salles. 

Là, l’usine de La Hague, Orano l’a complètement virtualisée. Vous avez donc 300 000 mètres carrés au sol et 10 000 salles.

10 000 dans lesquelles je vais pouvoir intervenir et sur lesquels je vais pouvoir visualiser.

Ça, c’est très intéressant pour eux. Ça fait cinq ans qu’ils ont commencé à déployer cet outil-là, c’est qu’ils vont pouvoir préparer les interventions à distance en visualisant.

Dans la War Room de préparation, les gens répètent etc.

Alors on n’est pas dans le casque virtuel, parce qu’aujourd’hui c’est difficile, effectivement, d’interagir avec plusieurs casques.

Alexandre Michelin : Mais on voit que ça va dans une direction.

Bernard Dubois : On va dans une direction, mais pour l’instant, je dirais, le grand écran… dans la War Room il y a un grand écran, et les gens répètent, visitent, passent d’une salle à l’autre, etc.

Si on pouvait lancer la vidéo 30 secondes, ça permettrait de visiter un tout petit peu La Hague, parce que vous ne l’avez pas vue, bien évidemment.

Alexandre Michelin : Donc là on fait une visite à l’intérieur. 

Bernard Dubois : Là je vais visiter. 

Alexandre Michelin : C’est c’est le plan, tout ce qu’il y a de plus traditionnel.

Bernard Dubois : Ça, c’est l’outil qui permet de visiter du plan et d’aller dans une salle. Là, je suis allé dans une des piscines de La Hague. Vous n’avez jamais vu La Hague mais voilà, je vous ai montré aussi l’usine de La Hague.

Alors, on est dans le monde industriel, toutes ces informations-là doivent être sécurisées, parce qu’on n’est pas dans le grand public, on est vraiment dans le monde industriel, il y a les droits de propriété intellectuelle, il y a la concurrence qui espionne, etc.

Toutes ces images sont publiques, bien évidemment. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je vous ai montré tout à l’heure le Redoutable au lieu d’un sous-marin nucléaire actuel, parce que notre grand client Naval Group n’autorise pas, bien sûr, la communication de ces images.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)

Comment la virtualisation du réel rend l’industrie plus efficace ?

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Bernard Dubois : Je suis dans le réel, comment je fais pour former un premier arrivant ? Je suis sur un bateau, comment je fais pour former des marins ?  Etc.

Et donc là on va pouvoir visiter cet environnement réel. 

Donc la formation, je dirais la visite virtuelle, va servir de support. Alors, visite virtuelle enrichie, tout ce que l’on veut, interactive, documentée. 

Ça va servir également à l’exploitation, donc en particulier à la phase de maintenance, parce qu’en maintenance j’ai besoin de… effectivement, si l’objet sur lequel je dois intervenir est à cinq mètres de moi, j’ai aucun problème, je n’ai pas besoin de le visualiser à distance, et je n’ai pas besoin de m’immerger dans l’environnement, puisque cet environnement, j’y ai accès.

Mais si je dois maintenir un bateau qui est à 3000 kilomètres de là, si je dois maintenir un sous-marin qui est à 3000 kilomètres de là ou une usine telle que l’usine de La Hague ou une centrale nucléaire, où ce sont des environnements à la fois confinés et dangereux en tant que tels, ou susceptibles de l’être, et bien il est important de préparer l’intervention, et donc je dois m’immerger dans le monde réel, mais à distance. Et le partager.

Et puis, bien évidemment, il y a tous les aspects sécurité sur lequel… l’aspect sécurité est important. On travaille actuellement sur comment reproduire les informations, je dirais liées…

Alexandre Michelin : Donc là, c’est un porte-avion ?

Bernard Dubois : Alors là ce n’est pas un porte-avion, c’est un sous-marin. 

Alexandre Michelin : Donc là on est dans un sous-marin de la marine française ?

Bernard Dubois : Alors là je suis dans le sous-marin historique, qui est en fait le Redoutable, au musée de la mer à Cherbourg. Et là, je vais pouvoir le visiter. 

Je vais pouvoir interagir également, je suis dans le monde virtuel.

Alors, typiquement, ça, ça se fait sur écran. Je ne suis pas sur un casque de VR, parce que, en fait, on est dans le monde réel, quelque part, j’allais dire, et les intervenants, ceux qui font de la maintenance, ceux qui se forment, etc, ont besoin de partager, de voir sur écran. 

Alexandre Michelin : Donc ça c’est toutes les pièces, en fait, à l’intérieur ?

Bernard Dubois : Là, j’ai documenté, l’outil est documenté avec l’ensemble des informations qui sont propres aux équipements, propres au local également. 

Alexandre Michelin : Mais on pourrait imaginer que ça se passe dans un casque ?

Bernard Dubois : Ça pourrait bien sûr être dans un casque. L’intérêt de l’écran et de la tablette, ou du portable maintenant, c’est que l’information est directement accessible. 

Ça, c’est un des défis, effectivement, de l’industrie, par rapport à cette immersion, c’est qu’il est difficile de couper l’opérateur du réel. 

Et donc l’opérateur supporte très mal – on le voit bien pour la réalité augmentée également -, l’opérateur accepte difficilement d’avoir quelque chose dans les mains. 

Donc une tablette, ça va encore, mais son attention doit se concentrer sur les objets réels.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)

VIS-On, l’outil qui permet de virtualiser des environnements réels

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Bernard Dubois : SBS, création en 2008. L’idée est née en 2007.

Alors, j’ai co-créé SBS avec mon fils Simon. Pourquoi ? Parce que lui, il était à fond dans la réalité virtuelle, il était en formation à Paris, dans une école de Paris, pour faire de la réalité virtuelle, et c’est là où il s’est passionné pour la visite. 

Et à un moment donné, on s’est dit :”Ok, on va créer une société, SBS Interactive, et qui… l’objectif de travailler non pas dans la réalité virtuelle, mais de créer, en fait, un moteur de navigation, non pas dans le monde virtuel, mais dans le monde réel. 

Et pour répondre à une problématique simple : “comment rendre immersif un environnement réel ?”

Là on a beaucoup parlé de gérer des environnements virtuels à partir de produits, dans l’industriel, de produits de la conception avant qu’ils ne soient fabriqués, avant qu’ils soient vendus, avant qu’ils ne soient exploités.

Donc on s’est dit : “à partir du moment où le produit existe, comment fait-on pour s’immerger dans ce produit ?”

Alors voilà, c’est comme ça que l’idée est née, et l’idée a donné un outil qui s’appelle VIS-On, VIS-On comme “Visual Information, System”, qui permet, en fait, de s’immerger dans un environnement réel.

Alors là, on n’a pas réinventé le fil à couper le beurre, puisqu’en fait, la technologie de base, c’est la visite virtuelle. Donc ça, ça existait, etc.

Par contre, appliquée à des industriels, c’est quand même beaucoup plus complexe parce que ça nécessite, effectivement, des environnements et des technicités qui sont beaucoup plus précises et surtout une confidentialité. 

Alexandre Michelin : Donc en fait tous ces outils dont on a parlé, finalement, sont aussi utilisés dans l’industrie pour… c’est pas de la maintenance là, c’est…

Bernard Dubois : On va prendre quelques cas d’usage.

Mais là je l’ai appelé “jumeau numérique 360” parce qu’aujourd’hui, je dirais, le pendant dans le monde virtuel d’un objet, quel qu’il soit, d’un bâtiment, d’un sous-marin, d’un bateau, d’un avion… c’est ce qu’on appelle maintenant le jumeau numérique, qui comporte, bien évidemment, les éléments : maquette numérique, etc etc, toute la documentation etc.

Et nous on s’est simplement mis sur la partie “jumeau numérique” du réel, dans lequel on va pouvoir naviguer également et qui, on va le voir tout à l’heure, également doit interagir – et ça, c’est un des défis aujourd’hui entre le monde virtuel et le monde réel, on le voit au travers de la réalité augmentée -, c’est de pouvoir interagir entre le monde virtuel tel que je l’ai conçu avec le monde réel tel que je l’ai fabriqué et tel que je l’exploite.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)

Projet Ghost : comprendre les gestes artisanaux grâce à la réalité virtuelle

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David Arnaud : Nous ce qui nous intéressait vraiment, par rapport à ce qui se développe aujourd’hui sur la question de la technologie, c’est la question de la captation des gestes, qui est quand même une thématique, à mon avis – alors j’ai hâte de discuter de tout ça avec les gens qui sont ici, au KIF -, mais qui est quand même une thématique qui, technologiquement, est extrêmement intéressante et importante aujourd’hui.

Et surtout pour nous, et pour quelqu’un comme moi qui a, dans la réalité… alors j’oppose pas vraiment les 2, réalité virtuelle et réalité…

Alexandre Michelin : Donc toi tu es déjà dans le métaverse, en fait ?

David Arnaud : Oui, on va dire ça, peut-être.

Alexandre Michelin : Non mais c’est une vraie question, pourquoi tu n’opposes pas la réalité virtuelle et la réalité…

David Arnaud : Et nos étudiants non plus.

Alexandre Michelin : C’est une nouvelle génération qui est finalement née avec tous ces outils ?

David Arnaud : Oui, et puis qui découvrent ça. Cette année, on a réalisé des formations… alors on n’est pas sur le système de Dassault, mais on a travaillé avec Medium pour de la sculpture virtuelle, pour produire des objets 3D qui vont être ensuite produits en réalité, en verre.

Et, en fait, les étudiants avec qui j’ai travaillé, pour eux, à aucun moment ils se posent la question, c’est un nouveau média. C’est un peu… nous, on a de la cire, on a de l’argile, de la pâte à modeler… Et bien eux, en fait, ils voient ça comme un outil en plus, ils voient ça en plus.

Donc ils font les deux. Ce n’est pas parce qu’on va aller vers une technologie XR ou un outil comme ça qu’on va abandonner le passé, ce qu’il y avait avant. Non, en fait ils vont se servir des deux.

Et donc pour revenir au projet “Ghost”, moi ce qui m’intéressait aujourd’hui, c’est de pouvoir utiliser ces technologies-là pour sauvegarder le patrimoine. Ça, c’était la première idée. En tout cas pour pouvoir capter les gestes.

Alexandre Michelin : Donc là on est bien dans ce dont parlait tout à l’heure David, c’est la mémorisation, l’enregistrement de ces gestes, et la transmission.

David Arnaud : Voilà, alors la première étape, c’est déjà de le documenter, c’est de pouvoir les capter, ce qui est déjà quelque chose d’énorme, parce qu’en fait, peut-être…

Alexandre Michelin : On peut voir un petit film.

David Arnaud : Voilà, on a un petit film, où on peut commenter. 

Donc on a fait plusieurs tests depuis 2019 sur la question de la captation des gestes avec différentes technologies. Donc voilà, ça c’est ça, c’est la société Vicon, qui a très gentiment passé trois jours avec nous, dans nos ateliers. 

Donc on a installé ça pendant trois jours, donc tout un tas d’équipements, avec des marqueurs, pour pouvoir capter, voir ce que ça donnait. 

Donc nous, ce n’est pas du tout notre métier. 

Là, c’est Jean-Pierre, notre formateur au Cerfav, donc en soufflage de verre, avec des assistants.

Alexandre Michelin : Ils ont des outils de motion capture, comme dans les films ?

David Arnaud : Voilà, c’est ça. Donc on a fait une séance de motion capture assez complexe, en fait, sur plein de points techniques, mais vous allez voir après, tout à l’heure, on a pu obtenir des données qui étaient quand même assez précises.

Alexandre Michelin : Donc là aussi on est dans la data, on est vraiment dans cette histoire dont on parle depuis le début, la donnée. Vous avez filmé, en fait, enregistré les gestes ?

David Arnaud : Voilà. Donc ce qu’on voit sur les plateaux hollywoodiens, de cinéma, et on a capté de la donnée. Donc là, c’est juste sur un prototype, c’est pas super joli, mais c’est une représentation. 

On a eu un autre projet avec la Drac Lorraine aussi, sur la captation des gestes et du patrimoine. 

Donc là, c’est un projet financé où on a capté des gestes de vitrailliste. Donc ça, c’est notre formatrice en vitrail qui qui a été captée pour de la vidéo volumétrique.

Donc la vidéo volumétrique, en fait, c’est un fond vert – ça aussi, c’est assez commun dans le cinéma -, et on va reconstruire, en fait, avec une algorithmique un peu spécifique chaque image qui est prise du mouvement et du geste, et on va reconstruire un modèle 3D qui peut être exploité ensuite dans des applications de formation en VR.

Et là, dernièrement, on a travaillé avec… donc là c’est aussi notre formateur au Cerfav – tout ça se passe dans les ateliers du Cerfav -, Frédéric Demoisson, qui est souffleur de verre au chalumeau. Donc lui, c’est un des meilleurs ouvriers de France… 

Alexandre Michelin : Alors là je t’interromps, parce que ce qu’on voit là, c’est l’enregistrement des…

David Arnaud : Des mains. Si vous regardez, il a des gants un peu spéciaux, avec des capteurs.

Donc c’est une société qui s’appelle StretchSense qui nous a prêté une paire de gants pour pour un peu mettre ça dans le contexte de nos ateliers, parce qu’il y a des choses qui sont… nos ateliers regroupent toutes les contraintes un peu particulières de chaleur, de température, d’optique, qui sont vraiment intéressantes.

Alexandre Michelin : En fait, on est dans un mélange de science fiction et de métiers de tradition. Parce qu’en fait tu enregistres la tradition, et en même temps, ce que disait tout à l’heure Denis, c’est qu’il faut aussi apprendre les gestes, mais ensuite, il faut pouvoir s’en libérer.

Donc on fait d’abord l’enregistrement des gestes et c’est avec ça qu’on apprend ?

David Arnaud : Alors pour l’instant, actuellement, en l’état, on est sur de l’enregistrement des gestes et on n’a pas encore construit quelque chose d’extrêmement formaté.

On a une application, on a un proto – d’ailleurs on a travaillé avec Gilles Noeppel, qu’on verra dans la matinée, et je le remercie pour le travail qu’il a réalisé aussi avec nous sur un serious game. 

Donc après nous, l’application, c’est plutôt… on préfère parler de “didactic games”, “serious games” c’est un peu problématique. 

Mais voilà, on a réalisé un serious game dans lequel on va pouvoir voir les séquences de vidéo volumétriques que vous avez vu sur le vitrail.

Donc c’est un outil qui va être utilisé dans notre centre de formation directement. On a fait des premiers playtests avec nos apprentis, qu’ils utilisent avec des casques de réalité virtuelle, et ça permet de transmettre un savoir, ça permet aussi, dans des séances d’ateliers qui parfois peuvent être compliquées à mettre en place, où on n’a pas forcément beaucoup de place, où on n’a pas forcément tous les outils disponibles, de pouvoir avoir des séances à côté, sur des temps un peu pédagogiques, avec avec les étudiants. 

Donc ça, c’est vraiment une notion extrêmement importante.

Denis Garcia : Un des points pour nous qui est important dans notre approche, à chaque fois, et c’est vraiment cette spécificité qu’on retrouve dans les métiers d’art, c’est d’arriver à capter le geste extrêmement précis, extrêmement fin.

Et aujourd’hui, les technologies ne restituent pas encore exactement les données telles qu’on les souhaiterait, et il y a vraiment des verrous pour nous encore à lever, du point de vue des technologies, pour arriver à faire ça.

Ça, c’est un premier élément. Donc le travail sur la précision des gestes, la rotation, les pressions, la répétitivité des gestes, elle est extrêmement importante.

Et puis, les autres éléments sur lesquels nous ont a à se préoccuper, puisque nos fondamentaux c’est bien la formation, c’est d’apprendre avec ces technologies-là, apprendre à nos formateurs à apprendre avec ces outils-là, et de faire en sorte qu’il y ait une attention eux-mêmes à l’exploitation de données numériques, de technologie XR, d’éléments de la réalité augmentée, etc. 

On pense, par exemple, au tailleur sur cristal qui pourrait avoir des lunettes sur lesquelles est projeté le quadrillage sur lequel il va venir faire ses biseaux, et que ça suive la pièce dans tous ses contours.

Aujourd’hui, il est obligé de tracer ça au feutre. Il a des éclaboussures d’eau sur les lunettes en même temps qu’il le fait, etc. Et tout ça, c’est des éléments qui vont nous permettre d’aller progressivement vers le secteur de l’industrie, qui se dit aujourd’hui : “mais les gestes sur lesquels vous travaillez nous préoccupent”. 

C’est pas exactement les mêmes, mais on a les mêmes problématiques chez nous pour qu’un opérateur change un moule sur une production qui est en cours. 

Donc tous ces éléments-là sont vraiment des enjeux fondamentaux.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenants :

– David Arnaud (Projet Ghost Cerfav)

– Denis Garcia (Directeur Général de Cerfav)

Se former aux savoirs-faire ancestraux grâce aux outils numériques

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Denis Garcia : C’est vrai que passer de Dassault Systèmes à une association 1901, basée dans un petit village de 550 habitants, avec une forte tradition verrière, un centre de formation à peu près unique et qui se préoccupe de la sauvegarde des savoir-faire, de la transmission des savoir-faire et de tous les processus de formation qui sont nécessaires dans ce domaine là, c’est vrai que pour nous, c’est vraiment de nouvelles possibilités pour pouvoir enseigner, pour transmettre les gestes et pour travailler.

Donc, du coup, effectivement, on peut revenir à des éléments extrêmement concrets de la nécessité qu’on a eue de se préoccuper de ces technologies-là, quelques années antérieures, sur les outils numériques plus classiques aujourd’hui, qui sont les imprimantes 3D, etc, qui ont déjà révolutionné énormément nos approches pédagogiques et le contenu de nos formations, voire même l’esthétique de ce que produisent nos élèves. 

Et aujourd’hui, avec ces technologies-là, on a véritablement un champ nouveau pour arriver à créer, pour arriver à sauvegarder les gestes, pour arriver à les enseigner.

Et donc, par nécessité j’allais dire, on s’est vraiment préoccupés de tout ce que ça pouvait générer. Donc on a commencé à travailler autour de tous ces outils-là. Alors, pas uniquement le soufflage de verre, même s’il est extrêmement emblématique, avec des fours qui fonctionnent 24/24h et 365 jours sur 365, dans des manufactures très…

Alexandre Michelin : Donc là, on parle de savoir-faire qui sont séculaires, ancestraux ?

Denis Garcia : Ancestraux, oui, c’est un des plus vieux matériaux de synthèse travaillé par l’homme, le verre, le soufflage de verre, le vitrail, la pâte de verre, etc, et on a toutes ces techniques qui sont présentes sur notre centre.

Donc comment les enseigner ? 

Alexandre Michelin : Évidemment il y a une histoire régionale ou locale. Il y avait des souffleurs de verre chez vous, comme il y en avait à Venise. Et puis ils ont transmis les traditions, jusqu’au moment où l’industrie arrive, et cette tradition, elle est en danger ou elle est…?

Denis Garcia : Oui, elle est en danger. Il faut identifier les savoir-faire, les modulariser, pour pouvoir les enseigner, avoir des ressources humaines qui permettent d’enseigner, avoir du temps pour pouvoir enseigner, capter des jeunes qui vont se servir de ces techniques-là pour créer… 

Parce qu’il ne faut pas dissocier la partie “savoir-faire ancestral, menacé”, de la création. S’il n’y a pas de création, s’il n’y a pas d’exploitation nouvelle du matériau, à la limite, à quoi bon le maintenir, en fait ? 

Dans toute cette chaîne-là est effectivement présente.

Et je regardais tout à l’heure, dans les solides qui étaient présentées, combien à chaque fois il y a la notion de création qui intervient, et pas uniquement la technologie ou les conditions, il y a la formation qui intervient et nous, on est dans un cadre où, finalement, à une échelle artisanale, on convoque tous ces moyens-là et on les met en œuvre pour pouvoir performer notre système.

Pour nous par exemple, à terme, un jeune qui apprend le soufflage de verre, plutôt que de passer son temps devant un four à longueur de journée et apprendre un geste et sa précision, lui enseigner avec ces outils-là, avec des outils de réalité virtuelle augmentée ou peu importe, ça va être un gain de temps et une optimisation du savoir-faire.

Quand, en plus, le formateur va pouvoir interagir avec lui, développer des systèmes de création associés, c’est là aussi…

Alexandre Michelin : Donc la boucle sera bouclée, quoi ?

Denis Garcia : Évidemment.

Donc moi, là où je veux insister, c’est qu’à chaque fois… le Cerfav est un centre de ressources technologiques également, donc on se préoccupe du matériau et de tous les procédés, il y a des des chimistes, etc, qui sont présents, mais on veut pouvoir avoir une entrée sur toute la chaîne, à la fois du matériau, des procédés, de la création, de la formation, etc.

Mais à chaque fois, on agit par nécessité. C’est-à-dire que notre préoccupation, c’est de se dire : “comment l’utilisateur va se servir de ces outils-là ? Comment le formateur lui-même va intégrer ça dans ses propres modules pédagogiques, et de quoi a-t-il besoin ? Quel retour il va faire avec ses propres élèves ?”

Et à chaque fois, on a cette préoccupation-là. Mais ce n’est pas par hasard si c’est David Arnaud, qui est aujourd’hui le chef de projet au Cerfav, qui est porteur de cela, par passion personnelle, mais aussi parce que, en premier et d’abord, il a été formé comme souffleur de verre dans notre établissement.

Alexandre Michelin : Vous, vous avez été formé comme souffleur ? 

Denis Garcia : Non, pas du tout. Moi, j’ai une formation de psychologue qui n’a strictement rien à voir avec ça.

Donc quand on voit des images sur le cerveau, etc, et effectivement l’interaction humaine qui se joue à travers cette réalité virtuelle, c’est des choses qui sont parlantes. 

Vous voyez que là, il y a un processus de médiation qui se met en place et qui nous, nous préoccupe.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Denis Garcia (Directeur Général de Cerfav)

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