Des objets du quotidien pour créer et écouter du son immersif existent-ils ?

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Antoine Petroff : Si on prend les smart speakers ou les enceintes connectées avec des assistants vocaux, on trouve de plus en plus de modèles, en fait, qui permettent de faire un son immersif. 

Alors on ne va pas être capable de vraiment faire tourner un son de façon précise autour de l’auditeur, mais typiquement pour séparer une voix d’une ambiance sonore, ces objets vont être capables, en utilisant les réflexions sur la pièce d’écoute, pour créer du son immersif. 

Donc on commence à trouver, justement, des systèmes qui permettent, à moindre coût et sans demander une installation très complexe, de pouvoir faire du son immersif.

Il y a aussi des recherches qui sont faites par des grands acteurs de l’industrie à partir de plusieurs smartphones, plusieurs smart speakers, et votre ordinateur – qui sont posés un peu n’importe où dans la pièce – que ces différents objets vont se connecter entre eux et créer un son immersif, une bulle immersive sonore autour de vous.

Présentatrice : Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Antoine Petroff (Chef produit Ircam Amplify)

Y a-t-il de la demande pour le son immersif ?

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Antoine Petroff : Ce qui est paradoxal, c’est que la demande n’est pas forcément aujourd’hui déjà là, parce qu’en fait les gens ne sont pas forcément habitués au son immersif. 

Par contre, moi l’expérience que j’en ai depuis un certain nombre d’années et, si les grands acteurs se mettent dedans, c’est une bonne réponse à cela, à partir du moment où l’on fait écouter ce type d’expérience à n’importe quel auditeur, le retour en arrière est très difficile. 

Donc en fait, le son immersif est resté un peu en sourdine pendant quinze ans et là, depuis deux ans, on a vraiment une demande qui commence à augmenter. 

Et à partir du moment où elle est poussée par des gros acteurs industriels, la mutation va se faire.

Présentatrice : Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Antoine Petroff (Chef produit Ircam Amplify)

Comment réussir à diffuser le son immersif dans tous les domaines de notre vie ?

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Antoine Petroff : Le premier aspect a été de pouvoir diffuser ce son. Parce que là je vous ai donné l’exemple où on mettait une cinquantaine de haut-parleurs autour des gens. Autant c’est possible de le faire dans un concert ou un événement, mais évidemment dans une maison, dans une voiture ou quand on est en train de marcher dans la rue, c’est un peu plus compliqué. 

Donc il a fallu d’abord trouver un moyen de pouvoir restituer ce son immersif dans la vie de tous les jours. Et il se trouve que l’écoute au casque, entre autres, permet justement de recréer du son immersif.

Et le grand changement qui a lieu ces deux ou trois dernières années, c’est que des fabricants tels qu’ Apple ou des gens comme ça, se sont vraiment intéressés au phénomène du son immersif et ont favorisé la diffusion de contenu immersif, principalement avec un casque.

Clara-Doïna Schmelck : Donc, l’industrie de l’audio accompagne cette mutation ? 

Antoine Petroff : Oui, depuis deux ans environ, les gros acteurs de l’industrie audio sont vraiment en train de pousser cette mutation.

Présentatrice : Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Antoine Petroff (Chef produit Ircam Amplify)

Comment le son immersif améliore-t-il nos expériences musicales ?

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Antoine Petroff : Prenons un exemple, on va écouter un concert de piano dans une salle dont l’acoustique a été traitée. En fait on entend le piano en direct, donc ça c’est une source sonore qui est unique.

Maintenant, ce piano, dans la réalité, il diffuse, le son qu’il produit va être envoyé vers l’auditeur, mais va être aussi envoyé dans le fond de la salle, au plafond de la salle, contre les murs de la salle, qui vont ensuite créer des échos que nous, en tant qu’auditeurs, nous allons aussi percevoir, et en fait qui participent énormément à l’expérience. 

Et au moment où le concert se termine, vous entendez les applaudissements de tous les gens autour de vous, ce qui participe de nouveau à une expérience qui est extrêmement émotionnelle. 

Et l’idée, quand on va faire un mixage ou un enregistrement immersif, c’est de recréer vraiment ces conditions-là. On va pouvoir entendre l’instrument ou un chanteur qui est vraiment positionné à un endroit donné, on va être plongé dans l’espace acoustique d’une salle et on va pouvoir entendre des gens qui applaudissent et qui vivent l’expérience en même temps.

Présentatrice : Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Antoine Petroff (Chef produit Ircam Amplify)

Qu’est-ce que le son immersif ?

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Antoine Petroff : Avant toute chose, il faut comprendre que, quand on parle de son immersif, c’est un concept global qui consiste à plonger l’auditeur dans une bulle sonore dans laquelle il va avoir des sons qui proviennent de toutes les directions. 

Historiquement, on a pu trouver ça dans des concerts où on plaçait des haut-parleurs tout autour du public, et le musicien pouvait faire tourner des sons, créer tout un tas de choses avec, créer une acoustique virtuelle, par exemple donner l’impression à l’auditeur d’être à un moment donné dans une cathédrale, et tout à coup dans une toute petite pièce, alors que la passerelle ne changeait pas, mais le son pour autant changeait.

Donc vraiment le concept de son immersif en fait, c’est se rapprocher de la réalité sonore que l’on a tous les jours quand on marche dans la rue, où en fait on a des informations sonores qui proviennent de toutes les directions.

On peut faire la comparaison avec la chaîne HiFi standard, ou même les smart speakers actuels, où le son provient d’un endroit unique ou, dans le meilleur des cas en stéréo, de deux endroits, et qui recréent un espèce d’ersatz de réalité.

Dans le son immersif, on va réellement recréer les conditions d’écoute naturelles que l’on a quand on n’a pas de casque ou d’enceintes.

Présentatrice : Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Antoine Petroff (Chef produit Ircam Amplify)

Présentation de Ircam Amplify

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Antoine Petroff : Ircan Amplify est une filiale de l’Ircam. L’Ircam est un institut de recherche qui a la particularité de regrouper au même sein à la fois des musiciens, des compositeurs et des scientifiques et des ingénieurs qui travaillent ensemble à développer, on peut dire, la musique du futur.

À travers ça, ils développent de nouvelles technologies dans le domaine du son. 

Ircam Amplify est une filiale qui a été créée en 2019, dont le but est faire le pont entre cette recherche – qui est poussée par la création musicale et l’industrie – et les usages dans le monde de tous les jours, en proposant des outils qui vont permettre à des entreprises, que ce soit des satellites, des fabricants de voitures, à des concepteurs de logiciels pour les musiciens, leur permettre de proposer de nouveaux usages, de nouveaux produits et de nouvelles expériences à leurs clients, avec ces technologies-là.

Présentatrice : Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Antoine Petroff (Chef produit Ircam Amplify)

Comment la VR pourrait-elle améliorer l’impact environnemental des expositions ?

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Philippe Brunella : Il y un élément – tu viens de le dire – en laissant apparaître les coulisses de nos quotidiens…

Il y a un autre élément qui m’a fasciné – peut-être la Covid a-t-elle changé aussi la donne : un certain nombre de collègues n’ont pas convoyé, c’est à dire accompagné du point de départ des oeuvres jusqu’au point d’arrivée, mais ont suivi en direct sur leurs écrans, et alors, quand je me souviens de la table ronde précédente où on était dans des sous-marins, etc, et bien là, on peut être aussi dans des espaces comme ça…

Alexandre Michelin : Dans le jumeau numérique du musée.

Philippe Brunella : Le jumeau numérique de l’installation permet aux collègues conservateurs de voir comment sont manipulées les œuvres, comment elles sont accrochées. Et demain, après-demain, de le sentir dans des gants qui leur transmettront les pressions des gestes ou quoi. 

Alexandre Michelin : Ah oui carrément, tu fais le lien avec la formation.

Philippe Brunella : Et ça a des conséquences très fortes sur l’empreinte carbone, sur tout un tas de choses que l’on cherche à maîtriser dans nos métiers.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Philippe Brunella (Directeur du musée de la Cour d’Or à Metz)

Exposition Arcimboldo : utiliser Tik Tok pour s’adapter au public actuel

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Pierre Wilk : Une des premières choses qu’on s’est dit dans l’équipe quand on a abordé cette exposition, on s’est dit : “c’est vraiment une exposition qui est ultra rock’n’roll, en fait.” 

Alexandre Michelin : Oui, c’est vrai, on vous encourage à venir la voir d’ailleurs. Elle est là jusqu’au 22 novembre. 

Pierre Wilk : C’est une exposition qui est rock’n’roll parce qu’elle fait un peu éclater tous les codes, elle fait éclater les périodes, elle fait éclater les esthétiques, donc il y a cette espèce de grand brassage. 

Et pour nous, c’était à la fois intéressant de trouver le meilleur média pour en rendre compte, et puis en plus parce TikTok a un public plutôt jeune, les codes de ce public là répondaient aussi en partie à ceux de l’exposition.

Donc on s’est lancé effectivement, un peu en test & learn, et le learn est plutôt très positif.

Clara-Doïna Schmelck : Donc là il y a bien un cas d’adaptation d’une exposition à un public avec des médiums qui sont différents, puisque TikTok est convoqué justement comme médiation entre l’exposition elle-même et les publics potentiels. 

Pierre Wilk : Oui, et puis pour nous c’était aussi l’outil idéal, parce qu’encore une fois c’était – les codes de cet outil là répondaient à ça – c’était de montrer aussi… En fait le live TikTok s’est fait à un moment où l’expo n’était pas encore ouverte…

Alexandre Michelin : Ah oui, donc c’était carrément avant. 

Pierre Wilk : C’était une pré-visite en fait, une preview, dans laquelle on a vraiment axé sur le côté “coulisses”, donc il y avait encore des personnes qui travaillaient, des régisseurs, il y avait encore des caisses avec des œuvres…

Il y avait encore toute cette espèce de cuisine maison que généralement personne ne voit, qui est en plus des savoir-faire et des métiers qui sont complètement fascinants : des scénographes, des régisseurs, des personnes qui accrochent, des personnes qui sont là pour vérifier l’intégrité des œuvres quand elles arrivent. 

Alexandre Michelin : Les conservateurs étaient là ? 

Pierre Wilk : On n’a pas de conservateurs au centre, mais la commissaire était là, et c’est effectivement la commissaire qui a fait la visite.

Ça aussi, ça a été une très grande surprise, puisqu’on s’est dit : “voilà on part du principe qu’on livre un contenu qui est très riche et très précieux” mais voilà, livré par un commissaire…

Alors heureusement la commissaire est quelqu’un qui, en plus, a déjà travaillé dans la médiation, donc elle a cette facilité à adapter son discours. 

Et on a été vraiment étonnés du fait que les gens non seulement avaient parfaitement intégré, sans absolument aucune réserve le contenu, et en plus rebondissaient et reposaient des questions. Il y a eu beaucoup d’engagement pendant ce live, des questions qui étaient extrêmement pertinentes.

Donc oui, ça a été une manière nouvelle qui nous a fait reconsidérer et qui fait qu’aujourd’hui, par exemple, le TikTok qu’on avait un peu ouvert comme un réseau social supplémentaire, est en train de réintégrer doucement les vrais outils de médiation à part entière.

On fait intervenir maintenant sur ce support là nos médiateurs, qui font des interventions vraiment cadrées…

Alexandre Michelin : Ils font des posts TikTok ? Ils dansent ?

Pierre Wilk : Ils font des posts Tik Tok…

Clara-Doïna Schmelck : Avec de la musique ? 

Pierre Wilk : Je ne sais plus si on a… On commence à réfléchir à vraiment des modèles vraiment adaptés, mais oui c’est en passe de se développer et on a très envie d’investir ça.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Pierre Wilk (Centre Pompidou-Metz)

 Centre Pompidou-Metz : comment renouveler le lien avec le public ?

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Pierre Wilk : L’élargissement du public, c’est une question très vaste et à laquelle on peut répondre de multiples façons. L’angle que nous, on a commencé à aborder, c’est plutôt de se dire que… 

Les points de contact entre le musée et le public sont actuellement multiples et ils existent, mais je pense qu’ils répondent à des modèles qui sont efficaces mais qui ont déjà quelques années. Et il est essentiel, si on veut continuer à maintenir ce lien avec les publics, de renouveler constamment, de questionner constamment ce lien.

Alexandre Michelin : C’est pour ça que vous avez été le premier à travailler avec TikTok, tout d’un coup, en se disant on va tenter quelque chose ?

Pierre Wilk : Alors c’est ce que j’expliquais hier, effectivement, à l’autre table ronde. On a cette capacité d’un musée finalement très jeune – et encore avec une équipe assez restreinte – de pouvoir se permettre, contrairement à des très grosses industries et des très grandes maisons, pouvoir se permettre de se dire : “bon ben là on sent qu’il y a quelque chose qui peut fonctionner, on sent qu’il y a une adéquation avec le public, on y va, on tente.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Pierre Wilk (Centre Pompidou-Metz)

Comment le numérique permet-il de mieux intégrer le public dans les expositions ?

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Pierre Wilk : En fait, je trouve que c’est ça qui est incroyable dans ces propositions, c’est qu’elles intègrent, au-delà d’une très très grande valeur ajoutée artistique – puisque c’est vraiment des œuvres à part entière -, c’est des œuvres qui intègrent dès le départ la perception du public, en fait, qui est prise en compte, qui est tout de suite intégrée, et qui en font des œuvres de médiation aussi – avec une grande dimension de médiation – qui est déjà intégrée. 

Cette capacité à personnaliser le contenu, à être en adéquation avec justement des publics de territoires, avec leurs propres caractéristiques, complètement fascinants, là où nous, notre travail au quotidien avec des œuvres qui ont été issues de processus créatifs autres, nous oblige à réfléchir à des processus de médiation, à des outils tiers. 

Là, ce sont des œuvres qui intègrent directement cette dimension-là. Alors dire qu’on n’aura plus de travail à faire, je ne pense pas, parce qu’au contraire, ça reste des propositions qui doivent être accompagnées. 

Mais c’est ça qui est fascinant, oui, et qui nous, nous alimentent et nous font vibrer puisque c’est notre métier au quotidien, oui.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Pierre Wilk (Centre Pompidou-Metz)

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