Comment projeter des images gigantesques sur les murs du Musée national du Qatar ?

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Christophe Cheysson : Le cahier des charges technique, pour des raisons de durée, de s’inscrire dans une durée, était qu’il fallait que le pixel ne dépasse pas 2mm, sur des écrans de 50m de long et 11m de large.

Alexandre Michelin : Donc ce qu’on voit là, c’est une galerie qui fait 50m de long ? 

Donc il y a 50m d’images numériques, avec une définition extraordinaire, mais il n’y a pas d’écran qui existe, il n’y a pas de projecteur qui existe pour ça.

Christophe Cheysson : Il n’y a pas de projecteur qui existe pour ça.

A l’époque où on a commencé à travailler, il n’y avait pas de logiciel capable de gérer des flux vidéo de cette taille, il a fallu inventer des outils, faire des allers-retours. 

On a travaillé sur Adobe Premiere pour le montage, et on a travaillé avec les gens d’Adobe pour qu’il y ait des modifications du logiciel lui-même.

On parlait de ces allers-retours entre la créativité et la technique.

Cette définition imposée, et incroyable, fait qu’on a des détails gigantesques sur l’écran. Ça nous a amenés à cette idée qu’on pouvait avoir – il faut trouver une image qui le présuppose -, sur un écran comme celui-ci, l’image du haut, vous avez un paysage relativement large, mais vous avez un élément qui est plus ou moins en avant plan. 

Avec une définition pareille, quand le spectateur est loin de l’écran, il a une perception qui est celle qu’on a devant cette image, mais quand il se rapproche, il va commencer à voir les insectes qui sont sur… et on peut mettre en scène de façon complètement différente, ou on peut intégrer le plan serré dans le plan large. 

Et c’est en jouant sur la trajectoire du spectateur – et on le fait essentiellement d’un point de vue sonore -, qu’on peut l’amener à changer de point de vue, et à venir du plan large au plan serré. 

Et ça oblige à réinventer un langage, à réinventer une narration. Et ça, c’est la dimension vraiment, absolument, passionnante d’une aventure comme celle-là.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Comment les visiteurs ont-ils réagi aux œuvres grandeur nature du Musée national du Qatar ?

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Christophe Cheysson : La force émotionnelle du protocole fait que les gens sont avalés tout de suite.

Clara-Doïna Schmelck : Est-ce que vous savez combien de temps reste un visiteur, en moyenne, dans le musée, dans l’immense rose des sables ?

Christophe Cheysson : Alors là, pour le coup, c’était une expérience assez intéressante, parce qu’il y a des gens qui n’accrochent pas, ou qui sont mal à l’aise et qui traversent la galerie et ne restent pas, mais ceux qui restent voient le film deux ou trois fois.

Parce qu’en fait on constate que, devant des protocoles comme ceux-là, personne ne voit le même film. 

Alexandre Michelin : Ah oui. Chacun a une perception et se réapproprie ? C’est quoi, c’est la dimension qui fait ça ?

Christophe Cheysson : C’est la dimension, le fait que chaque fois qu’on regarde quelque chose on rate quelque chose, et la mise en scène, aussi bien d’un point de vue visuel que du point de vue sonore essaye d’attirer…

Alexandre Michelin : Ah, sonore. Le son est spatialisé aussi ?

Christophe Cheysson : Le son est spatialisé, oui.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Comment aider les financiers à imaginer ce qu’un projet de films immersifs va donner ?

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Christophe Cheysson : La question de l’immersion, elle pose dès le départ le problème de la représentation, c’est-à-dire comment est-ce qu’on donne à visualiser aux financiers, aux partenaires techniques, ce qu’on a en tête, et en fait c’est très difficile de donner à imaginer ce qu’on va faire, ce qu’on va avoir en tête. 

Alexandre Michelin : Donc ça, c’était juste… tu es passé très vite. Le musée, c’est une rose des sables ?

Christophe Cheysson : Voilà. On a un écran principal qui est presque en fer à cheval, qui fait une cinquantaine de mètres de longueur sur, au point le plus haut, presque treize ou quatorze mètres. 

Et face à cet écran il y a cette chose qu’on appelle le kaléidoscope.

On a mis un petit personnage là pour donner l’échelle, ça fait à peu près 25 mètres d’arc sur…

Alexandre Michelin : Donc on est à l’intérieur de la rose des sables ?

Naoufel Ben Youssef : On ne parle que d’une seule galerie. Il y en a onze, donc la problématique se…

Alexandre Michelin : C’est pharaonique, quoi.

Christophe Cheysson : Et donc… Le cinéma nous a habitués à lire des scénarios, à en écrire, à en faire lire. Dans un cas comme ça, ça ne pouvait pas fonctionner. Les mots étaient tout à fait incapables de restituer ce qu’on cherchait à faire. 

Et donc, on a décidé d’utiliser une solution beaucoup plus graphique, absolument sans texte, un peu comme on voulait s’adresser au public.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenants : 

– Naoufel Ben Youssef (CEO Les Films en Tête)

– Christophe Cheysson (Réalisateur)

 Comment la création d’images immersives entraîne-t-elle une nouvelle façon de tourner ?

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Christophe Cheysson : La constatation que le lien live entre le montage et l’outil lui-même fonctionne bien, et comme on était sur un tournage naturaliste où ce sont des tournages qui s’étalent sur des mois et des mois… 

Alexandre Michelin : Parce qu’en fait c’est comme si vous faisiez un documentaire ?

Christophe Cheysson : Exactement. 

Alexandre Michelin : Donc là on repart dans la logique du documentaire et vous êtes obligés d’attendre pour voir ce que ça va faire ?

Christophe Cheysson : Voilà. Et comme cette constatation faite au montage est très encourageante, on décide d’exporter cet outil de prévisualisation sur le tournage.

Et donc sur le tournage, les opérateurs – et compte-tenu de la résolution qui nous était imposée par le cahier technique, on était obligé de tourner avec des assemblages de caméras -, on arrivait sur le plateau à voir, pendant les répétitions, c’est-à-dire avant même qu’on tourne, le résultat du plan dans le volume du musée.

Alexandre Michelin : Ah oui, il fallait en plus le penser pour le musée.

Christophe Cheysson : Et en fait c’est ce constant aller-retour entre la créativité, le cahier des charges et l’outil technique qui nous permet de progresser, parce que le fait d’avoir l’outil sur le plateau a permis de résoudre quantité de problèmes.

Alexandre Michelin : Et ça change la façon de tourner ?

Christophe Cheysson : Ça change la façon de tourner, oui.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Musée national du Qatar : comment l’industrie et le jeu vidéo servent-ils la culture et l’art ?

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Christophe Cheysson : Au quotidien, on a découvert des problèmes et il a fallu petit à petit apporter des solutions à ces problèmes. 

Le problème numéro 1 étant, au départ, celui de la prévisualisation, c’est-à-dire comment on tourne des images que la caméra montre à plat, que le montage montre à plat, et comment essayer de les imaginer dans un volume qui, lui, n’est pas plat et qui est incroyablement immersif ?

Et donc, le premier outil qu’on a construit c’était un outil de prévisualisation. On s’est appuyés sur un moteur de jeu, on y a rentré les caractéristiques architecturales de la galerie et on a fait travailler des programmeurs pour qu’ils soient capables de mapper des projections en live dans l’outil lui-même.

Et c’est intéressant, parce que vous évoquiez dans la première partie de la journée ce rapport entre l’industrie et l’immersion elle-même, et c’est vrai que c’est un jeu perpétuel d’allers-retours. 

Nous développons cet outil de prévision, de prévisualisation. 

Le pari technique, c’est qu’il puisse être alimenté en direct par le montage, et donc quand on se retrouve au montage de cette aventure, on a des images à plat qui sont mappées en direct dans le logiciel de prévisualisation.

Alexandre Michelin : C’est Unity que vous utilisez ?

Christophe Cheysson : C’est Unity qu’on a utilisé.

Alexandre Michelin : Donc un moteur de jeu vidéo.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)
Intervenant : Christophe Cheysson (Réalisateur)

Musée national du Qatar : comment travailler l’image pour un musée immersif gigantesque ?

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Alexandre Michelin : Je trouve que cette histoire est intéressante, parce qu’elle montre que, contrairement à ce qu’on dit, il y a une continuité, il y a des talents, il y a des savoir-faire. 

Toi, tu es un producteur de cinéma, j’allais dire classique. Toi, tu es un réalisateur avec tout ce que ça comporte, notamment en France, l’écriture, le pouvoir créatif. 

Et puis vous vous retrouvez autour de ce projet incroyable qui est le projet, finalement, de Jean Nouvel qui crée un musée pour le Qatar.

Et finalement, dans ce musée qui est extraordinaire, je ne sais pas si vous voyez à quoi ressemble ce musée, c’est le musée avec… qui est dans le désert…

Naoufel Ben Youssef : Une rose des sables. 

Alexandre Michelin : Tu peux peut-être nous dire un peu. Comment ça se passe ? C’est le Qatar Institute qui vous appelle ?

Naoufel Ben Youssef : Tout à fait, et qui cherche à travers le monde des réalisateurs pour réaliser des films comme contenu de ce musée et à partir de cette architecture vraiment monumentale.

Alexandre Michelin : Les murs font quelle hauteur ?

Naoufel Ben Youssef : Alors, il n’y a aucun mur qui soit égal à l’autre, puisque c’est une rose des sables et on est à l’intérieur de cette rose des sables. 

On a des murs concaves, convexes, arrondis, complètement à l’oblique… chaque galerie est unique, et donc il faut penser le format qui sera distribué totalement différemment. 

Alexandre Michelin : Christophe, toi, tu es réalisateur, tu tombes de ta chaise ? Tu dis : “qu’est-ce que c’est que cette histoire ?”

Christophe Cheysson : Alors c’était doublement intéressant, parce que le Qatar est un pays émergent qui, il y a encore 30 ans, était une série de tas de sable, et c’est un peuple qui cherche sa destination, qui cherche son histoire, qui cherche à poser les jalons de sa future civilisation. 

Et quand le musée a été mis en chantier, je pense que la question de ce qui allait y avoir à l’intérieur n’avait pas été clairement posée.

Le bâtiment, par exemple, remplaçait un petit palais dans lequel il y avait l’ancien musée national, et ce musée national faisait peut-être trois étages de 50 mètres carrés chacun. 

Alexandre Michelin : Et là, on change de dimension, Jean Nouvel fait une œuvre avec cette fameuse rose des sables ?

Christophe Cheysson : Et là, tout d’un coup, on a un bâtiment qui fait presque un kilomètre et demi de galeries, considérablement grand.

Et donc s’est posée la question du contenu. Et, à un moment, c’est une des réponses qui a été apportée, c’était : “puisqu’aujourd’hui, on ne sait pas exactement ce qu’on va mettre dans le musée, la solution, ça va être de faire des films, on va mettre des films sur tous les murs qui parleront de la culture du Qatar. “

Très vite, une espèce de scénario et de narration ont été posés, et donc on est allés chercher des cinéastes un peu partout sur la planète pour réaliser ces films.

Alexandre Michelin : Donc Jacques Perrin, notamment ?

Christophe Cheysson : Jacques Perrin, entre autres réalisateurs, Abderrahmane Sissako, Mira Nair… 

Alexandre Michelin : Donc des grands noms, dont le tien. 

Christophe Cheysson : On verra.

Alexandre Michelin : Et toi, en tant que producteur, tu te retrouves dans cette situation incroyable, où il y a des murs pas possible. Ce ne sont plus des écrans. 

Et comment vous réagissez collectivement, face à ce défi ? 

Naoufel Ben Youssef : C’est une page blanche, on avance jour après jour et c’est effectivement une grosse partie de recherche et développement. On fait des essais, on avance des hypothèses, des intuitions…

Et puis c’est vrai qu’on a eu la chance de travailler sur un temps long. 

Alexandre Michelin : Ça a duré combien de temps ce projet ? 

Christophe Cheysson : C’est pas très symptomatique, malheureusement. 

Moi j’ai commencé à travailler sur le projet en 2011, mais sur des ébauches de films qui se sont avérés complètement impossibles à mettre en œuvre, et à une époque aussi où le Qatar cherchait son identité, et il a fallu un peu de temps pour que cette digestion et cet accouchement se passent.

On a réellement commencé à travailler en 2016-2017.

Alexandre Michelin : Donc cinq ans ?

Christophe Cheysson : Oui, oui.

Naoufel Ben Youssef : Et puis chaque projet est distinct, puisque là, en l’occurrence, une des galeries que Christophe a réalisée, c’était un film naturaliste et donc, effectivement, on est sur plusieurs saisons, plusieurs espèces, on recense l’ensemble de la faune et de la flore du Qatar, donc chaque espèce est distincte et a un protocole de tournage distinct. 

Donc effectivement, on a tourné plus d’un an, en termes de tournage. 

Christophe Cheysson : On a apporté un petit teaser, qui donne une idée de ce à quoi ressemble le musée.

Le mieux, c’est peut être d’y jeter un œil. 

Alexandre Michelin : Si vous avez des commentaires à faire… 

Donc c’est un musée ultramoderne, on reconnaît la patte de Jean Nouvel.

Voilà le gigantisme du musée.

Christophe Cheysson : 11 galeries. La galerie où nous avons tourné a un écran principal qui fait presque 50 mètres, sur des hauteurs qui vont de 11 à 17 mètres de haut, donc on est devant des écrans où la notion de cinéma devenait complètement caduque, parce que :

1) le spectateur était souvent trop près de l’écran pour être capable d’absorber du mouvement et appréhender une image dans son entièreté.

2) contrairement à une salle de cinéma où le spectateur est assis, on ne sait pas ce que le spectateur regarde, et comme il y a des écrans partout, la question de la narration se pose vraiment, comment est-ce qu’on donne une histoire en étant certain que le spectateur va avoir les éléments qui lui permettent de la comprendre.

Présentateurs : 

– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenants :

– Naoufel Ben Youssef (CEO Les Films en Tête)

– Christophe Cheysson (Réalisateur)

Qu’est-ce que le Centre des Monuments Nationaux ?

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Valérie Senghor : Le Centre des Monuments Nationaux, c’est un réseau de 100 monuments. 

C’est une vieille dame, le Centre des Monuments Nationaux, puisque son ancêtre était la Caisse Historique des Monuments, et voilà, c’est un établissement qui a beaucoup évolué dans ses missions en 100 ans.

Il est rattaché au Ministère de la Culture, et ses grandes missions, c’est vraiment de conserver, entretenir ce riche patrimoine exceptionnel qui lui est confié par l’État et de le faire connaître au plus grand nombre par l’ouverture à la visite et plein d’événements qu’on organise chaque année. 

Alexandre Michelin : Il y a quand même le Mont-Saint-Michel, l’Arc de triomphe… pour donner une idée.

Valérie Senghor : Oui, tout à fait. Le Mont-Saint-Michel, des grands monuments de l’histoire républicaine comme le Panthéon, l’Arc de triomphe, des monuments inscrits au patrimoine universel Unesco comme les remparts de Carcassonne, le Mont-Saint-Michel… du patrimoine du XXᵉ siècle aussi, avec des grandes maisons d’architecte, la villa Savoye de Le Corbusier – on en reparlera, puisqu’on a un projet immersif qui concerne la villa.

Donc c’est un réseau, effectivement, tout à fait exceptionnel par sa diversité historique, scientifique et la qualité de ses sites.

Présentateurs : 

Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)

Intervenante : Valérie Senghor (Directrice générale adjointe du Centre des Monuments Nationaux)

Cas d’usage ALMEDIA : apprendre à recréer le vitrail du Christ de Wissembourg grâce à la VR

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Gilles Noeppel : Vous l’avez peut-être déjà vu avant, c’est le Christ de Wissembourg, avec la personne qui s’occupe de la formation sur les vitraux du Cerfav – on va reparler de ce projet-là. 

Et pour pouvoir présenter ça un peu plus en concret, le voici, justement, en réalité virtuelle.

Alexandre Michelin : Est-ce que, pour ceux qui ne sont pas de la région Grand Est, tu peux expliquer ce que représente le Christ de Wissembourg ?

Gilles Noeppel : Alors, le Christ de Wissembourg c’est, il me semble, le plus vieux vitrail qui est encore conservé. Donc il est de l’ordre… alors la date c’est 400 ans, si je ne me trompe pas. 

Alexandre Michelin : Donc on ne peut pas le manipuler, on ne peut plus y toucher ?

Gilles Noeppel : Alors si, on peut le manipuler, vous l’avez vu sur la photo d’avant, on peut le manipuler. 

Par contre, en réalité virtuelle, ce qu’on peut faire, c’est le recréer étape après étape.

Et là, pour le Cerfav, comme David l’avait rapidement présenté, et bien nous on a créé – alors ce que vous voyez, c’est un peu la version prototypage, la première version, comme je l’ai dit avant -, en fait un espèce de manuel d’opération pour pouvoir recréer ce le Christ de Wissembourg tel qu’il a été fait à l’époque. 

Alexandre Michelin : D’accord. Donc le savoir-faire de l’époque ?

Gilles Noeppel : Exactement, on retrouve ce savoir-faire. 

Alors vous avez vu sur l’image d’avant le fait  de tracer un peu ces différents morceaux. Après, normalement, il y a le fait de découper, de recréer, d’exploiter, de tailler le verre pour obtenir la bonne forme.

Et du coup l’image suivante présente directement le geste en lui-même. 

Et là dessus, on s’est basés sur des captations 4D qu’on a pu intégrer à l’intérieur de notre moteur de réalité virtuelle, et sur lequel on a permis à l’utilisateur de pouvoir positionner ses mains.

Alors c’est encore une première version, c’est une version assez vieille, celle-ci, par rapport aux technologies que David a présentées auparavant, qui sont quand même des captages de mains et de doigts très fins. 

Mais ça nous permettait, déjà, d’avoir un premier élément gamifié à l’intérieur du jeu, sur lequel on allait recréer vraiment à la fois le vitrail, et en même temps les gestes qui permettent de créer le vitrail. 

Alexandre Michelin : Donc ensuite ça sert à la formation ?

Gilles Noeppel : Là, on est dans un contexte de formation, et comme je vous l’ai présenté, ça, c’est la V1. 

Je n’ai pas les photos de la V2, mais néanmoins elle est beaucoup plus gamifiée dans la V2 du jeu. On se base sur des éléments similaires, on va recréer ce vitrail. 

Par contre, là, on va avoir un contexte qui est vraiment du côté de l’environnement complètement fictionnel. Alors ce que j’appelle fictionnel, c’est quelque chose qui n’est pas en lien cde base avec le contenu pédagogique, ce qu’on a distillé à travers l’application de serious game. 

Et là, on va être dans un contenu fictionnel qui est presque de l’ordre des jeux vidéo type Assassin’s Creed. 

Vous allez incarner quelqu’un qui va remonter, si on peut dire, en partie dans le temps et qui va devoir recréer tout ça.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Gilles Noeppel (Co-fondateur de ALMEDIA)

Comment apprendre et se former plus facilement grâce aux codes du jeu vidéo ?

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Gilles Noeppel : Ce qui caractérise vraiment ALMEDIA, c’est le serious game, c’est quelque chose qui a déjà été un peu cité auparavant. Le mélange du pédagogique, de ce qu’on appelle des “learning games” avec le jeu. 

Et c’est vraiment quelque chose qu’on peut appeler de la gamification aussi, ou de la ludification.

Et je voulais peut-être présenter aujourd’hui deux exemples sur lesquels on a vraiment travaillé dans le domaine de la réalité virtuelle et sur lesquels on a ajouté cette fameuse gamification, ce côté jeu vidéo, qui arrive de plus en plus.

Alexandre Michelin : Je trouvais que c’était intéressant, après avoir vu ce que l’industrie fait, d’avoir vu qu’il y a des passerelles, de voir justement que le jeu, finalement, qui est d’abord la première industrie culturelle – tout le monde l’oublie – est en train de permettre, aussi, l’éducation. 

On aura une séance sur l’éducation demain, mais c’est ce panorama qui est passionnant.

Donc, qu’est ce qu’on apprend grâce à ALMEDIA ?

Gilles Noeppel : Alors, par rapport à ALMEDIA, en global, vraiment ce qui nous caractérise, c’est le jeu, et on peut apprendre plein de choses différentes. On l’applique, en fait, de plein de manières différentes.

On a vu pas mal de technologies déjà ce matin, de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée aussi. 

Nous, on utilise aussi d’autres technologies qui sont peut-être de la réalité tout court, puisque par exemple, on utilise des choses comme des jeux de plateau, des jeux de cartes, des choses comme ça pour pouvoir aussi faire apprendre. 

Donc c’est vraiment très, très varié. On utilise aussi des choses qui relèvent vraiment du jeux vidéo, comme de la scénarisation interactive, pour créer dans le domaine de la formation des e-learning scénarisés. 

L’idée, c’est vraiment pas que de prendre justement cet aspect immersif, mais vraiment en global, si on peut dire…

Alexandre Michelin : Oui, c’est un des éléments de l’histoire.

Gilles Noeppel : Voilà, vraiment de créer ça. 

Alexandre Michelin : Concrètement là, qu’est ce qu’on voit ? 

Gilles Noeppel : Alors là, ce qu’on voit sur cette photo, c’est une ce qu’on appelle une “portable power solution”. Alors c’est pas très portable, je le conçois. 

C’est pour un client dont vous devinerez peut-être le nom.

Et cette portable solution permet de déployer de l’énergie sur de longues distances dans le désert, et ce client souhaitait là le présenter de manière interactive. 

Alexandre Michelin : Donc on est bien avec un industriel qui a envie d’utiliser ces technologies pour faire avancer la formation interne ? 

Gilles Noeppel : Tout à fait. Même dans un premier temps, si on peut dire, de présenter. 

C’est vraiment juste de présenter ce nouveau type d’installation et de permettre à l’utilisateur, en réalité virtuelle, de se déplacer à l’intérieur. 

Donc là, en l’occurrence, ce que vous pouvez voir sur l’image, c’est le point de vue plus “first person”, donc à la première personne, lorsqu’on a le casque.

Et ce qui est intéressant sur cette réalisation là c’est que, comme je l’ai dit juste avant, on avait une application qui servait avant tout à de la présentation. 

Donc ça c’était le niveau 1, si on peut dire. 

Et peu à peu, lorsqu’on a livré cette première application, par la suite, le client s’est rendu compte du potentiel un peu de gamification, et même aussi du potentiel de formation. 

Donc, le fait qu’il n’y ait pas que… si on peut dire, qu’on ne puisse pas qu’utiliser cette application de réalité virtuelle que pour de la présentation sur salon commercial. 

On pouvait aussi, par exemple, développer peut-être des choses qui étaient plus de l’ordre de la gamification.

Alexandre Michelin : Ça ressemble un peu aux Sims, quoi ? Non, je caricature ?

Gilles Noeppel : Oui, si on peut dire. C’était justement la version 3, du coup. 

Donc ça, c’est intéressant. Parce que la deuxième version… donc la première version, présentation pure.

La deuxième version était vraiment plutôt basée avec des petits éléments de gamification, comme par exemple une maquette qu’on peut manipuler, le fait aussi qu’on puisse prendre la montgolfière qu’on a vue auparavant et se déplacer à l’intérieur. 

La version 3 a commencé à inclure tout cet aspect, avec des personnages comme ça, qu’on pouvait mettre à certains endroits et voir la bonne pose, si on peut dire, du personnage. Comment utiliser tel ou tel camion, tel ou tel élément de la “portable power solution”. 

Et donc on a vraiment eu 4 versions différentes qui, à chaque fois, utilisaient la gamification pour présenter, pour pouvoir étendre un peu le spectre, l’objectif de cette application, passer de la simple présentation à la formation…

Alexandre Michelin : Là, ce sont des créateurs qui travaillent avec toi ? Vous faites les scénarios ? Est-ce que ce sont des gens qui viennent du jeu ? 

Parce que dans le cas du Cerfav, il y a ces jeunes qui sont formés.

Donc là aussi, c’est des gens qui viennent du jeu vidéo qui travaillent ?

Gilles Noeppel : Exactement, c’est beaucoup des développeurs et aussi des game designers, donc des concepteurs de mécanismes de jeu. 

Moi-même, il y a une bonne dizaine d’années, j’avais fait des études dans ce domaine-là. Et l’idée, comme dit, c’est d’exploiter ces mécanismes, et c’est une veille constante. 

Moi, effectivement, j’ai déjà un peu une dizaine d’années, si on peut dire, de retard par rapport aux nouveaux, maintenant.

Mais c’est une veille constante, puisque les jeux évoluent constamment, il y a des nouvelles technologies, des nouvelles choses, même simplement en dehors de la technologie, des nouvelles manières de jouer qui apparaissent et sur lesquelles on peut se baser pour pouvoir faire des actions de formation et de présentation.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Gilles Noeppel (Co-fondateur de ALMEDIA)

Les casques de réalité virtuelle pourraient-ils faciliter une dictature des émotions ?

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Frédéric Colomina : La VR, si on regarde bien l’aspect purement technique du casque, ça va évoluer, on le sait. La texturisation de représentations existantes, c’est de la technique, partout sur la planète on saura le faire.

Par contre, ramener du cognitif, savoir quel est le message que je veux que la personne garde après l’expérience, c’est ça où il y a réellement de la valeur. 

Et nous, on voit ça comme, je dirais… quand même le savoir-faire de notre société, c’est d’abord de savoir créer un confort dans l’expérience. 

Déjà ne pas être malade, et ça c’est rare – il faut quand même le reconnaître -, et puis après, travailler cette notion d’engagement. La personne, elle nous confie son cerveau et pendant 20 minutes…

Alexandre Michelin : Nous confie son cerveau, et ce que disait tout à l’heure David, nous confie, en fait, les parts limbiques, les parts instinctives.

Frédéric Colomina : Exactement, ce qu’on appelle l’engagement. 

Et après, on va rentrer dans, je dirais, l’avenir de ça, qui sera certainement de travailler sur l’engagement et les émotions. 

Et le nombre de captations… alors aujourd’hui, on a des projets avec le CNRS dans le sud de la France sur le fait de collecter… alors regarder un casque, un casque c’est un capteur, comme l’est un smartphone. 

Donc il y a des applis à l’intérieur, mais il va y avoir une captation possible, il y a déjà des casques qui le permettent, où on sait collecter, d’abord traquer vos yeux, comprendre votre état de fatigue, de stress. 

On sait aussi maintenant collecter des informations comme votre pouls, comme votre tension et donc finalement un pilote – je prends l’exemple de Dassault -, il aura bien acquis, il saura faire sa formation si dans des cas de simulation un peu extrêmes on voit que le cœur reste stable et qu’on voit qu’il maîtrise ses émotions.

Idem pour un étudiant du Cerfav, lorsqu’il fait un geste. Pouvoir faire l’examen et faire le geste parfait, c’est génial, mais dans quel état il l’a fait ? Est-ce qu’il y a de la chance, ou…?

Donc voilà des éléments qu’on va pouvoir ramener dans ce domaine.

Et on voit, pour terminer, on voit sur une vision quand même, dans le domaine de la culture, puisqu’on traite des émotions, mais on va pouvoir, demain, travailler sur un peu de la dictature des émotions.

Alexandre Michelin : Ah, c’est danger.

Frédéric Colomina : Le danger, c’est très simple. On est en train, aujourd’hui, de travailler avec le Racing Club de Strasbourg sur le fait de pouvoir relayer une caméra qui est positionnée sur un siège, envoyer l’image en dehors du stade. Temps réel, aucun travail sur l’image, il n’y a que du temps réel. 

Mais ce qui est intéressant, ce qu’on amène au stade, c’est de dire : “voilà, pendant tel ou tel moment, la satisfaction du client était au maximum.”

Et donc, visiblement, quand vous faites la somme – on va partir sur 30 casques -, quand on fera la somme de ces 30 niveaux de satisfaction, il y a de très fortes chances que dans cinq ou dix ans, le coach, il a une tablette en disant : “je vais devoir faire entrer tel ou tel joueur.”

Alexandre Michelin : C’est un scénario qui fait un peu peur mais qui est possible.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : Frédéric Colomina (CEO Expérience 4)

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