Comment la VR permet-elle de mieux vendre ?

[kif_post_tags]

David Nahon : Ce qu’on voit là, c’est comment la marque DS a déployé… alors je crois qu’on a atteint le millier de concessions en mettant, dans leurs lieux de vente, donc, un siège vide avec juste un casque.

Et donc là on est sur un fond vert, parce que ça va permettre de faire la vidéo et de montrer ce qui se passe. 

Alexandre Michelin : C’est l’expérience à l’intérieur de la voiture ?

David Nahon : Voilà. Donc on est dedans.

Alexandre Michelin : Donc ça, ça veut dire que quand on sera sortis des dispositifs aussi volumineux et lourds, j’irais chez un concessionnaire, ou même je resterai chez moi, et je mettrai la paire de lunettes Apple ou Facebook ou Oculus, ou je sais pas laquelle, et puis je pourrai voir, comprendre, et physiquement j’aurai l’impression, comme celui qui apprend, d’être dans cet espace, dans cet habitacle. 

David Nahon : Exactement. Mais ça, ce n’est pas de la pas de la fiction, ça. Ça, c’est plus de 1000 concessions. 

Alexandre Michelin : Et on sait combien de personnes l’ont utilisé ?

Il y a 1000 concessions de Citroën en fait, c’est ça ?

David Nahon : Oui, c’est DS, une marque du groupe PSA.

Alexandre Michelin : Donc là, ça veut dire qu’on a déjà basculé ? 

David Nahon : C’est déjà une réalité. Parce que le retour sur investissement, il est évident. 

Et ça crée des mutations dans la société, parce qu’en gros on a besoin de quatre mètres par quatre mètres et d’un casque. 

Donc quelques mètres carrés, donc ça veut dire qu’on va pouvoir acheter des voitures dans un centre commercial.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

Comment mieux former aux produits industriels grâce à la VR ?

[kif_post_tags]

David Nahon : Une fois que le produit commence à exister, le produit ou la chaîne de travail ou n’importe quoi qui est en train d’être conçu, il est très naturel de donner à apprendre à bien utiliser ce qu’on a conçu. Et donc pour ça, il faut former. 

Alors on forme grosso modo à deux choses, soit des gestes techniques. 

Alexandre Michelin : Donc ça c’est bien le fameux cheval ?

David Nahon : Ah oui mais dans tous les cas ça va être le cheval là.

Un simulateur de conduite, un simulateur de vol, c’est une machine compliquée à conduire, donc on fait des simulateurs pour appliquer des joints d’étanchéité à la bonne vitesse, de la bonne manière…

Alexandre Michelin : La plupart des pilotes aujourd’hui apprennent tous à voler sur des simulateurs. Et ils volent très très bien ?

David Nahon : C’est pareil pour, par exemple, des ouvriers, des compagnons qui sont sur une chaîne de travail. On va leur donner à faire sur des simulateurs, soit pour le geste comme je le disais, mais surtout et beaucoup pour des séquences, des procédures. 

Parce que quand on assemble une voiture, encore une fois, il faut pas commencer par le boulon machin ni le boulon bidule, et dans un avion, c’est encore pire parce que c’est extrêmement régulé, c’est-à-dire que la qualité et la conformité entre le plan qui a été certifié et ce qui est fabriqué doit être absolue, donc il y a une chaîne de contrôle qui est extrêmement forte. 

Et donc être accompagné dans une séquence à faire permet donc de la retenir, et ce qu’on fait, grâce à la VR, c’est qu’on fait rentrer cette connaissance dans le cerveau. Et elle va durer beaucoup plus longtemps, pour les mêmes raisons qu’un TP – quand on est à l’école et qu’on dissèque une grenouille ou n’importe quoi -, faire un TP, engager le corps dans le processus, donc solliciter ses parties profondes du cerveau ou marcher quand on est en train d’apprendre…

Alexandre Michelin : C’est ce qu’on voit là, la personne là est en train de vivre, donc là, le cerveau enregistre mieux. Et il y a aussi une meilleure compréhension de l’ensemble du process et une meilleure mémorisation. 

David Nahon : Exactement. Un meilleur transfert entre le virtuel et le réel, donc des gains de productivité, aussi, au niveau…

Et la contrepartie de ça, qui est plutôt de la réalité augmentée…

Alexandre Michelin : La réalité augmentée c’est : j’ai un outil, un téléphone ou un écran ?

David Nahon : Pas forcément. J’ai un monde réel dans lequel je vais rajouter de l’information qui est digitale.

Donc dans cet exemple-là, on vient projeter sur une carcasse d’avion les instructions pour dire : “voilà la rangée que tu dois remplir, voilà telles vis que tu dois visser, voilà quel couple tu dois mettre sur ta clé de serrage…”

Et, du coup, on a une qualité de montage et une efficacité de montage qui est bien plus grande, et pour l’utilisateur une baisse de sa charge cognitive. 

Parce que ça, c’est très important. Parce que si on est tout le temps en train de regarder les instructions, puis monter, puis regarder les instructions, puis monter.

Alexandre Michelin : Ça c’est quand on fait un meuble Ikéa. 

David Nahon : Eh bien c’est ça. Ça, c’est le meuble Ikea. Et le meuble Ikea, ce que nous promet la réalité augmentée, soit projeté, soit le jour où on saura le faire à grande échelle avec des lunettes, c’est d’avoir les instructions sur le meuble direct, et que le trou dans lequel il faut mettre la vis, il clignote, et on fait ça et on sait que c’est là, et nous dit : “c’est bon, et tu fais ça maintenant.”

Alexandre Michelin : Donc on a des chances de mieux…

David Nahon : On se prend moins la tête pour moi. Donc on réduit la charge cognitive. Pourquoi ? Parce qu’on est dans un seul contexte unifié de réalité et d’information. 

Donc ça c’est un des très très grands domaines de déploiement.

Alexandre Michelin : Là aussi, en pure économie, c’est des gains de productivité, de la pénibilité au travail. 

David Nahon : Exactement. Moins de risques de troubles musculo squelettiques, oui.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

Comment l’immersion permet-elle des gains de productivité ?

[kif_post_tags]

David Nahon : Après, il y a un des grands usages qui est vraiment plus dans l’ingénierie, c’est ce qu’on appelle la “Anderson Complexity”. 

Alexandre Michelin : Alors là qu’est-ce que c’est ? C’est un jouet ? C’est une voiture en 3D ?

David Nahon : Alors, ce n’est pas une voiture jouet. C’est une vraie voiture qui a été simulée dans les outils de simulation, simulée en l’occurrence, et c’est le résultat d’un crash, un crash test virtuel.

Donc ça, c’est typiquement le genre de choses que Dassault Systèmes commercialise. C’est des outils pour simuler, par exemple, un crash, ou par exemple des écoulements fluides d’aérodynamisme sur une voiture, ou simuler n’importe quoi. 

Et donc, ce qui est possible grâce à ces technos immersives, à la VR, à la XR, c’est d’aller manipuler cet ensemble de données…

Alexandre Michelin : Ce qu’on voit là, c’est l’impact d’un choc sur une voiture, et toutes les données, les datas ont été rentrées ? Le calcul a été fait. Si la voiture roule à 200 km/h et qu’elle rencontre un objet, on va pouvoir simuler ?

David Nahon : Et là, ce qui est intéressant, c’est que la personne qui est en train de manipuler ce système-là peut le regarder sous toutes les coutures, dans tous les sens, parce qu’il a beaucoup de degrés de liberté. 

Donc c’est un peu comme dans la vraie vie, on est dans une pièce, on rentre, et puis “tiens, mais attends, c’est quoi ce truc ?”, et on s’avance, et on soulève un truc, etc. 

Alexandre Michelin : Et ça, c’est parce que précisément le cerveau, finalement, joue le jeu, c’est ce que tu disais au début, il a l’impression… en fait il joue le jeu, il est à fond dans l’immersion ?

David Nahon : C’est ça, t’es dans le flow… et ce n’est pas ta réflexion qui dit : “alors attends, je cherche un machin… souvent, c’est sous les fils que se trouve le problème, donc alors je vais aller regarder sous les fils.”

Voilà, ça c’est une approche, on va dire, cognitive, d’ingénierie. 

Nous, ce qu’on cherche, c’est vraiment le truc instinctif qui fait qu’on fait ci et ça par sérendipité, de façon très très spontanée.

Alexandre Michelin : Et ça s’est révélé là aussi extrêmement productif, puisque j’imagine que tous ceux qui ont travaillé avec ces outils ont pu comprendre beaucoup de choses en faisant l’expérience ?

David Nahon : Voilà, et donc dans des CAVE, ça fait quinze ans que les gens observent des maquettes très très compliquées, par exemple de voiture, où il y a à la fois les câbles électriques, la soufflerie, la tôle, la garniture… et comme ils travaillent tous en parallèle…

Alexandre Michelin : Donc là on comprend comment Dassault Systèmes gagne sa vie, finalement.

Vous vendez ces logiciels, ce système CATIA, et en fait les industries gagnent énormément de temps, d’argent aussi, et développent beaucoup plus vite, ou beaucoup plus fort, des produits font des expériences qui auraient été soit impossibles, soit très très coûteuses.

Je répète ça, parce que je pense que c’est fondamental pour que tout le monde comprenne ce que cette révolution-là veut dire.

Très concrètement, c’est des gains de productivité, une puissance de développement de produits qu’on n’imagine même pas aujourd’hui.

C’est vraiment extrêmement… parce que si tous ces systèmes sont répandus dans l’ensemble de l’industrie, c’est l’industrie qui produit mieux.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

En quoi les expériences immersives sont-elles utiles à l’industrie ?

[kif_post_tags]

David Nahon : Je vais utiliser ce modèle pour expliquer un peu pourquoi et comment on déploie ces expériences. Et en gros, si on prend l’humain comme un système, il y a des entrées et des sorties, au niveau plutôt de son cerveau et de son corps, et donc, en fait, on fait rentrer des choses dans le cerveau (des concepts), on fait sortir des insights, des idées, des inspirations, et tout ça à travers une boucle, une expérience qui est aussi simple et naturelle que la réalité.

Voilà, s’il fallait définir ce qu’on fait, c’est ça. Et on va voir dans les différents usages, le long du cycle de vie du produit, comment tout ça, ça se décline. 

Donc ça, c’est quelque chose de très générique. N’importe qui, dans une industrie, commence à réfléchir à qu’est ce qu’on va faire comme produit, à quoi ça va commencer à ressembler, première phase.

Après on passe à des modes de développement et de simulation du produit. Puis on fait du manufacturing, c’est-à-dire qu’on développe les outils de fabrication. Ce n’est pas après, en fait, c’est en parallèle, bien sûr. 

Alexandre Michelin : Donc ça, c’est un des éléments-clés de l’immersion pour l’industrie. C’est qu’on sait aujourd’hui mesurer ce qu’elle fait gagner en temps de développement, en temps de fabrication des produits.

Ce que Sébastien Massart m’a raconté quand on préparait, c’est qu’effectivement dans Dassault Systèmes, c’était des ingénieurs qui ont commencé à se poser la question de la fabrication d’un avion, et dans les années 70, 80, ont décidé qu’on pouvait faire de la simulation plutôt que de faire de la soufflerie, ou en tout cas, ils ont virtualisé les essais.

C’est de là d’ou Dassault Systèmes a commencé à devenir une activité indépendante de l’industrie d’aviation traditionnelle.

David Nahon : Exactement. Et adresser bien d’autres industries.

Alexandre Michelin : Donc c’est la simulation dans plusieurs étapes de la fabrication d’un produit. 

David Nahon : Exactement. Donc oui, on fabrique, et puis il faut promouvoir, vendre, et après il y a toute la partie maintenance, “after sales” et compagnie.

Donc ça, c’est très générique. Et ce que nous, on a commencé à essayer de théoriser et d’expliciter – c’est un peu ce que je vais vous montrer – c’est que, finalement, il n’y a pas 10 000 cas d’usage.

C’est des cas d’usage qu’on va retrouver à différents moments du cycle de vie, mais qui, en fait, sont basés sur la même proposition de valeur. 

Alexandre Michelin : Tu vas nous dire les six essentielles, et puis on va rentrer dedans, parce que là c’est typiquement le genre de slides…

David Nahon : Donc le premier c’est la conception, en gros le prototypage virtuel. Donc “upthinking and design”, ça c’est la conception amont.

Après, dans la partie “engineering et simulation”, donc on commence à sortir des outils vraiment de CAO, qui permettent de concevoir et puis après de fabriquer. 

Alexandre Michelin : Les pilotes, les prototypes ?

David Nahon : Les prototypes sont plutôt dans le “upthinking and design”, et là on commence à rentrer dans le dur, c’est-à-dire qu’on va remplacer, au début par exemple, une animation qui dit “voilà la portière elle s’ouvre comme ça” par un rail sur lequel il y a un truc qui va dedans, un moteur, etc.

Alexandre Michelin : Et ensuite la fabrication ? Je te pousse, hein, pour que tout le monde voit le cycle. 

“Manufacturing”, c’est la fabrication ?

David Nahon : Voilà, donc c’est les outils de fabrication, comment on designe et conçoit le poste de travail de la personne qui va être en train d’assembler, ou de monter, etc.

Alexandre Michelin : Et “marketing and sales”, c’est les ventes ?

David Nahon : Ouais, mais je vais y revenir. 

Alexandre Michelin : Et ownership, qu’est ce que ça veut dire ? 

David Nahon : C’est la maintenance, c’est le support. C’est, en fait, la fin de vie, c’est la phase où effectivement…

Alexandre Michelin : Et donc l’expérience de Dassault Systèmes, c’est que toutes ces phases sont des phases où il y a maintenant de l’immersion ?

David Nahon : Exactement. Dans chacune de ces phases, on a des solutions qui viennent se plugger sur celles qui ne sont pas immersives, qui travaillent… voilà, typiquement ce qu’on voit là à l’écran. 

On était sur un outil de design très classique, avec une tablette Wacom Cintiq, et là, la designeuse elle commence à mettre son casque, à rentrer à l’intérieur de son design et à le modifier, à l’ajouter et à l’éditer en VR.

Alexandre Michelin : Concrètement, qu’est-ce que c’est comme produit, là ?

David Nahon : Ça c’est “CATIA Natural Sketch” 

Alexandre Michelin : C’est le fameux système de Dassault Systèmes qui permet de faire de la modélisation ?

David Nahon : CATIA, c’est le fameux système qui permet de faire de la modélisation. Et là, on est plutôt dans une solution dédiée aux creative designers. 

Alexandre Michelin : D’accord, c’est-à-dire qu’ils peuvent imaginer un produit, le modéliser, et puis jouer avec ? 

David Nahon : Et après, on va continuer. Ce produit va être présenté en tant que concept, on va prendre des décisions dessus, puis si on va dire “go, c’est un produit qui sert à quelque chose”, dont l’expérience est intéressante, on va le designer.

C’est un outil de vente interne, en fait. 

Alexandre Michelin : Oui, c’est ça. C’est qu’on développe, on imagine, on fabrique. C’est bien de l’imaginaire que vient l’industrie. On fabrique. Et puis on teste ensuite ?

David Nahon : Voilà. Mais là, il y a une révolution qui est en train d’arriver et qui est très intéressante.

Alexandre Michelin : Alors là, qu’est ce que c’est?

David Nahon : Donc ce qu’on voit en haut, c’est une séance de créativité, de co-création chez Codesign-it, qui est un de mes partenaires, où des groupes de travail ont comme job d’imaginer un nouveau produit ou un nouveau système, peu importe lequel c’est.

Mais en fait ils sont en train de travailler avec la personne qui a le casque – c’est un autre groupe qui travaille sur la prochaine session. 

Et là où ça devient extrêmement intéressant, c’est que dans les phases de conception de produit, grâce aux technos immersives, la VR en particulier, on va pouvoir inclure des populations qui jusque-là étaient exclues de la 3D.

Et on en parlait un peu hier. Le gap qu’il peut y avoir entre le monde des créatifs et le monde des ingénieurs, justement dans cette phase où le créatif va passer son concept au développeur du contenu ou de la “bagnole”, il est critique.

Alexandre Michelin : Donc là, c’est la co-création, vraiment ? 

David Nahon : Voilà. Donc là on va pouvoir associer non seulement, donc, des professionnels du design, mais aussi le public à qui c’est destiné, mais aussi les revendeurs du produit en question, mais aussi les employés de la banque…

Alexandre Michelin : Donc là, c’est bien la fameuse UX, “User Experience” ?

David Nahon : Voilà, c’est concevoir l’expérience finale de l’utilisateur.

Alexandre Michelin : Avant même que le produit ait été même fabriqué ?

David Nahon : Mais avant même qu’il soit modélisé par des designers industriels, où là ça commence à coûter cher à faire.

Alexandre Michelin : Donc on est bien au cœur du gain de productivité et du gain tout court quand on développe de nouveaux produits grâce à l’immersif. 

On ne fait pas le produit, on l’imagine, on se projette dedans, on l’utilise sans l’avoir physiquement, on en fait l’expérience, alors qu’elle n’existe pas, mais pour le cerveau, elle existe – c’est ce que tu disais tout à l’heure.

Et à partir de là on peut tirer des conclusions pour éviter de faire un certain nombre d’erreurs ou trouver des solutions.

David Nahon : Très précisément.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

Depuis quand s’intéresse-t-on à la réalité virtuelle et immersive dans l’industrie ?

[kif_post_tags]

David Nahon : On parlait tout à l’heure d’un peu d’histoire, parce que tu disais : “ça fait dix, quinze ans que les gens s’intéressent à la VR dans le monde scientifique.” 

En fait, c’est beaucoup plus ancien que ça.

Dans les années 90, on avait vraiment déjà des pionniers, donc plutôt dans les centres de recherche académiques ou régionaux, qui avaient investi des très grands systèmes, des CAVE très chers, qui coûtaient des millions d’euros, parce qu’ils voulaient étudier en quoi ces technos immersives pouvaient apporter quelque chose dans le monde de l’industrie.

Alexandre Michelin : Donc les années 90, continuons.

David Nahon : Dans les années 2000 et quelques, les industriels comme PSA, par exemple en France, ont commencé à s’équiper eux-mêmes de grands systèmes très chers qui avaient réduit leurs coûts, d’ailleurs, parce que les PC sont arrivés, etc, et il y avait des business units dédiées pour traiter, en fait, des problématiques… enfin, il y avait un centre d’innovation immersif pour traiter les problématiques des business units qui venaient avec leurs données, et on verra pour quels genres d’usages. 

Et puis sont arrivés les casques, portés par le marché grand public, Oculus, Vive… Vive surtout, parce que vraiment pensé B2B, corporate etc, et qui ont commencé à permettre des déploiements à des coûts réduits par 100. 

En gros, un CAVE, l’unité c’était le million. Là, on s’équipe avec des systèmes où l’unité, c’est 1/10ème de milliers, en prenant  une très grosse machine. 

Alexandre Michelin : Donc c’est là ou on sort du laboratoire et on va dans l’industrie, où en fait on commence à pouvoir…

David Nahon : Labo, industries très spécialisées, industries beaucoup plus démocratisées où c’est directement les business units qui viennent s’équiper sans passer par l’IT. 

Alexandre Michelin : Le sous titre de cette discussion, c’est “les défis industriels de l’immersion”, dans les deux sens, c’est-à-dire à quel moment l’immersion devient un outil industriel, et aussi le défi qu’elle va poser… on en parlera tout à l’heure.

David Nahon : Donc là effectivement, ça devient un outil industriel au milieu des années 2010…

Alexandre Michelin : Pour faire de la formation, pour faire..?

David Nahon : On y vient. Et je vais zapper la prospective, mais en gros, demain, on va voir le cloud, les marketplaces, et en fait des déploiements qui vont être vraiment pour tout le monde, quoi.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

Qu’est-ce que l’immersion virtuelle ?

[kif_post_tags]

David Nahon : Nous, depuis longtemps, on a une définition assez précise, à la fois dans le monde académique et puis chez les professionnels qui pratiquent ces technos depuis de nombreuses années. 

Et en gros, s’il fallait définir ce qu’est l’immersion… alors nous, on l’appelle “l’immersive virtuality”, IV, mais peu importe comment on l’appelle, ça serait…

Alexandre Michelin : L’immersion virtuelle, en français.

David Nahon : Voilà. Et, si possible, on reste “IV”.

Cette boucle action-perception, cette boucle sensori-motrice, c’est quelque chose de clé.

C’est-à-dire que quand je suis, par exemple, avec un casque, ou dans un CAVE ou dans n’importe quel système, quand je bouge la tête, je fais une action, l’expérience comprend, et sait que j’ai bougé la tête. L’expérience réagit, et je vais percevoir, en fait, une nouvelle image qui est décalée, qui est le résultat de mon action.

Et donc ça, c’est une boucle fermée.

Et c’est quand même très particulier. C’est une boucle fermée. Si elle est très rapide, quelques dizaines de millisecondes, 20… il va se passer un truc très particulier dans le cerveau. 

Et ce qui se passe de particulier dans le cerveau, c’est que la partie profonde, le cerveau limbique, le cerveau reptilien, toutes les zones dans notre cerveau qui sont en charge de la partie sensori-motrice, justement, sont activées. 

Mais ce n’est pas uniquement la partie sensori-motrice. C’est aussi toute la partie émotionnelle, toute la partie limbique, donc le siège des émotions, et aussi le siège de la mémorisation, par exemple. Ou le siège de décisions qui sont extrêmement rapides.

Roland Jouvent, que je cite souvent ici parce que dans son bouquin “Le cerveau magicien”, que je vous recommande vraiment, lui il prend cette métaphore du cheval et du cavalier qui me paraît très appropriée, pour dire qu’en fait notre cerveau profond c’est un cheval, qui réagit, qui agit sans se poser trop de questions, qui est très animal, justement.

Et le cavalier, c’est notre néocortex, c’est notre capacité à réfléchir, à raisonner, à structurer, à rationaliser, etc., vient donner des instructions, mais il ne contrôle pas complètement le cheval. 

Alexandre Michelin : Donc ce que tu dis, c’est que la force de la réalité virtuelle et de beaucoup de dispositifs immersifs, c’est donc de parler au cerveau profond, au cerveau qui réagit, avant celui qui est… et donc ça donne aussi une idée de la puissance de ces outils, puisque finalement on s’adresse à nos tripes, un peu, à nos réactions instinctives autant qu’à notre perception rationnelle.

David Nahon : En tout cas, avant notre rationnel. Il y a des choses qu’on sait faire faire au cheval qui échappent au cavalier.

Alexandre Michelin : Par exemple hier on a entendu HypnoVR, qui utilise la technologie de la VR pour faire de l’hypnose. C’est parce que la perception venue du casque, en l’occurrence, va directement endormir celui qui écoute.

David Nahon : Alors, c’est pas vraiment endormir, je pense. C’est plutôt un état de conscience modifié. Mais cet état de conscience modifié, d’une certaine manière il éteint le néocortex, la raison qui va dire : “oui, je suis en train d’être opéré, donc on est en train de me charcuter donc ça va me faire mal…”

En fait, il se laisse embarquer, et le cheval vole.

Alexandre Michelin : Donc cette vérité-là, qui est importante pour toi, elle est clé dans ce qui se passe dans l’industrie ?

Parce que c’est une des raisons pour lesquelles c’est un formidable outil de formation.

David Nahon : Exactement. Et de marketing, je vais y revenir.

Mais donc en gros, grâce à cette boucle fermée et le fait qu’on est en mesure de stimuler la partie profonde du cerveau, on crée une surface de contact entre l’utilisateur et le virtuel qui est bien plus grande que ce qu’on aurait avec un, on va dire, un dispositif non-immersif.

Et en fait, pourquoi on fait tout ça ? Un petit peu de contribution théorique, mais je vous laisse regarder, pas trop… c’est qu’on crée de la présence, en fait.

Ce qui est très important quand on fait la VR, en particulier, ou de l’AR avec ce qu’il faut…

Alexandre Michelin : La réalité virtuelle donc, avec les casques, ou de la réalité augmentée.

David Nahon : C’est qu’on crée de la présence, et la présence c’est quelque chose, justement, qui est étudié par les scientifiques depuis des années, et ce n’est pas anodin. Il se passe vraiment des choses. 

Mel Slater, googlelisez-le, c’est le grand fan de ce sujet-là.

Alexandre Michelin : Ce que j’ai trouvé, de toute façon dans toutes nos discussions non seulement préparatrices, mais aussi avec l’AFXR, c’est qu’on comprend, à t’écouter, qu’il y a eu des dizaines d’années de recherche, qu’il y a des laboratoires, qu’il y a des scientifiques, qu’il y a beaucoup de gens qui sont en train de chercher et de réaliser tout ce qui se passe, et c’est ce qu’on partage aujourd’hui pour donner le décor et le cadre. 

Alors justement, là on voit…

David Nahon : Il y a un petit peu de wording, mais en fait la réalité mixte, ce n’est pas un truc que Microsoft a inventé il y a quelques années en sortant l’HoloLens, en revanche, ils surfent sur la confusion de façon très habile. 

Mais en gros, c’est tout un continuum qui a été théorisé en 94. Et donc aujourd’hui on parle beaucoup de XR pour “whatever R”, que ce soit AR, VR, NR.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

Présentation de l’AFXR, une association qui fédère les acteurs des technologies immersives

[kif_post_tags]

David Nahon : L’AFXR, c’est une association, c’est LA grande association française qui fédère les utilisateurs, les acteurs des technologies immersives et de leurs usages, qui regroupe une dizaine de collèges, qui est vraiment représentative de toute la profession…

Alexandre Micheli : Et tu la dirige, co-dirige ?

David Nahon : Je l’ai co-créée. En fait, c’est la fusion entre l’AFRV, qui est une ancienne association qui est plutôt scientifique et industrie, et Uni-XR, qui était plutôt nouveaux médias, 360, storytelling, et plus le monde ici de l’industrie créative et culturelle.

Donc tout ce petit monde, on a fusionné, et j’en suis un des animateurs importants.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

En quoi l’imaginaire sert-il l’industrie ?

[kif_post_tags]

David Nahon : Moi je viens, en fait, du monde de la création, même très artistique. J’ai bossé huit ans auprès de Maurice Benayoun, entre autres, à faire des installations interactives pour des musées, des parcs à thème et des lieux où le public pouvait justement interagir avec du digital déjà immersif entre les années 95 et 2002.

Alexandre Michelin : Donc c’est l’illustration de ce dont parlait hier le directeur de la stratégie de Dassault Systèmes : c’est de l’imaginaire que vient l’industrie ?

David Nahon : En tout cas, il vaut mieux commencer dans le monde de l’imaginaire pour, après, comprendre et maîtriser ces choses-là dans l’industrie. Je pense que c’est plus facile que dans l’autre sens, parce qu’on a l’esprit peut-être un petit peu plus ouvert.

Mais de manière plus globale, oui, ce que disait Sébastien Massart hier est clair. 

En fait, les mondes aujourd’hui de la création digitale ou de la création d’objets qui finissent dans le monde réel, donc que font Dassault Systèmes, sont en train de se rencontrer de manière très très forte, parce qu’on ne peut pas concevoir une ville, un immeuble sans réfléchir à comment on y vit, comment on se projette, justement, dans cet espace-là, et ce qu’on y fait. 

Et donc la matière première, c’est bien l’imaginaire. 

Et Dassault Systèmes travaille depuis longtemps avec des philosophes et des personnes qui nous accompagnent, justement, dans cette réflexion, qui n’est pas technologue comme peuvent l’être celles des grands acteurs américains, mais vraiment sur comment on vit, et l’expérience du vécu.

Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)

Intervenant : David Nahon (Immersive Experience Director Dassault Systèmes)

Martial Spirit : un métaverse autour des sports de combat

[kif_post_tags]

Stéphane Juffé : Martial Spirit a été lancé par Rudy Jonstomp, qui est quelqu’un qui connaît bien le milieu des sports de combat et des arts martiaux. Il a eu une idée, c’est de créer un métaverse autour des sports de combat.

On a trouvé ça génial, et avec Steve Moradel mon associé on s’est dit : “super, on veut rentrer dans la partie.” Et du coup on l’a accompagné dans les outils de développement et tout. 

C’est un projet qui part des Etats-Unis, parce qu’il y a un réseau étendu là-bas. Et puis, tout ce qui est NMA, kung fu… ça marche très très bien là-bas. 

Je vous laisse découvrir à quoi ça ressemble, parce qu’en fait c’est sur trois types de modes différents. C’est-à-dire qu’il y a de la réalité augmentée, il y a de la télé augmentée, avec un téléphone, et il y a aussi de la réalité virtuelle, et on est en train de mixer tout ça. 

Il y aura du NFT, évidemment. On mélange un peu tout, mais selon le prisme des sports de combat. Je vous laisse découvrir le trailer, j’espère que ça va vous plaire.

Alexandre Michelin : “Please help us”, ça veut dire qu’il y a une communauté derrière ?

Stéphane Juffé : Alors il y a un lancement de communauté via du Kickstarter classique sur des réseaux américains. Et il y a aussi un tour de table, qui est en train de se finaliser, d’investissements pour lancer ce projet qui est très très ambitieux.

Alexandre Michelin : C’est une nouvelle ligue, en fait, virtuelle ?

Stéphane Juffé : Ça peut devenir une ligue, on ne va pas prétendre ça. En tout cas, ça va devenir un jeu autour de l’avatarisation. On va pouvoir entraîner son personnage, lui donner… si on apprend physiquement les vrais coups de vrais champions, notre personnage saura les faire dans le jeu. Donc physiquement…

Alexandre Michelin : C’est l’histoire du mouvement…

Stéphane Juffé : Exactement. Par exemple, pour du kung fu on va apprendre, que ce soit avec sa télé connectée, avec les caméras de téléphone qui détectent les mouvements, ou en VR, on va pouvoir apprendre le bon mouvement de kung fu. 

Et du coup ce sera validé, et notre personnage pourra l’utiliser dans un combat à la Street Fighter. Et on va pouvoir challenger les gens. On va pouvoir intégrer de la NFT si on veut la paire de gants fabriqués par je ne sais pas qui…

Alexandre Michelin : Par Marvin Hagler, qui est champion de kung fu.

Stéphane Juffé : Tout est ouvert, on ne sait pas à quoi ça va ressembler à la fin, mais en tout cas c’est un projet tellement passionnant, avec un sujet qui nous tient à cœur. Il y a un côté “manger, bouger”. L’esprit aussi des arts martiaux, qui est quelque chose qui reste quand même autour de la sagesse, c’est pas que du combat pur et dur. 

Enfin voilà, c’est un projet qu’on trouve passionnant et qui rejoint un peu tout ce qui a été expliqué cette semaine sur le futur des plateformes immersives, métaverse, cyberspace, ce qu’on veut. 

On mélange tout ce qu’on connaît et on essaie de proposer à un maximum d’utilisateurs une expérience cross-plateformes, multiplayer à foison, customisable à volonté, sur un sujet qui est une passion.

Présentateur : Alexandre Michelin

Intervenants : 

– Clara Schmelck (philosophe, journaliste, prof à Sciences Po Strasbourg)

– Stéphane Juffé (Co-fondateur de Bemersive)

– Eric Garandeau (Directeur politiques publiques de Tik Tok France)

Grand E-Nov+ : comment limiter l’échec des projets accompagnés ?

[kif_post_tags]

Marc Bourhis : On les accompagne, en tout cas en essayant, justement, d’éviter l’échec, de les accompagner sur la structuration de leur projet, y compris dans la dimension, des fois, commercialisation. 

Et ça, pour le coup, il y a un travail de la région qui est fait également dans le cadre des dispositifs FEDER pour accompagner les acteurs sur les marchés internationaux, pour être sûrs qu’ils trouvent les bons partenaires et puissent vendre leur contenu, leurs créations auprès des diffuseurs, auprès des institutions muséales. 

Alors ça, il y a des marchés, pour l’instant on n’y est pas extrêmement présents, mais je dirais qu’on est au début d’une démarche sur la partie création numérique, mais en tout cas on essaye, effectivement, de limiter l’échec.

On a notamment mis en place, de ce point de vue-là, avec les incubateurs de la région, un dispositif plus spécifiquement sur les ICC qui s’appelle le starter pack ICC, qui permet pendant six mois de tester la viabilité d’un projet dans l’optique d’une nouvelle société qui se crée.

C’est géré par les incubateurs du territoire – donc, il y en a un certain nombre. C’est MIA qui avait été cité, je crois tout à l’heure, dans lequel s’inscrit Silvère Besse de Virtual Journey.

Sur tout l’ensemble du territoire on a sourcé un certain nombre de projets, et on les a aidés pendant six mois à dire : “voilà, est-ce que vous pouvez passer la barre d’avoir un développement viable ?”, et si ce n’est pas le cas, à ce moment-là l’entrepreneur prend sa décision… 

Frédéric Josué : C’est à dire que vous avez une offre globale d’accompagnement qui va du marketing, business model, distribution, sur les aspects créatifs aussi, parce que j’entends qu’il y a des résidences d’écriture, donc vous êtes bien chaperonnés, vous avez bien de la chance d’être dans cette région Grand Est, si je comprends bien.

Présentateur : Frédéric Josué (Président de 18M.io)

Intervenant : Marc Bourhis (Directeur des projets Filière Images Grand E-Nov)

Langues »