Valérie Senghor : Le Centre des Monuments Nationaux, c’est un réseau de 100 monuments.
C’est une vieille dame, le Centre des Monuments Nationaux, puisque son ancêtre était la Caisse Historique des Monuments, et voilà, c’est un établissement qui a beaucoup évolué dans ses missions en 100 ans.
Il est rattaché au Ministère de la Culture, et ses grandes missions, c’est vraiment de conserver, entretenir ce riche patrimoine exceptionnel qui lui est confié par l’État et de le faire connaître au plus grand nombre par l’ouverture à la visite et plein d’événements qu’on organise chaque année.
Alexandre Michelin : Il y a quand même le Mont-Saint-Michel, l’Arc de triomphe… pour donner une idée.
Valérie Senghor : Oui, tout à fait. Le Mont-Saint-Michel, des grands monuments de l’histoire républicaine comme le Panthéon, l’Arc de triomphe, des monuments inscrits au patrimoine universel Unesco comme les remparts de Carcassonne, le Mont-Saint-Michel… du patrimoine du XXᵉ siècle aussi, avec des grandes maisons d’architecte, la villa Savoye de Le Corbusier – on en reparlera, puisqu’on a un projet immersif qui concerne la villa.
Donc c’est un réseau, effectivement, tout à fait exceptionnel par sa diversité historique, scientifique et la qualité de ses sites.
Présentateurs :
– Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
– Clara-Doïna Schmelck (philosophe, journaliste, chargée de cours Sciences Po Strasbourg)
Intervenante : Valérie Senghor (Directrice générale adjointe du Centre des Monuments Nationaux)
Gilles Noeppel : Vous l’avez peut-être déjà vu avant, c’est le Christ de Wissembourg, avec la personne qui s’occupe de la formation sur les vitraux du Cerfav – on va reparler de ce projet-là.
Et pour pouvoir présenter ça un peu plus en concret, le voici, justement, en réalité virtuelle.
Alexandre Michelin : Est-ce que, pour ceux qui ne sont pas de la région Grand Est, tu peux expliquer ce que représente le Christ de Wissembourg ?
Gilles Noeppel : Alors, le Christ de Wissembourg c’est, il me semble, le plus vieux vitrail qui est encore conservé. Donc il est de l’ordre… alors la date c’est 400 ans, si je ne me trompe pas.
Alexandre Michelin : Donc on ne peut pas le manipuler, on ne peut plus y toucher ?
Gilles Noeppel : Alors si, on peut le manipuler, vous l’avez vu sur la photo d’avant, on peut le manipuler.
Par contre, en réalité virtuelle, ce qu’on peut faire, c’est le recréer étape après étape.
Et là, pour le Cerfav, comme David l’avait rapidement présenté, et bien nous on a créé – alors ce que vous voyez, c’est un peu la version prototypage, la première version, comme je l’ai dit avant -, en fait un espèce de manuel d’opération pour pouvoir recréer ce le Christ de Wissembourg tel qu’il a été fait à l’époque.
Alexandre Michelin : D’accord. Donc le savoir-faire de l’époque ?
Gilles Noeppel : Exactement, on retrouve ce savoir-faire.
Alors vous avez vu sur l’image d’avant le fait de tracer un peu ces différents morceaux. Après, normalement, il y a le fait de découper, de recréer, d’exploiter, de tailler le verre pour obtenir la bonne forme.
Et du coup l’image suivante présente directement le geste en lui-même.
Et là dessus, on s’est basés sur des captations 4D qu’on a pu intégrer à l’intérieur de notre moteur de réalité virtuelle, et sur lequel on a permis à l’utilisateur de pouvoir positionner ses mains.
Alors c’est encore une première version, c’est une version assez vieille, celle-ci, par rapport aux technologies que David a présentées auparavant, qui sont quand même des captages de mains et de doigts très fins.
Mais ça nous permettait, déjà, d’avoir un premier élément gamifié à l’intérieur du jeu, sur lequel on allait recréer vraiment à la fois le vitrail, et en même temps les gestes qui permettent de créer le vitrail.
Alexandre Michelin : Donc ensuite ça sert à la formation ?
Gilles Noeppel : Là, on est dans un contexte de formation, et comme je vous l’ai présenté, ça, c’est la V1.
Je n’ai pas les photos de la V2, mais néanmoins elle est beaucoup plus gamifiée dans la V2 du jeu. On se base sur des éléments similaires, on va recréer ce vitrail.
Par contre, là, on va avoir un contexte qui est vraiment du côté de l’environnement complètement fictionnel. Alors ce que j’appelle fictionnel, c’est quelque chose qui n’est pas en lien cde base avec le contenu pédagogique, ce qu’on a distillé à travers l’application de serious game.
Et là, on va être dans un contenu fictionnel qui est presque de l’ordre des jeux vidéo type Assassin’s Creed.
Vous allez incarner quelqu’un qui va remonter, si on peut dire, en partie dans le temps et qui va devoir recréer tout ça.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Gilles Noeppel (Co-fondateur de ALMEDIA)
Gilles Noeppel : Ce qui caractérise vraiment ALMEDIA, c’est le serious game, c’est quelque chose qui a déjà été un peu cité auparavant. Le mélange du pédagogique, de ce qu’on appelle des “learning games” avec le jeu.
Et c’est vraiment quelque chose qu’on peut appeler de la gamification aussi, ou de la ludification.
Et je voulais peut-être présenter aujourd’hui deux exemples sur lesquels on a vraiment travaillé dans le domaine de la réalité virtuelle et sur lesquels on a ajouté cette fameuse gamification, ce côté jeu vidéo, qui arrive de plus en plus.
Alexandre Michelin : Je trouvais que c’était intéressant, après avoir vu ce que l’industrie fait, d’avoir vu qu’il y a des passerelles, de voir justement que le jeu, finalement, qui est d’abord la première industrie culturelle – tout le monde l’oublie – est en train de permettre, aussi, l’éducation.
On aura une séance sur l’éducation demain, mais c’est ce panorama qui est passionnant.
Donc, qu’est ce qu’on apprend grâce à ALMEDIA ?
Gilles Noeppel : Alors, par rapport à ALMEDIA, en global, vraiment ce qui nous caractérise, c’est le jeu, et on peut apprendre plein de choses différentes. On l’applique, en fait, de plein de manières différentes.
On a vu pas mal de technologies déjà ce matin, de la réalité virtuelle, de la réalité augmentée aussi.
Nous, on utilise aussi d’autres technologies qui sont peut-être de la réalité tout court, puisque par exemple, on utilise des choses comme des jeux de plateau, des jeux de cartes, des choses comme ça pour pouvoir aussi faire apprendre.
Donc c’est vraiment très, très varié. On utilise aussi des choses qui relèvent vraiment du jeux vidéo, comme de la scénarisation interactive, pour créer dans le domaine de la formation des e-learning scénarisés.
L’idée, c’est vraiment pas que de prendre justement cet aspect immersif, mais vraiment en global, si on peut dire…
Alexandre Michelin : Oui, c’est un des éléments de l’histoire.
Gilles Noeppel : Voilà, vraiment de créer ça.
Alexandre Michelin : Concrètement là, qu’est ce qu’on voit ?
Gilles Noeppel : Alors là, ce qu’on voit sur cette photo, c’est une ce qu’on appelle une “portable power solution”. Alors c’est pas très portable, je le conçois.
C’est pour un client dont vous devinerez peut-être le nom.
Et cette portable solution permet de déployer de l’énergie sur de longues distances dans le désert, et ce client souhaitait là le présenter de manière interactive.
Alexandre Michelin : Donc on est bien avec un industriel qui a envie d’utiliser ces technologies pour faire avancer la formation interne ?
Gilles Noeppel : Tout à fait. Même dans un premier temps, si on peut dire, de présenter.
C’est vraiment juste de présenter ce nouveau type d’installation et de permettre à l’utilisateur, en réalité virtuelle, de se déplacer à l’intérieur.
Donc là, en l’occurrence, ce que vous pouvez voir sur l’image, c’est le point de vue plus “first person”, donc à la première personne, lorsqu’on a le casque.
Et ce qui est intéressant sur cette réalisation là c’est que, comme je l’ai dit juste avant, on avait une application qui servait avant tout à de la présentation.
Donc ça c’était le niveau 1, si on peut dire.
Et peu à peu, lorsqu’on a livré cette première application, par la suite, le client s’est rendu compte du potentiel un peu de gamification, et même aussi du potentiel de formation.
Donc, le fait qu’il n’y ait pas que… si on peut dire, qu’on ne puisse pas qu’utiliser cette application de réalité virtuelle que pour de la présentation sur salon commercial.
On pouvait aussi, par exemple, développer peut-être des choses qui étaient plus de l’ordre de la gamification.
Alexandre Michelin : Ça ressemble un peu aux Sims, quoi ? Non, je caricature ?
Gilles Noeppel : Oui, si on peut dire. C’était justement la version 3, du coup.
Donc ça, c’est intéressant. Parce que la deuxième version… donc la première version, présentation pure.
La deuxième version était vraiment plutôt basée avec des petits éléments de gamification, comme par exemple une maquette qu’on peut manipuler, le fait aussi qu’on puisse prendre la montgolfière qu’on a vue auparavant et se déplacer à l’intérieur.
La version 3 a commencé à inclure tout cet aspect, avec des personnages comme ça, qu’on pouvait mettre à certains endroits et voir la bonne pose, si on peut dire, du personnage. Comment utiliser tel ou tel camion, tel ou tel élément de la “portable power solution”.
Et donc on a vraiment eu 4 versions différentes qui, à chaque fois, utilisaient la gamification pour présenter, pour pouvoir étendre un peu le spectre, l’objectif de cette application, passer de la simple présentation à la formation…
Alexandre Michelin : Là, ce sont des créateurs qui travaillent avec toi ? Vous faites les scénarios ? Est-ce que ce sont des gens qui viennent du jeu ?
Parce que dans le cas du Cerfav, il y a ces jeunes qui sont formés.
Donc là aussi, c’est des gens qui viennent du jeu vidéo qui travaillent ?
Gilles Noeppel : Exactement, c’est beaucoup des développeurs et aussi des game designers, donc des concepteurs de mécanismes de jeu.
Moi-même, il y a une bonne dizaine d’années, j’avais fait des études dans ce domaine-là. Et l’idée, comme dit, c’est d’exploiter ces mécanismes, et c’est une veille constante.
Moi, effectivement, j’ai déjà un peu une dizaine d’années, si on peut dire, de retard par rapport aux nouveaux, maintenant.
Mais c’est une veille constante, puisque les jeux évoluent constamment, il y a des nouvelles technologies, des nouvelles choses, même simplement en dehors de la technologie, des nouvelles manières de jouer qui apparaissent et sur lesquelles on peut se baser pour pouvoir faire des actions de formation et de présentation.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Gilles Noeppel (Co-fondateur de ALMEDIA)
Frédéric Colomina : La VR, si on regarde bien l’aspect purement technique du casque, ça va évoluer, on le sait. La texturisation de représentations existantes, c’est de la technique, partout sur la planète on saura le faire.
Par contre, ramener du cognitif, savoir quel est le message que je veux que la personne garde après l’expérience, c’est ça où il y a réellement de la valeur.
Et nous, on voit ça comme, je dirais… quand même le savoir-faire de notre société, c’est d’abord de savoir créer un confort dans l’expérience.
Déjà ne pas être malade, et ça c’est rare – il faut quand même le reconnaître -, et puis après, travailler cette notion d’engagement. La personne, elle nous confie son cerveau et pendant 20 minutes…
Alexandre Michelin : Nous confie son cerveau, et ce que disait tout à l’heure David, nous confie, en fait, les parts limbiques, les parts instinctives.
Frédéric Colomina : Exactement, ce qu’on appelle l’engagement.
Et après, on va rentrer dans, je dirais, l’avenir de ça, qui sera certainement de travailler sur l’engagement et les émotions.
Et le nombre de captations… alors aujourd’hui, on a des projets avec le CNRS dans le sud de la France sur le fait de collecter… alors regarder un casque, un casque c’est un capteur, comme l’est un smartphone.
Donc il y a des applis à l’intérieur, mais il va y avoir une captation possible, il y a déjà des casques qui le permettent, où on sait collecter, d’abord traquer vos yeux, comprendre votre état de fatigue, de stress.
On sait aussi maintenant collecter des informations comme votre pouls, comme votre tension et donc finalement un pilote – je prends l’exemple de Dassault -, il aura bien acquis, il saura faire sa formation si dans des cas de simulation un peu extrêmes on voit que le cœur reste stable et qu’on voit qu’il maîtrise ses émotions.
Idem pour un étudiant du Cerfav, lorsqu’il fait un geste. Pouvoir faire l’examen et faire le geste parfait, c’est génial, mais dans quel état il l’a fait ? Est-ce qu’il y a de la chance, ou…?
Donc voilà des éléments qu’on va pouvoir ramener dans ce domaine.
Et on voit, pour terminer, on voit sur une vision quand même, dans le domaine de la culture, puisqu’on traite des émotions, mais on va pouvoir, demain, travailler sur un peu de la dictature des émotions.
Alexandre Michelin : Ah, c’est danger.
Frédéric Colomina : Le danger, c’est très simple. On est en train, aujourd’hui, de travailler avec le Racing Club de Strasbourg sur le fait de pouvoir relayer une caméra qui est positionnée sur un siège, envoyer l’image en dehors du stade. Temps réel, aucun travail sur l’image, il n’y a que du temps réel.
Mais ce qui est intéressant, ce qu’on amène au stade, c’est de dire : “voilà, pendant tel ou tel moment, la satisfaction du client était au maximum.”
Et donc, visiblement, quand vous faites la somme – on va partir sur 30 casques -, quand on fera la somme de ces 30 niveaux de satisfaction, il y a de très fortes chances que dans cinq ou dix ans, le coach, il a une tablette en disant : “je vais devoir faire entrer tel ou tel joueur.”
Alexandre Michelin : C’est un scénario qui fait un peu peur mais qui est possible.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Frédéric Colomina : Alors ça c’est le résultat d’une étude – et c’est un travail très particulier -, une étude qui a été financée par l’Institut Mica, qui a été pilotée par O3, sur lequel nous sommes capables – ça, c’est la bonne nouvelle – maintenant d’acquérir des gestes fins jusqu’à la dernière phalange, et donc de les digitaliser, de les mettre au capital des ateliers.
Après, on peut travailler ensemble, mais…
Alexandre Michelin : Attends. Ça veut dire que ce que tu as enregistré, c’est digitalisé, le geste ?
Frédéric Colomina : Exactement.
Alexandre Michelin : Et au capital des ateliers, c’est-à-dire ?
Frédéric Colomina : C’est-à-dire qu’on acquiert les gestes, et on sait après restituer un jumeau numérique du geste, ce qui est déjà une très bonne première étape.
Alexandre Michelin : Donc quelqu’un qui reprend ce geste peut apprendre, à partir de là ?
Frédéric Colomina : Exactement. On voit la problématique du patron d’un atelier qui voit sa personne partir à la retraite et qui se dit : “zut, j’ai 30 ans de savoir-faire qui viennent de disparaître.”
Faisons simplement déjà l’acquisition des gestes, et là, nous, on mixe quatre différentes technos.
Alexandre Michelin : Ça donne le vertige, en fait. Ça veut dire qu’on pourra garder les gestes de la personne, les transmettre.
Frédéric Colomina : Oui, mais on voit maintenant… je pense qu’on va voir apparaître, assez prochainement, une SACEM du geste. Parce que c’est quand même la valeur.
Alexandre Michelin : On pourrait faire la même chose pour un pianiste ou..?
Frédéric Colomina : Exactement. Là, aujourd’hui, on a des problématiques de sport. Le basket, le panier à deux points, le panier à trois points, en réalité virtuelle c’est pas simple.
Et donc ça, maintenant, on sait maintenant le capitaliser en vue, à terme, de faire de la formation et d’inviter les Millennials à devenir des tailleurs de diamants ou des couturiers en haute couture…
Donc voilà un peu le champ des possibles.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Frédéric Colomina : Alors le showroom, ça, c’est vraiment l’avenir, parce que maintenant… On a tous vu, en industrie, des showrooms, dans lesquels on invitait des clients, les clients ne viennent plus, donc on doit se déplacer avec le showroom, le remettre à jour.
Et c’est là où on rentre, maintenant, dans des approches de VR shop, que nous permettent maintenant la 5G, qui sera le magasin qui se construit pour la personne qui rentre dans le casque, à l’endroit où elle se trouve.
Et donc ça c’est extraordinaire, parce qu’on arrive à mélanger à la fois de l’immersif d’images, autant qu’on sait rajouter, maintenant, du temps réel.
Alexandre Michelin : C’est donc comme dans le jeu vidéo ? C’est comme si j’étais un joueur, et j’arrive dans un lieu qui se crée autour de moi ?
Frédéric Colomina : Le casque nous aide à te reconnaître, va puiser dans le CRM des habitudes, et on ne va te présenter que ce qui te concerne.
On va certainement, aussi, regarder ton passé d’achat pour te dire : “attention, dans tel ou tel domaine, là, tu dois être à court de quelque chose”, et donc on va te proposer – c’est une grille Excel ou une recommandation à la Amazon, on va les citer, où suffit d’appuyer et ça part -, mais par ce qu’on connaît, “voilà nos recommandations, voilà ce qu’achètent les autres, et voilà les propositions”, autant que “voilà un moteur de recherche” qui me permet d’avancer.
Alexandre Michelin : Est-ce qu’on n’est pas là, dans ces exemples, en train de toucher ce qui excite tant Zuckerberg ?
C’est-à-dire qu’en fait Facebook est déjà là, avec toutes ses datas, il a absolument envie, et on sent que les autres aussi, de pouvoir nous les mettre dans l’espace, en fait, spatial computing, quoi.
Frédéric Colomina : Alexandre, tu mets le doigt exactement sur la problématique actuelle : on voit des monstres arriver avec des plateformes et des moyens inouïs. C’est là où il est important que nous travaillions ensemble.
Je vois par exemple tout l’effort qu’on fait en Alsace, et là je félicite les startuppers, et pour notre capacité à travailler ensemble – on se connaît tous -, on a déjà des projets ensemble.
Récemment je faisais le point avec Holo 3, c’est à peu près 1 200 000€ d’appels d’offres qui ont été gagnés entre startuppers de la région, et sur Paris en plus, alors là, c’est quand même…
Alexandre Michelin : Donc c’est un travail collaboratif. En fait, pour résister, pour se réinventer, il faut travailler ensemble ?
Frédéric Colomina : C’est une obligation, parce que les gros centres sont en train d’arriver et je crois qu’il sera intéressant de…
Très important, tu nous invites à parler dans un contexte de culture, et il est très important de comprendre que c’est notre culture qui va nous sauver.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Frédéric Colomina : Ça, c’était tout ce qui sortait dans “L’usine Digitale” en trois semaines, et qui montre à quel point la réalité virtuelle, ça faisait partie, maintenant, des mœurs, et depuis longtemps.
L’image forte, c’est Facebook. Facebook, c’est maintenant, depuis un an et demi, plus de 20% de la population dite des employés qui ne font que de la VR, et on a encore rien vu sortir. Donc on va être en face d’un tsunami, là, quand même, et quand les applications vont apparaître, ce sera intéressant de voir ce qui va en sortir.
Le point important, on a parlé d’évolution. Ce que je note aujourd’hui, c’est quand même assez non-structuré, dans le sens qu’il n’y a pas de norme, le législatif, il est encore un peu absent, ce qui nous donne, nous, en tant que centre de recherche des obligations.
Et on a entendu le mot éthique, aujourd’hui, c’est vrai qu’on est obligés de s’imposer une éthique dans cette révolution.
Et je dirais que c’est vraiment, pour le coup, un défi, notamment pour les industries, de faire le saut.
Et j’aime bien repositionner ce défi par rapport aux gros défis du moment : notre planète, la santé, et donc, quelque part, à chaque fois qu’on fait un pas, c’est important peut-être de ne pas oublier ça, et d’aller vers les vrais sujets du moment.
Alors ce slide, très rapidement. Pour nous, la révolution est arrivée il y a quelques temps.
L’arrivée des casques autonomes qui, pour un coût de 350€, vous permettent de faire de la réalité virtuelle dans des termes de qualité assez intéressants, de la réalité virtuelle professionnelle.
On voit apparaître maintenant la 5G, le Web VR, qui vont permettre de diffuser, pour le coup, cette…
Alexandre Michelin : En fait c’est un internet immersif qui est en train d’arriver ?
Frédéric Colomina : On est réellement, maintenant… on n’a plus besoin d’avoir un ordinateur avec une carte graphique.
Maintenant, vous avez un casque – je parle du Quest mais il y en a plein d’autres, autonomes -, vous le connectez à votre wifi, vous pourrez consommer du contenu…
Alexandre Michelin : Ce qui veut dire que ce sera grand public ou ce sera professionnel, selon le contexte.
FrédéricColomina : Ça l’est déjà, très grand public aujourd’hui, grâce au gaming, ça l’est demain… et ça l’est dès aujourd’hui dans le professionnel, avec des petites applications.
Lorsqu’on parle de VR, nous, on regarde à travers le fait d’avoir des processeurs 4.0, et donc ces process, pour nous, c’est d’abord l’agilité, le fait d’être ubiquiste. On n’est pas lié à un endroit, on peut consommer quand on le souhaite, à n’importe quel moment. On est plutôt plug and play, avec des jumeaux.
Et puis, on pourrait délayer le nombre d’applications, je vais regarder dans les faits. Alors nous, on regarde beaucoup le retour sur investissement et les usages.
Et donc les activités essentielles, aujourd’hui, ce serait plutôt cette notion de revue de projets, où on sait convertir 84 formats – Katya en fait partie, Dassault va être content – en monde immersif dans lequel on peut se promener, prendre des mesures, faire des photos, et donc partager cela avec ses collègues.
Alors, très intéressant, on rentre maintenant dans le remote VR, dans le sens qu’une personne, ici à Metz, derrière son ordinateur, peut faire vivre une expérience quelque part à Toulouse ou… et d’être, en temps réel audio et vidéo, avec cette personne.
Donc on sait maintenant diffuser à grande échelle. On va remercier l’accélérateur Covid pour cela.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Bernard Dubois : Tout à l’heure on parlait de continuum entre le virtuel… alors si on parle de l’industrie, on va parler de la conception.
On parlait de l’aspect créatif, donc on va parler de la conception, la création du produit, à sa réalisation, à son exploitation.
Donc on a parlé de continuum entre la réalité et…
Et donc la conception utilise l’outil non construit donc virtuel, totalement, et une fois que l’outil est construit, une fois que le produit, l’objet est construit, il est réel.
Et donc, là, on va parler de… tout le défi aujourd’hui, c’est d’assurer le continuum entre, effectivement, cette réalité virtuelle telle que je l’ai conçue, et pouvoir interagir avec mon réel.
Alexandre Michelin : C’est Matrix, quoi.
Bernard Dubois : Alors on parle de la réalité augmentée, ça c’est sûr, on parle… etc.
Donc toutes ces différentes réalités, en fait, n’ont qu’un seul objet, c’est de dire : “ok, on gagne du temps, parce que j’arrive à virtualiser, et je gagne énormément de bénéfices, mais une fois que l’outil est créé, il faut que je puisse quand même revenir, interagir entre mon outil et ce que j’ai conçu, les composants de mon outil, si j’ai une machine, je veux voir comment est organisée la machine à l’intérieur, je veux la radioscoper, etc.
Et là on va parler de réalité augmentée, on va parler de collaboration également, on va parler de jumeau numérique.
Donc tout ça, toutes ces techniques de l’immersion, effectivement, convergent vers différentes technologies qui, elles, vont aboutir vers le fait qu’on va pouvoir, en fait, avoir une réalité immersive continue entre la conception du produit et sa fin de vie.
Puisque derrière, on va imaginer la fin de vie, on va concevoir la fin de vie du produit, c’est-à-dire que, par exemple, si on prend Naval Group, ils conçoivent aujourd’hui un bateau, mais en se disant comment ce bateau-là, je vais le démonter demain.
Quand on conçoit une voiture, comment je vais, effectivement, gérer, recycler la vie. Et là, c’est le continuum.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)
Bernard Dubois : Aujourd’hui, comment rendre immersif ?
C’est la réponse à laquelle nous, SBS, on s’adresse, c’est : “comment rendre virtuel le monde réel ?”
Alors, ce qui est assez comique, c’est que derrière on nous a demandé : “ah oui, mais on voudrait la même chose dans le monde virtuel, parce que le monde réel, c’est bien, on peut naviguer dedans, mais par contre, je veux organiser – et c’était Orano qui nous avait posé la question également -, je veux évoluer dans le monde virtuel avec des choses que j’utilise dans le réel.”
Donc, du coup, on a créé ce showroom virtuel.
Bon, la crise sanitaire est passée par là, bien évidemment aussi, avec tous ces besoins de travail à distance, de partage à distance, etc.
Et donc certains de nos clients, dont Orano le premier, et puis cette société, ECA Group, nous a dit : “ok, voilà, comment partager, comment créer un environnement virtuel à partir d’éléments réels, et donc comment faire une exposition virtuelle à partir d’éléments réels, de documentation réelle, etc.”
Donc on a utilisé cet outil-là, notre outil VIS-On, pour créer cet environnement dans lequel on va pouvoir évoluer.
Alors on le fait aujourd’hui au niveau industriel, mais le dernier petit exemple c’est l’école centrale de Nantes, qui l’utilise aussi.
Outre la visite virtuelle de son école, développée sur l’outil, on va pouvoir utiliser à l’occasion d’une exposition à l’occasion d’une réunion, d’un séminaire, etc, on va pouvoir créer cet environnement virtuel.
Alexandre Michelin : Ce qui est formidable dans tout ce que vous avez fait… quel âge a la société ?
Bernard Dubois : Alors la société elle va avoir… créée en 2008, donc elle a 13 ans.
Alexandre Michelin : Donc on voit bien l’évolution dont parlait tout à l’heure David, c’est-à-dire qu’on est passés de quelques expériences visuelles à “finalement on veut représenter en 360”, et puis maintenant on veut représenter le réel en virtuel, c’est des choses qui ont été bien identifiées.
Et on voit que c’est là pour durer. En fait ça ne fait qu’augmenter, ça ne fait qu’être utilisé, parce que c’est efficace.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)
Bernard Dubois : Un des autres défis, on va le retrouver là sur…
Alexandre Michelin : Donc là c’est une centrale nucléaire ?
Bernard Dubois : Alors non, c’est l’usine de retraitement des déchets de La Hague, Orano.
Là c’est un des défis aussi de, je dirais, la virtualisation – de rendre virtuel le monde réel.
C’est que là… et c’est pareil pour un bateau. Si on prend le Charles de Gaulle, il y a 2000 salles – dans une frégate multimissions, il y a 700 salles.
Là, l’usine de La Hague, Orano l’a complètement virtualisée. Vous avez donc 300 000 mètres carrés au sol et 10 000 salles.
10 000 dans lesquelles je vais pouvoir intervenir et sur lesquels je vais pouvoir visualiser.
Ça, c’est très intéressant pour eux. Ça fait cinq ans qu’ils ont commencé à déployer cet outil-là, c’est qu’ils vont pouvoir préparer les interventions à distance en visualisant.
Dans la War Room de préparation, les gens répètent etc.
Alors on n’est pas dans le casque virtuel, parce qu’aujourd’hui c’est difficile, effectivement, d’interagir avec plusieurs casques.
Alexandre Michelin : Mais on voit que ça va dans une direction.
Bernard Dubois : On va dans une direction, mais pour l’instant, je dirais, le grand écran… dans la War Room il y a un grand écran, et les gens répètent, visitent, passent d’une salle à l’autre, etc.
Si on pouvait lancer la vidéo 30 secondes, ça permettrait de visiter un tout petit peu La Hague, parce que vous ne l’avez pas vue, bien évidemment.
Alexandre Michelin : Donc là on fait une visite à l’intérieur.
Bernard Dubois : Là je vais visiter.
Alexandre Michelin : C’est c’est le plan, tout ce qu’il y a de plus traditionnel.
Bernard Dubois : Ça, c’est l’outil qui permet de visiter du plan et d’aller dans une salle. Là, je suis allé dans une des piscines de La Hague. Vous n’avez jamais vu La Hague mais voilà, je vous ai montré aussi l’usine de La Hague.
Alors, on est dans le monde industriel, toutes ces informations-là doivent être sécurisées, parce qu’on n’est pas dans le grand public, on est vraiment dans le monde industriel, il y a les droits de propriété intellectuelle, il y a la concurrence qui espionne, etc.
Toutes ces images sont publiques, bien évidemment. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je vous ai montré tout à l’heure le Redoutable au lieu d’un sous-marin nucléaire actuel, parce que notre grand client Naval Group n’autorise pas, bien sûr, la communication de ces images.
Présentateur : Alexandre Michelin (Fondateur KIF Festival)
Intervenant : Bernard Dubois (CEO SBS Interactives)
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