Quelles difficultés rencontrent les musées pour distribuer des œuvres immersives ?

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Stéphane Millière : La clé, c’est quand même la distribution, évidemment.

On parle de demain, d’essayer de faire circuler ces expositions, ces expériences VR… Donc c’est vraiment la distribution. 

Et on voit bien qu’il y a différents modèles et différents acteurs surtout. Il y a une grosse différence entre ce qui est ludique et ce qui est muséographique, avec des contenus plus soutenus.

Dans le ludique, il y a beaucoup, beaucoup d’acteurs qui sont producteurs, distributeurs, qui viennent du spectacle, on l’a vu. 

Et, de fait, il n’y a pas forcément énormément de contenus dans ces expositions qui tournent, et il risque d’y avoir un effet de saturation peut-être, parce qu’on voit que sur 2022, il y a 41 villes américaines qui vont avoir une exposition immersive Van Gogh, qui sont fabriquées par cinq acteurs différents. Cinq acteurs producteurs, distributeurs, exploitants… 

Donc peut-être que là, du côté du privé, il va y avoir un moment où, sur des contenus qui sont libres de droits, pas forcément très compliqués à fabriquer, une saturation de marché dans des salles qui ne sont pas muséographiques puisqu’il n’y a pas de nécessité à avoir un gardiennage particulier, si ce n’est pour les projecteurs. 

Après, du côté de la muséographie et des contenus, on pourrait dire avec parfois des objets ou sans objets, mais des choses qui sont en lien avec des collections comme ce dont parlait le directeur du musée de Metz, ce n’est pas aussi facile que ça. 

D’abord parce que les lieux ne sont pas toujours adaptés, donc il n’y a pas toujours les espaces pour des expositions immersives, ou pas toujours les capacités financières pour adapter du matériel qui est coûteux, que ce soit un équipement VR ou un équipement de projecteur 4K. 

S’ils doivent être achetés par un musée, c’est compliqué, il y a parfois des réticences. Il y a encore un certain nombre de grands musées qui y vont très doucement, parce que les conservateurs ont un peu de mal avec… ce n’est pas vrai pour tout le monde, mais il y a encore un certain nombre de cas où ça existe. 

Et peut-être, justement, parce qu’il y a à côté des expériences qui ne sont pas du tout muséographiques et qui touchent à l’art, mais de manière un peu détournée, donc il y a une espèce de réaction de certains musées à dire : “non, moi je n’y vais pas parce qu’on ne veut pas être mélangé à ce type de mise en image”. 

Et puis on manque de distributeurs internationaux. Voilà, il y a des nouveaux acteurs qui se mettent en place… on travaille actuellement avec Manifesto, qui est un acteur français, qui travaille de la distribution classique, d’expositions, de tableaux, mais qui est en train de se mettre à l’immersif et avec qui on a deux projets, mais il n’y a pas beaucoup d’acteurs.

Et c’est vraiment comment aujourd’hui faire en sorte qu’il y ait une puissance dans la distribution, notamment d’acteurs français mais pas seulement, pour qu’il y ait une possibilité, justement, de faire circuler un peu plus ces créations, qu’elles soient VR ou qu’elles soient expositions immersives.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Stéphane Millière (Fondateur et CEO de GEDEON Media Group)

Quels rôles jouent les outils et la 5G dans la massification des technologies immersives ?

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Fabien Barati : Les casques dits autonomes, qui ne sont donc pas branchés à un ordinateur, commencent à vraiment être de très bonne facture et suffisamment puissants pour avoir des expériences vraiment intéressantes. 

Mais finalement, ça ne sera jamais aussi puissant qu’un ordinateur qui est dans le cloud, avec une énorme carte graphique, qui nous envoie en streaming, en 5G – puisqu’il n’y aura pas vraiment d’autre choix – jusqu’à notre casque, et qui donc permet, a priori, d’alléger énormément le casque et pourquoi pas donc l’avoir dans la poche, comme des lunettes.

Il va y avoir quand même des limitations avec la 5G, puisque c’est difficile dans un même lieu d’avoir des données pour plein de personnes en même temps, parce que ça demande des énormes débits. Mais en tout cas, c’est sûr que ça va être un vrai atout pour le développement de la réalité virtuelle. 

Et donc en effet, les telcos – bon, ça fait déjà plusieurs années qu’ils sont vraiment dessus -, dans le monde entier, les gros, ils développent des contenus, ils développent des technos, ils investissent dans les entreprises… 

Donc bien sûr, eux, ils veulent aussi… c’est un moment aussi pour eux de promouvoir la 5G et puis, finalement, les technologies à venir dans les télécoms.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Fabien Barati (Fondateur et CEO de Emissive)

Quelles sont les conditions de massification de l’immersif ?

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Guillaume Therien : Je pense qu’une des choses en immersif qui est intéressante, on le voit bien aujourd’hui, c’est que c’est multisectoriel. 

Et pour moi, quand on parle de l’économie de créateurs, l’immersif est un très bon exemple. 

On le voit maintenant, les technologies de l’immersion aller dans le manufacturier, dans le tourisme, dans l’hôtellerie… donc ça, je trouve ça super intéressant, parce que je pense que les créateurs, maintenant, ont leurs lettres de noblesse. 

Donc pour moi, c’est une tendance. Je pense que pour toute entreprise, la créativité est maintenant une arme secrète ou, je dirais, une ressource naturelle vraiment exploitée, très importante.

Dans les tendances, pour moi, c’est sûr que la 5G va être plus… je ne veux pas non plus être présomptueux mais, je pense, peut jouer un rôle important dans l’immersif et dans la mise à l’échelle. 

Parce que évidemment, l’immersif demande un traitement de données, demande une latence qui est la plus réduite possible.

Et si on veut avoir des expériences communes, il faut avoir une certaine densité qui améliore l’expérience. 

Donc pour moi, la 5G, on regarde ça d’un œil très très attentif, parce qu’elle peut jouer un rôle, à notre avis important dans l’immersif, et même dans le manufacturier. Les casques vont s’alléger, une fois que la technologie va être dans les nuages ou sur le “edge”, donc va être beaucoup plus confortable pour tout un chacun.

Et, pour moi aussi, une des tendances à surveiller, on parle du GAFA, du GAFAM mais, pour moi, ça va être la l’arrivée des “telcos”, des compagnies de télécommunications dans le monde du divertissement et dans le monde de la culture.

Ils ont passé, je dirais, la première vague “industrielle” du numérique, mais ils passeront pas la prochaine. Donc la 5G pour eux va être l’occasion vraiment d’avoir une certaine emprise sur le monde immersif et sur les nouveaux modes de création, donc pour moi c’est vraiment une tendance à surveiller.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Guillaume Therien (Associé Triptyq Capital, ex-directeur général de Zú)

Les expéditions immersives : voyager sans quitter son pays grâce à la réalité virtuelle

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Fabien Barati : En ce moment, on est en train de créer un nouveau format qu’on a baptisé “les expéditions immersives”. C’est un nouveau format qui est dédié à l’exploration de notre patrimoine culturel d’une manière inédite, avec un modèle économique un peu particulier dont je vous parlerai après.

Mais alors, qu’est ce que c’est que ces expéditions immersives ? 

Alors, le principe, et là je vais vous demander d’imaginer, c’est que vous vous rendez en groupe avec vos amis, avec votre famille, dans un lieu dédié ou vous êtes équipé d’un casque VR, et vous allez vous retrouver, par exemple, en Égypte.

Et pendant à peu près 40 minutes, vous allez explorer, comme si vous y étiez, la pyramide de Khéops, en marchant dans les couloirs de la pyramide, en accédant à des zones qui sont interdites au public, et même en voyageant dans le temps pour vous retrouver dans l’Égypte antique.

Et tout ça, vous le faites donc en marchant librement, naturellement, dans un grand espace et en groupe, en collaboration, c’est-à-dire que vous pouvez voir et communiquer avec vos proches pendant toute l’expérience, et donc c’est aussi une expérience sociale, ce qui est finalement assez rare dans la réalité virtuelle. 

Ici, notre objectif, c’est vraiment de donner à découvrir le patrimoine d’une manière nouvelle, d’une manière inédite. Et donc, on s’adresse aux institutions culturelles et aux exploitants pour augmenter leur attractivité, pour augmenter aussi les flux de visiteurs, pour augmenter les revenus, et puis pour innover dans la médiation culturelle. 

Mais alors comment on fait pour, justement, augmenter ces flux, augmenter ces revenus ?

Les expéditions immersives, elles sont basées sur une plateforme, des briques technologiques qu’on développe depuis plusieurs années chez Emissive et qui permettent de gérer toutes les composantes d’une exploitation fluide, notamment la densité de visiteurs et une gestion intelligente des flux de visiteurs qui permet donc d’obtenir une haute capacité de visiteurs, pour me répéter. 

Pour vous donner un exemple, sur un espace “petit” de 300 mètres carrés, on peut obtenir jusqu’à 200 000 visiteurs par an sur ce lieu de 300 mètres carrés. Et bien sûr, plus il y a d’espaces, plus on peut obtenir de visiteurs. 

Et qui dit grand flux de visiteurs dit aussi “potentiel de profitabilité” important. Et là, on est sur un modèle, qui se rapproche de celui du cinéma, où il y a un partage des revenus sur la billetterie, où donc les partenaires du projet, finalement, partagent les risques.

Et puis surtout, ce qui est important, c’est qu’il y a une profitabilité pour toute la chaîne de production, en commençant par les producteurs jusqu’à l’exploitant et puis bien sûr, en passant par les auteurs, les réalisateurs et puis les distributeurs.

Pour aller un tout petit peu plus loin dans le modèle des expéditions immersives, il y a en fait 2 business model derrière :

– il y a celui de la coproduction où les coproducteurs se partagent les revenus de billetterie de chaque exploitation d’une expédition immersive, sachant qu’une expédition immersive, c’est fait pour être exploité non pas dans un lieu, mais dans plusieurs lieux en même temps. 

– et puis il y a le business model purement de l’exploitation, qui est dédié à un lieu unique où, là, les distributeurs, lieux d’exploitation et exploitants vont se partager les autres revenus sur la billetterie. 

Donc voilà, je vais un peu rapidement dans l’explication de ce modèle – on pourrait en discuter plus longtemps -, nous aussi on a un modèle depuis très longtemps, bien sûr, d’agence, où on répond à des besoins très particuliers, spécifiques de nos clients qui sont business aussi. 

Et voilà, je trouve ça intéressant, dans un moment où, finalement, on a des solutions techniques qui nous permettent de créer et de diffuser maintenant assez efficacement des expériences immersives, c’est un moment, justement, où il faut trouver aussi des modèles financiers profitables parce que sinon… c’est le moment d’être créatif au niveau économique, en tout cas.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Fabien Barati (Fondateur et CEO de Emissive)

Arcadia, BeatConnect, OVA : exemple de 3 entreprises accompagnées par Zú

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Guillaume Therien : On a reçu plus de 700 applications depuis notre existence. On a accompagné 70, environ, entreprises qui sont allées chercher différents financements. 

J’en ai choisi, peut-être, 3 que je trouve intéressantes :

– Arcadia, qui est une entreprise – on parle d’immersion donc je l’ai choisie -, Arcadia est une entreprise assez innovante, dans la technologie mais aussi dans le modèle d’affaires.

Parce que c’est une entreprise qui cherche à développer un nouveau sport. Ils appellent ça du “athletic VR”, donc de la réalité virtuelle athlétique.

Donc on a vraiment un casque Oculus, on court sur un terrain, donc une technologie de tracking qui est super intéressante. 

Mais le modèle d’affaires est vraiment semblable au sport professionnel et cherche vraiment à créer un nouveau sport, une nouvelle ligue, dans le métaverse, qui se pratique chez soi, qui permet justement d’assister à des matchs professionnels de chez soi, d’avoir des transactions comme dans un stade régulier mais, justement, via cette ligue qui s’appelle Arcadia.

Donc je vous encourage à vraiment aller voir ce qu’ils font. Ils ont fait un partenariat avec le film “Space Jam”, le film de Warner, donc c’est super intéressant de voir ce qui se passe là.

– Peut-être une autre entreprise, BeatConnect, une entreprise de Montréal qui crée un outil qui permet aux créateurs de musique, peu importe leur système de contrôle musical à la maison pour masterer ou produire de la musique, de collaborer à distance et de créer à distance ensemble.

Donc plus besoin d’envoyer des fichiers, puis que les musiciens ajoutent une nouvelle étape ou ajoutent la batterie ou le mastering qui se fait par après. On peut tout créer, bref faire une session d’enregistrement ou “un jam”, en bon québécois, en live.

Donc c’est assez intéressant de voir cet outil collaboratif-là

– Et peut-être une autre qui me vient en tête, OVA, qui est une entreprise ultra innovante à Montréal qui permet, via son produit qui s’appelle Stellar Ex, à tout un chacun, peu importe ses connaissances techniques ou ses compétences technologiques, de créer son propre environnement en réalité virtuelle avec l’outil.

Donc on met le casque, on utilise l’outil, on peut créer sa maison, on peut recréer un univers. 

Donc on est dans le Rec Room, on est proche de ça, mais  vraiment d’une façon encore, je dirais, plus démocratique.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Guillaume Therien (Associé Triptyq Capital, ex-directeur général de Zú)

Comment s’est passée la première levée de fonds de Emissive ?

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Fabien Barati : Au premier confinement, on a ce qu’on appelle “closé” la levée de fonds, notre première levée de fonds en 15 ans, pour spécifiquement développer ces expéditions immersives, ce format qui demande des fonds pour pousser… c’est avant tout pour garder notre avance, mais c’est aussi pour développer du contenu, développer des technologies, et puis aussi développer commercialement les expéditions. 

Donc nous on a la chance d’avoir… on a toqué à pas mal de portes, bien sûr, mais, en tout cas, on a la chance d’avoir trouvé des super partenaires, très complémentaires, qui ne sont pas juste des financeurs, mais qui nous aident aussi sur la partie technologique, comme avec HTC, sur la partie purement culturelle avec ArtNova, ou sur la partie plus conseil et tout ce qui s’ensuit avec BPI.

Donc voilà comment ça s’est passé.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Fabien Barati (Fondateur et CEO de Emissive)

De quels usages bénéficient les technologies immersives ?

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Fabien Barati : Il y a des usages très différents dont peuvent bénéficier les technologies immersives. 

Il y a du pur business, où là il n’y a pas vraiment de question à se poser. Tout ce qui est formation, prévisualisation – notamment pour visiter des hôtels ou des appartements -, c’est-à-dire prendre des meilleures décisions plus vite, plus efficace, perdre moins d’argent, c’est important pour les entreprises. 

Donc tout ça, c’est tout ce qui est formation, prévisualisation. Nous on fait aussi beaucoup d’événementiel, parce que bien sûr, on fait voyager les gens, c’est magique, on peut faire passer des messages de manière très efficace grâce aux technologies immersives.

Et puis il y a aussi la médiation culturelle qui est importante où, là, les modèles économiques sont quand même beaucoup plus difficiles à trouver. Ils sont à inventer. 

Donc là, on pense entre en avoir un bon avec les expéditions immersives, mais tout dépend aussi des technologies qu’on a pu développer pour le rendre possible. 

Donc c’est sûr qu’en tout cas, il y a un attrait qui se développe. On peut dire que c’est aussi un peu prouvé par tous les financements qui se mettent en place, on voit aussi les GAFAM qui poussent derrière. 

Donc c’est sûr qu’il y a de l’engouement.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Fabien Barati (Fondateur et CEO de Emissive)

The Enemy, un projet immersif où les visiteurs partent à la rencontre de combattants

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Fabien Barati : C’est un projet qui s’appelle The Enemy, un projet imaginé par Karim Ben Khelifa qui est sorti [il y a] environ cinq ans, et qui était vraiment une première dans son genre, puisque c’est une expérience multi-utilisateurs co-localisés, en free running sur un très grand espace.

Et le principe, c’est que là les visiteurs, pendant à peu près 50 minutes, vont à la rencontre de combattants de différents conflits pour en apprendre plus sur ces conflits, mais aussi leur vie, leurs espoirs. 

C’est une expérience très touchante qui est, elle, sur un modèle de co-production, dont les coproducteurs sont Camera Lucida, France Télévisions, l’ONF, Département, et nous, Emissive.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Fabien Barati (Fondateur et CEO de Emissive)

 Rencontrer Mona Lisa, c’est possible avec Emissive

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Fabien Barati : Emissive, c’est une société qui crée des expériences en réalité virtuelle et en réalité augmentée pour des marques et aussi des institutions culturelles depuis pratiquement 16 ans – on a été fondés en 2005.

Je vais vous présenter quelques références, en commençant par “Mona Lisa Beyond the Glass”, qui est une expérience qu’on a sortie à l’occasion de l’exposition “Léonard de Vinci” au Louvre en 2019, et qui a permis à plus de 80 000 visiteurs sur place de, finalement, mieux connaître l’œuvre la plus connue du monde en rencontrant, comme si elle était là, en face de nous, Mona Lisa, pour en savoir plus sur qui était cette dame et comment et pourquoi Léonard l’a peinte.

Et puis il y aussi plus de 20 000 personnes qui ont pu télécharger l’expérience gratuitement sur les stores, pour tous les gens qui ont un casque de réalité virtuelle. 

Ici, c’est un modèle économique de mécénat puisque c’est HTC Vive Arts qui a financé l’intégralité du projet pour le Louvre, et donc nous qui l’avons réalisé.

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Fabien Barati (Fondateur et CEO de Emissive)

Accor : imaginer de nouvelles expériences immersives pour les séjours à l’hôtel

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Antoine Dubois : Accor c’est plus de 5000 hôtels dans le monde, on en a 1800 en Europe du Sud et 8 à Metz, donc un peu dans l’ensemble des segments. 

Et la finalité de l’univers de l’hôtellerie, c’est quand même une réalité physique, c’est une expérience. On vient y dormir, on vient y manger, on vient y passer un moment quand on est en déplacement ou quand on est un local et qu’on veut venir à côté d’un hôtel quand il a quelque chose d’intéressant à proposer.

Et pourtant, le côté immersif et toutes les propositions immersives ont toujours été dans nos réflexions. 

Moi je pense que quand on est dans l’univers de marketing il faut rester curieux sur les nouveaux usages, il faut rester curieux sur les nouvelles technologies, sur les nouvelles façons dont les gens consomment, on va dire, le “média”, que ce soit en vidéo, que ce soit en audio, que ce soit à l’écrit. 

Et donc on a toujours été curieux de regarder un petit peu ce qui s’est passé, et c’est vrai que, ces dernières années, l’univers de l’hôtellerie est passé de la fonctionnalité “il y a un bon lit, on y dort bien” à un univers très “expérientiel”. On veut que les gens repartent avec un souvenir de leur séjour et ce qu’on appelle nous “les moments mémorables”, c’est notre jargon à nous, dans l’univers, être sûrs qu’ils y passent un grand moment.

Et l’utilisation de l’immersif chez nous, on est en train de faire ce pas aussi. C’est-à-dire qu’il y a quelques années on regardait le côté immersif sur la partie, on va dire, pré-séjour. 

C’est la même chose que l’appartement : on peut visiter un appartement virtuel aujourd’hui, et aujourd’hui, j’ai plus de 800 hôtels qu’on peut voir en virtuel avant d’y aller pour se projeter : “est-ce que la chambre va me plaire, etc.”

Si j’en ai que 800, c’est qu’il faut être irréprochable, pour moi, quand on est dans l’immersivité, surtout d’un hôtel. C’est qu’il faut que l’hôtel soit neuf, impeccable, parce qu’on voit tous les détails.

En pouvant se promener, justement, dans la chambre, ou si vous avez déjà fait l’exercice sur un appartement, on voit tous les défauts. Enfin, c’est très dur à cacher, mais on ne peut pas tout toucher, donc ça ne marche pas non plus. 

Donc on était vraiment là-dessus depuis quelques années, et j’avoue que j’ai fait partie avec ma famille, de l’exposition dont vous parlez, Stéphane, sur Pompéi il y a quelques mois, qui a eu lieu à Paris.

Et on fait énormément d’expériences pour nos membres fidèles, pour leur proposer des expériences qu’on ne peut pas se payer, qui n’existent pas dans la réalité.

On a un deal avec le Paris Saint-Germain, qui est connu, et où on propose ce genre de choses. Et là, on a un petit cas d’usage que je voulais partager avec vous et j’en ai d’autres après. 

Mais celui-là me tient à cœur parce qu’il est inspiré, justement, de l’exposition que j’ai pu voir sur Pompéi puisque comme par hasard, en juin, on ouvrait un nouvel hôtel à l’entrée des ruines de Pompéi qui s’appelle “Habitat 79”.

Donc, pour ceux qui le savent, 79 c’est l’année où il y a eu l’éruption et où Pompéi a totalement disparu.

Et on s’est auto-challengé avec les équipes, avec les prestataires pour se dire : “comment on peut être dans la continuité de ce que j’avais pu voir sur l’expo de Pompéi”, et se dire : comment proposer à nos clients – donc après on va revenir sur le business model, mais c’est un univers payant, ils utilisaient leurs points, c’est un univers qu’on s’achète – mais leur proposer un week-end où on peut revenir à l’âge des empereurs et vivre une expérience immersive à Pompéi qui puisse permettre de prolonger quelque part l’histoire, alors pas que tous mes clients avaient vu à l’expo, ils n’ont peut-être pas tous fait l’expo, mais en tout cas, ça me tenait à cœur, que moi j’avais vue à l’exposition et qui m’avait totalement bluffé. 

Alors on peut lancer, il y a une toute petite vidéo, elle dure 1m40, qui vous montre un peu l’univers. 

Mais donc ce qu’on a fait, c’est qu’on a invité les gens à utiliser leurs points et à venir, dans les conditions sanitaires d’aujourd’hui, à vivre une expérience au sein de cet hôtel, à l’entrée des ruines, et l’ensemble du séjour, vous allez voir, se composait d’une visite de Pompéi avec un guide, mais avec des lunettes 3D qui permettaient de revoir, un peu comme dans l’exposition, en étant sur le lieu physiquement lui-même, le lieu tel qu’il était avant 79 et avant l’éruption.

Et tout continuait ensuite dans le même esprit, où on a proposé à chacun de choisir un costume comme à l’époque des Romains – donc moi j’étais en empereur, d’autres étaient… vous le voyez par vous-mêmes sur les images -, avec de la musique de l’époque, des cocktails qui n’étaient pas de l’époque – ça, c’était des bons cocktails d’aujourd’hui -, et leur proposer de vivre une expérience tout en ayant une vue sur le Vésuve qui avait explosé, et pouvoir revivre un peu cet univers, et cette explosion qui pouvait y avoir à l’époque en 79.

C’est un cas qui me tient à cœur parce que, en même temps – alors vous voyez là l’hôtel qui est merveilleux et le rooftop qui donne sur le Vésuve -, mais on a mixé l’expérience physique à l’univers virtuel pour bluffer.

Ce n’était pas qu’une simple visite de Pompéi, il y avait vraiment les masques et toute la visite, le “avant/après” qu’on pouvait voir en live sur place, et puis une expérience ensuite qui les amène à vivre une expérience comme à l’époque des Romains.

Et toute cette expérience-là, vous avez l’avant séjour, vous avez le séjour, l’expérience, et vous avez l’après. 

Et on a eu le parti pris, et on le fait sur chacun de nos événements, de tourner tout l’événement en 360, pour pouvoir proposer aux personnes présentes comme un souvenir, mais aussi aux personnes qui n’étaient pas là de vivre l’expérience après, comme s’ils y avaient été, tout simplement dans un but – parce que là, moi je travaille dans un groupe hôtelier, on est là pour gagner de l’argent quand même, on a une certaine finalité – pour pouvoir inviter et montrer quels sont ces types d’événements pour donner envie d’aller à d’autres événements qui peuvent être le Grand Prix de Monaco, qui peuvent être plein de choses qu’on met en place.

On met en place trois ou quatre événements comme ça par mois sur l’ensemble du réseau. 

Mais le côté immersif, c’était la première fois vraiment qu’on l’avait utilisé dans un contexte “mix expérience physique et digitale”, et ça a simplement cartonné. On a eu plus de 120 clients, on s’était mis sur un budget de 80 000, 120 000€ sur l’ensemble de l’opération, et on a eu un ROI multiplié par deux.

Donc en investissant, en y croyant, mais en étant inspiré, en même temps, de ce qui se peut se faire dans l’univers des expositions, des musées, ça nous a amené à vraiment re-réfléchir notre univers physique, émotionnel, expérientiel et se dire : “comment on arrive à intégrer l’univers immersif à l’intérieur de cet univers ?”

Le gros challenge qu’on a derrière nous, c’est comment on arrive à massifier ce genre d’expérience ?

Et c’est toute la problématique qui a très bien été présentée dans la première partie, c’est : “quelles technologies on peut utiliser, comment on peut faire en sorte que ce soit utilisable ?” 

Pompéi, c’était béni des dieux là, vous aviez créé l’univers, vous nous aviez inspirés, mais comment on arrive à pouvoir développer ça dans beaucoup plus d’hôtels et beaucoup plus d’univers, et avec quelles technologies pour que ce soit facile d’utilisation pour nos clients ?

Présentateur : Matthieu Bonnary (Manager EY Consulting)

Intervenant : Antoine Dubois (DGA marketing Accor)

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